A photo taken on February 11, 2019 in the 13th arrondissement of Paris, shows Anti-Semitic graffiti written on letter boxes displaying a portrait of late French politician and Holocaust survivor Simone Veil. (Photo by JACQUES DEMARTHON / AFP)

Antisémitisme et antisionisme : à Lyon, l’annonce gouvernementale divise

Après la recrudescence des actes antisémites en France, le Gouvernement ambitionne d’élargir la définition de l’antisémitisme en y intégrant l’antisionisme. À Lyon, les réactions sont vives.

Emmanuel Macron a annoncé mercredi soir, à l’occasion du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), “des décisions fortes qui vont au-delà des déclarations”contre l’antisémitisme. Alors qu’il s’est dit défavorable à une pénalisation de l’antisionisme en début de semaine, le président de la République a annoncé vouloir “raffermir les pratiques des forces de l’ordre, des magistrats et des enseignants” face aux propos antisionistes.

Sans pour autant modifier le Code pénal, le Gouvernement souhaite réprimer le fait de tenir collectivement pour responsables les personnes juives des actions d’Israël et le fait de nier le droit à l’autodétermination des juifs. Jean-Louis Touraine, le député LREM de la 3e circonscription du Rhône, explique qu’il s’agit d’une annonce “qui tient compte de la difficulté juridique”face à la polysémie de l’antisionisme, “mais qui, en pratique, permet de considérer de façon délictueuse ceux qui remettent en cause l’existence d’Israël”.

“Les donneurs de leçon sont des pompiers pyromanes”

Cyril Duvinage, responsable local lyonnaisdu parti Lutte ouvrière, rappelle l’importance du combat “contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme”. Néanmoins, il juge scandaleux et hypocrite l’amalgame qui est jeté sur les termes d’antisionisme et d’antisémitisme alors que le Gouvernement a décidé en novembre dernier de rendre hommage aux actions, lors de la Première Guerre mondiale, du maréchal Pétain.

Pour Cyril Duvinage, le président de la République a fait l’erreur de “s’appuyer sur une émotion de l’instant pour disqualifier ceux qui critiquent la politique d’Israël”. Faire cet amalgame “ne résout pas le problème”de l’antisémitisme et ne permet pas, selon lui, de “lutter contre les préjugés”. Au contraire : “Les donneurs de leçon sont des pompiers pyromanes”, estime-t-il, qui ont trouvé un moyen de“dénigrer le mouvement des Gilets jaunes”.

Une confusion sémantique ?

L’adjoint à la maire du 1er arrondissement Eliott Aubin (LFI) déplore également la résurgence des actes antisémites en France et dans la région. Il tient cependant à préciser que le président de la République “n’a pas sa place au dîner du Crif”, puisqu’il est censé être “le représentant de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions philosophiques, spirituelles ou religieuses”. Ce sont d’ailleurs les raisons qui avaient poussé François Mitterrand à refuser l’invitation à cet événement en 1988.

Même s’il salue la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre le Bastion social, groupuscule d’extrême droite lyonnais, Elliott Aubin qualifie de “grave et grossière erreur”l’indistinction entre une opposition à un projet politique israélien et des actes ou propos qui visent des individus pour leur confession.

L’adjoint insiste sur le fait que, “si des antisémites se déguisent en antisionistes, cela ne prouve nullement que l’antisionisme soit un antisémitisme”. En cela, “la confusion sémantique ne doit pas être faite”, afin de laisser intacte la liberté d’opinion et la possibilité de critiquer ou de “s’opposer à un projet politique”. Il juge d’ailleurs “suffisants”les outils juridiques actuels de lutte contre l’antisémitisme. L’élu LFI propose un combat “plus rigoureux”contre les discriminations par des “actions politiques concrètes”, qu’il défend localement : “formation d’agents de la mairie, travail d’éducation et de prise de conscience à long terme par la promotion de la laïcité au sein de l’Éducation nationale”.

“Ça suffit !”

La présidente régionale du Crif, Nicole Bornstein, insiste elle sur la nécessité de lutter contre “la méconnaissance générale historique, l’ignorance et le complotisme”par l’éducation. Elle rappelle – en accord avec ce que M. Macron expliquait il y a quelques jours – que, “depuis des années, l’antisionisme est devenu le masque de l’antisémitisme”. Et clame : “Nous attendons des mesures et des actions : les marches, ça suffit !”

Pour Madame Bornstein l’importation de la question du conflit israélo-palestinien en France, “n’a pas lieu d’être”parce qu’elle entraîne“une haine totale qui se répand dans les rues”. Elle défend avec fermeté le fait que tout citoyen français soit “en droit de critiquer un quelconque État”mais, selon elle, il est “grave de remettre en question la pérennité et la survie”d’Israël.

C’est également le point sur lequel insiste le député LREM Jean-Louis Touraine. Pour lui, critiquer la politique de M. Netanyahou est un droit fondamental, mais “nier l’existence et la sécurité de l’État d’Israël”reviendrait à “faire l’apologie d’une certaine forme de terrorisme”. Le député tient cependant à rappeler que tout individu a le droit à “un endroit où il se sent en sécurité et sans que sa vie en soit menacée”, qu’il soit juif ou palestinien.

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Revendiquée par l'auteur de l'attentat qui a fait 50 morts à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, entre autres thèses d'extrême-droite, la théorie dite du "grand remplacement" ne paraît "pas absurde" à la cadette du clan Le Pen, présidente de l'école privée qu'elle a ouverte à Lyon en septembre.
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