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Desserte du Grand Stade par T3 : c'est "du rafistolage"

Le Sytral a adopté ce jeudi la réalisation d'un barreau de tram permettant à T3 de desservir OL Land. Mais les estimations de trafic semblent surestimées et laissent craindre une hyper-fréquentation des voies, partagées avec Rhônexpress. Sur la défensive, le président du Sytral a balayé les commentaires et les calculs "à deux balles" de son opposante Verte, Béatrice Vessiller.

En attendant la déclaration d'intérêt général signée de la main de François Fillon (ou le véto du gouvernement), le Sytral pousse résolument le projet du Grand Stade. Ce jeudi, les élus ont adopté la réalisation d'un barreau de tramway d'une distance de 580 mètres destiné à desservir le Grand Stade. Il lie OL Land à la ligne T3, au niveau de Décines, précisément à l'ouest de l'intersection entre route de Jonage et la voie de tram (voir ci-dessous). Cette infrastructure qui dédouble T3 permet aux supporters de venir directement de la Part-Dieu. Et à ceux qui arrivent en voiture de l'Est, de stationner au parking des Pannettes à Meyzieu (4000 places) et de poursuivre en tram. Le schéma de desserte d'OL Land prévoit de plus des navettes en site propre reliant Eurexpo, futur terminus de T2, au stade. "Un jour", assure le président du Sytral, Bernard Rivalta, T2 sera prolongé jusqu'au Grand Stade, offrant une connexion entre les deux lignes de l'Est lyonnais.

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Conflit avec Rhônexpress ?

Ce barreau est constitué de quatre voies afin de supporter une fréquence extrêmement forte : les études prévoient qu'il devra transporter 13.200 voyageurs en deux heures pour l'aller et en une heure pour le retour. Cette hyper fréquentation de T3 n'est pas sans poser des risques d'éventuels conflits avec Rhônexpress. La délibération votée par les élus n'écarte pas le sujet, fixant comme objectif "d'éviter tous risques de collision latérales entre rames entrant/sortant de la branche Grand Stade avec des rames T3 ou Rhônexpress". Vice-président du Sytral et élu au conseil général, Georges Barriol s'en est ouvertement inquiété ce jeudi. Bernard Rivalta l'a rassuré : "la priorité des priorités, c'est Rhônexpress et T3", a-t-il affirmé. Il a d'ailleurs eu un échange téléphonique avec Michel Mercier ce jeudi matin sur ce sujet. Le Sytral semble prêt à assumer financièrement d'éventuelles perturbations.

Rivalta ne fait pas de photocopies

"Ce plan de desserte, c'est du rafistolage", assène Robert Thevenot (app UMP), qui a retrouvé son mordant. Pour assurer une meilleure couverture du Montout, il imaginerait un métro et des accès routiers fluides. "Or la rocade est déjà saturée", note-t-il. Selon lui les principaux stades européens sont desservis par des RER ou des métros, "comme le Stade de France ou l'Emirate Stadium de Londres". D'où son vote négatif "sans esprit de polémique". Béatrice Vessiller (Les Verts) prend la parole. En face, Rivalta croise les bras, dodeline sur son siège. Ce moment lui est désagréable mais bref, espère-t-il. Comme une visite chez le dentiste. "Vous ne respectez pas le droit d'information des élus" attaque la Verte qui déplore ne pas avoir eu accès au dossier. Finira-t-on par les lui communiquer ? Rivalta répond par la négative. "Je ne vais pas photocopier en plusieurs exemplaires ; vous viendrez le lire".

Lignes de désir, lignes de besoin

"Si gouverner, c'est prévoir, vous devriez prévoir que le stade est incertain", poursuit la Villeurbannaise. Elle regrette que le Sytral engage 33 millions d'euros à ce projet de tram alors qu'OL Land peut encore capoter. "Les projets dont on n'est pas sûr d'avoir besoin avancent beaucoup plus vite que les projets dont on est sûr d'avoir besoin. Vous prenez vos lignes de désir pour nos lignes de besoin", ajoute-t-elle, poète. "C'est n'importe quoi", grommelle le président du Sytral.

Vessiller relève notamment que pour cette même somme, il aurait été possible de passer la ligne C3 en site propre, laquelle transporte tous les jours 55.000 personnes quand ce barreau de tram n'intéresse que 13.200 voyageurs les soirs de matches.

Vessiller ()

Tim Douet

Vessiller est-elle une élue "à deux balles" ?

Il n'empêche, ce chiffre de 13.200 étonne. Sachant que les rames actuelles (les futures seront un peu plus importantes) contiennent 200 passagers, on imagine cette estimation largement surestimée. Béatrice Vessiller relève qu'il est supérieur à la fréquentation du métro B à Gerland, les soirs de matches (10.000 utilisateurs). Rivalta tempête contre ces "commentaires à deux balles". "Répondez à mes questions", réplique agacée l'élue. "Vous nous faites des calculs à deux balles", balaie le président du Sytral. Revenant sur le rapport demandée par sa collègue, il ne voit pas l'intérêt de le lui communiquer, attendue qu'elle est "décidée à voter contre". "Ça sert à une seule chose : que vous le transmettiez à votre copain Etienne Tête pour qu'il fasse des recours".

Mobiliser des capitaux privés pour les stades

Gérard Collomb, qui conseille en privé à Rivalta de garder son sang froid, prend la parole. Il n'est pourtant pas plus tendre que le président du Sytral à l'égard de Béatrice Vessiller, mais ses attaques sont plus maîtrisées. Il déroule une analyse sur la vétusté des stades et la nécessité, compte tenu de "l'état des finances publiques" de mobiliser les capitaux privés. "Il n'y a pas un stade aujourd'hui qu'on ne finance pas avec des capitaux privés". Le président de l'agglomération est revenu sur l'amendement qu'il a porté avec Michel Mercier qui permet de déclarer d'intérêt général "les stades et enceintes sportives réalisés par des sociétés à objet sportif, ainsi que les équipements connexes". Il a confirmé attendre sous dix jours la décision de François Fillon de signer ou non la déclaration d'intérêt général (lire ici). "Si l'Etat ne veut pas qu'on fasse un Grand Stade, on ne le fera pas".

L'oraison funèbre de Collomb

Le président de l'agglomération s'est ensuite payé l'opposante écologiste. "Il y a ceux qui ne veulent rien et vous en faites partie", accuse-t-il, estimant que la Verte est "dans son petit confort". "Que demain l'agglomération s'effondre, ce n'est pas votre problème". Puis il est devenu tragédien, prenant une voix d'outre-tombe. "Une agglomération, c'est comme les êtres humains. A force de les larder de coups de couteau, elle finit par mourir. Nous allons continuer bien que lardés de coups". Mais comme si ce penchant morbide ne suffisait pas, il enfonce (le clou), évoquant cette fois l'image de la guillotine. L'agglomération sans tête peut marcher quelque temps, à l'instar du canard décapité. "Mais le corps finira par tomber inanimé". Amen.

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