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©Dessin Christophe Busti

Procès Valentin : le curieux “retour en arrière” comme mobile

Le capitaine Georges Martin a passé un mauvais moment à la barre, interrogé et quelque peu chahuté par les avocats de la défense, mais aussi titillé par le président Taillebot. Dans l’enquête qu’il a dirigée sur le meurtre de Valentin, comme mobile, il a mis en avant la thèse du “retour en arrière”.

Durant l'interrogatoire du chef enquêteur, la fragilité du mobile est clairement apparue aux yeux de la cour d’assises. Selon le témoignage du capitaine Martin, “trente-cinq ans de métier, comme le souligne ironiquement Me Berton, les enquêteurs se sont appuyés sur la notion du “retour en arrière”. Ce bien curieux concept a servi de base à l’accusation : “Moitoiret projette de réaliser un retour en arrière et de créer un incident consistant, selon la définition donnée de ces notions par Noëlla Hégo, à tuer une personne.”

Une notion mystérieuse, selon le président du tribunal

Me Naserzadeh, l’avocate de Noëlla Hégo, est la première à s’engouffrer dans la brèche en évoquant les disputes du couple. “Lors de la deuxième dispute, à la cure de Saint-Sorlin, Stéphane Moitoiret, explique le gendarme, dit qu’il allait faire un retour en arrière. Pour elle, c’est tuer quelqu’un…” Seulement voilà, habilement, l’avocate fragilise peu à peu son hypothèse.

Est-elle forcément l'instigatrice du crime, comme l'affirme le gendarme ? L'avocate tient bon et calcule : 50 témoignages présentent Moitoiret comme le meneur, 11 Noëlla Hégo. Le gendarme s’emmêle alors dans ses explications, il finit à peine ses phrases et jette même un regard à l’avocat général, comme pour demander son aide.

Visiblement, expliquer une notion sortie tout droit de la tête d’une personne délirante, ce n’est pas simple. Même le président Taillebot s’y met, sceptique : “Cela reste bien mystérieux, cette notion. Comment pensez-vous que le retour en arrière soit obligatoirement donner la mort, et en plus celle d'un enfant ?”

On est en plein délire, selon Me Berton

À son tour, Me Berton interroge le témoin, implacable. “Vous faites deux PV de synthèse en vous basant sur cette notion, pour vous c’est le mobile du crime. Vous écrivez que Noëlla Hégo est “Majesté”, et à aucun moment vous n’écrivez qu’il y a simulation. Capitaine, ce n’est pas un mobile du crime classique ?” demande insidieusement l’avocat. Le gendarme est bel et bien obligé d'avouer que non : “Ce n'est pas une notion juridique, mais ce n'est pas moi qui établis les charges.” L’avocat de Moitoiret ne mâche pas ses mots : “On est en plein délire, on est en train de disserter sur le “retour en arrière” en pleine cour d'assises.”

Le président ne peut qu'acquiescer, de nouveau : “On recherche de la logique là où il n’y en a pas.” Même l’avocat général, Pierre Gandolière, admet qu’il y a une certaine irrationalité. Pour se reprendre très vite : “Moitoiret avait conscience”, assène-t-il. “Dans certaines affaires, le mobile n'est parfois pas totalement identifiable”, ajoute-t-il.

Me Delarue lui lance alors, visiblement agacé : “Et le meurtre immotivé du schizophrène, vous savez ce que c’est ? Ça vous ennuie ?"

Le président Taillebot a bien du mal à faire taire les uns et les autres. Il suspend les débats dans un joli brouhaha, alors que le monde tordu de Stéphane Moitoiret et de Noëlla Hégo prend de plus en plus de place dans les débats.

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