Antoine Mellies : "la charge émotionnelle autour du FN pose problème"

Marine Le Pen a proposé un changement de nom du parti Front national en Rassemblement national. Un nouveau nom "plus rassembleur" pour Antoine Mellies, nommé ambassadeur du Front national pour la refondation en Auvergne Rhône-Alpes.

Marine Le Pen a proposé ce dimanche durant le Congrès du FN de changer de nom pour Rassemblement national. C’est un changement marketing ou un changement de fond ?

Personnellement, je préfère Rassemblement à Front. Le mot Front a une logique plus étroite alors que notre nature est de rassembler pour gouverner. Ce qu'il faut, c'est que cette refondation se fasse sur le fond et les actes, dans l'objectif de gagner les deux prochaines élections européennes et municipales.

Le FN veut devenir un "parti de gouvernement" comme l'a dit Marine Le Pen ?

Il faut que l'on rassemble, mais aussi que l'on soit en capacité d'être une force de proposition. On doit travailler à une meilleure organisation du parti, de nos instances, ainsi qu'à une meilleure formation de nos élus et nos cadres. J'ai toujours mis plus d'attention sur le travail en profondeur et sur l'implantation locale parce que c'est la clef de la réussite de demain et de la dédiabolisation.

"Jean-Marie est très populaire quand il fait autre chose que de la politique"

Ce changement de cap, c'est aussi une réaction après la défaite au second tour lors de la dernière élection présidentielle ?

On se refonde. On change de nature, on mute. Notre mouvement s'adresse aux militants, mais aussi aux électeurs. Quand on passe une heure à expliquer à une personne qui partage 80 % de nos idées que le FN n'est pas d'extrême droite, on perd du temps. La charge émotionnelle autour du FN pose problème et j'en suis tout à fait conscient.

Le discours de Marine Le Pen a semblé différent de celui de la campagne des présidentielles. Un discours peut-être moins social, comme pour rompre avec la période de Florian Philippot ?

Il n'y a pas d'opposition entre le discours de Marine Le Pen aujourd'hui et celui de la campagne de 2017. Il est certain que l'on ne va pas non plus répéter les mots de Florian Philippot mot pour mot pour lui faire plaisir. On doit être aussi capable de parler de tout, de l'intelligence artificielle qui va toucher les fondements de notre société, mais aussi, comme le rappellent nos militants, de l'immigration massive et de la menace qu'elle fait peser sur notre identité et notre modèle social.

Après la fin du nom FN, la fin de la présidence d'honneur de Jean-Marie Le Pen poursuit cette même logique de refondation ?

Jean-Marie est très populaire quand il fait autre chose que de la politique. Maintenant, je me réjouis qu'il se retire de la vie politique et qu'il laisse Marine Le Pen diriger le Front national.

"Patriote de tous les pays, unissez-vous"

Changement de nom, éviction de Jean-Marie Le Pen, il y a une stratégie claire de dédiabolisation du FN. Pourtant dans le même temps, le numéro deux des jeunes du Front national, Davy Rodriguez, a insulté un vigile en lui disant "nègre de merde".

Sur ce sujet, notre réaction a été exemplaire. Toute la procédure est impeccable du début à la fin. Il a été immédiatement suspendu de ses fonctions et une enquête a été ouverte. Pour le moment, il ne travaille plus au FN. Maintenant, l’enquête interne doit être menée et ensuite, des sanctions seront prises. Évidemment que ces types de propos ne sont pas laissés passés. Personne ne s'en réjouit au FN.

Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump, était l’invité du congrès du FN ce week-end et a déclaré que "l'histoire est de [votre] côté" ? Des mots repris par Marine Le Pen. Vous êtes d’accord avec cette analyse ?

Je suis tout à fait d'accord et la venue de Bannon donne de l'importance à la traduction de notre action dans un contexte philosophique, historique et culturel. La question du sens de l'histoire a été une force considérable dans la structuration des mouvements de gauche. C'est ce qui a donné ce sentiment de supériorité morale sur les autres avec la lutte des classes, notamment. Or aujourd'hui, le réel ne fait que conforter notre constat et notre vision du monde : les nations ne sont pas dépassées et les puissances de demain seront celles qui défendent leurs intérêts d'abord, même s'il peut y avoir des collaborations fructueuses. Maintenant, il faut se donner les moyens de coller à cette histoire pour nous donner une force politique, morale et intellectuelle considérable pour dire : "Patriote de tous les pays, unissez-vous".

"Laurent Wauquiez n’a pas l'épaisseur de Nicolas Sarkozy"

Justement, comment jugez-vous la stratégie de droitisation de Laurent Wauquiez ?

Pour moi, le pari de Laurent Wauquiez est caduc. Il ne peut pas à la fois entretenir des ambiguïtés avec le centre, qui a psychologiquement rejoint Emmanuel Macron, et en même temps conquérir les électeurs du FN. Il ne peut pas dire aux électeurs FN : "On veut vos voix, mais on ne veut pas vos gueules". Son caractère n'est pas celui de Sarkozy. Il n'a pas ce côté tribun et cette épaisseur lui permettant d'endosser ce costume populiste.

Si Les Républicains tendance centristes sont déjà proches de Macron, la stratégie qu’il adopte n'est-elle pas la seule qui lui reste ?

Le seul mérite que l'on peut donner à Emmanuel Macron est d'avoir éclairci ces clivages politiques. Il y a maintenant une scission entre patriotes et mondialistes. Et ce qu'il reste de cette division va exploser aux élections européennes. Parce qu'il n'y aura pas de place pour les ambiguïtés. Quelle place auront Les Républicains entre Macron et nous ? Aucune. Parce que Les Républicains, quand bien même ils deviendraient eurocritiques, devront assumer tous les votes qu'ils ont faits sur le Ceta et les accords de libre-échange au parlement européen.

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