Bret/les Verts : chronique d'une rupture annoncée

Ce lundi matin, le maire de Villeurbanne a mis à exécution sa menace en retirant leur délégation aux élus écologistes. Craint-il le poids électoral grandissant de ses alliés ?

On croyait d'abord à un coup de menton passager, un signe de nervosité avant le second tour. Non vraiment Jean-Paul Bret ne pouvait supporter que sa 2e adjointe finisse par menacer son poulain, Richard Llung (PS), lors de la cantonale partielle du 13 juin dernier. Finalement, à force de colères publiques et d'ultimatum, le divorce était inéluctable. Bret ne pouvait plus reculer. Ce lundi matin, il envoyait donc un communiqué à toutes les rédactions.

"J'ai décidé de retirer leurs délégations à leurs deux adjoints, membres de l'exécutif municipal, Béatrice Vessiller et Jean-Claude Ray, ainsi qu'à leur conseiller délégué, Vincent Morland", mentionne le texte. C'est un coup de tonnerre qui s'abat sur la municipalité villeurbannaise où Verts et PS travaillaient en bonne entente et s'étaient même alliés dès le 1er tour des municipales.

"Un comportement boutiquier"

Jean-Paul Bret ne supporte pas que Béatrice Vessiller se soit maintenue au second tour de la cantonale partielle. "Un comportement boutiquier", tonne-t-il. "Le choix politique des Verts de maintenir leur candidate a donné l'occasion à la droite de jouer les arbitres, ce qu'ont fait les responsables de la droite locale en affichant ouvertement leur préférence", déplore-t-il.

Bret avait exigé de ses alliés qu'ils s'engagent, dès maintenant, à ne pas se maintenir au second tour des cantonales de 2011. Un ultimatum auquel Béatrice Vessiller n'entendait pas se plier... sauf dans le cadre d'un accord départemental qui aurait accordé quelques sièges aux écologistes. Un scénario plausible : les trois cantons de la ville changent d'élu d'ici à l'an prochain. Mais l'option n'a pas été envisagée sérieusement.

"Il veut les tuer dans l'oeuf"

Faute d'accord, le divorce devenait donc inéluctable. "Quand on est dans le même orchestre, on ne peut pas jouer chacun sa partition", plaide Bret. Il a donc préféré sortir les notes dissonantes. Le maire se dit "un peu blessé" par l'attitude de ses alliés. "J'ai beaucoup soutenu Béatrice Vessiller, y compris au Grand Lyon face à Collomb", peste-t-il. Pour lui, l'attitude des Verts est teintée d'"ingratitude". "C'est un comportement violent et incompréhensible", réagit Béatrice Vessiller qui parle "d'abus de pouvoir", "de faute politique grave".

"Je suis une élue qui s'est beaucoup investie. Je trouve que c'est un vrai gâchis", regrette-t-elle. Le maire de Villeurbanne commence-t-il à craindre des alliés qui ont obtenu 21,6 % aux européennes et 18,2 % aux régionales ? "Il veut les tuer dans l'oeuf. C'est une erreur politique", observe François-Noël Buffet, sénateur-maire d'Oullins (UMP). Les élus écologistes, eux, sont abasourdis. "On retire des délégations quand l'adjoint à commis une énorme bourde ou une faute politique", estime Emeline Baume, conseillère communautaire écolo.

Retour avant 2014 ?

Les Verts manqueront-ils à la majorité municipale ? S'il reconnaît que sa 2e adjointe a fait le job, Bret estime que ses alliés "n'ont pas fermenté les choses, ni dans l'écriture du programme, ni dans son exécution". "Il n'y avait pas de divergences énormes sur les dossiers, c'est seulement un problème de gouvernance", analyse de son côté Béatrice Vessiller.

L'adjointe éconduite promet de faire preuve de "liberté de parole", notamment sur la salle multifonctions de l'Asvel. Au point de passer dans l'opposition ? Bret semble ne pas vouloir insulter l'avenir. La semaine prochaine, il va remplacer sa 2e adjointe, mais pas la délégation de Jean-Claude Ray, l'autre écologiste éconduit. Il se laisse donc la possibilité de les réintégrer ultérieurement dans sa majorité, avant les prochaines municipales.

à lire également
David Kimelfeld, lors de son élection à la présidence de la métropole – Grand Lyon, juillet 2017 © Tim Douet
Courtisé à gauche, coincé au quotidien dans la tenaille des Collomb, David Kimelfeld a décidé de se donner du temps et de garder toutes les options ouvertes tant que le ministre de l’Intérieur n’est pas de retour physiquement à Lyon. Cet entre-deux constitue sa seule chance d’exister dans un paysage politique sur lequel il n’a pas trouvé de prise.
1 commentaire
  1. baba - 1 juillet 2010

    Mais quel gâchis. Bret aurai pu se réjouir d’avoir battu la droite dès le premier tour. Mais non le roitelet ne voulait pas d’opposition. Il a oublié que les Verts ce n’est pas le PRG ou autre parti alibi. Attention le PCF où en êtes-vous ? Bref en 2014, Bret perd la mairie et ce ne sera que justice. Mais avant il y a 2011 et les cantonales, je ne pense pas que les Villeurbannais oublie ce coup de force. Un villeurbannais de gauche qui ne votera plus jamais PS Le pouvoir use, nous en avons un exemple parfait.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut