Meurtre à la Fellini : deux ans ferme pour le retraité italien

Attilio Ronzani, jugé pour le meurtre de son épouse par la cour d'assises du Rhône, a été condamné aujourd'hui à cinq ans de prison, dont deux ans ferme. Après un an de détention préventive, ce retraité de 86 ans avait obtenu une mise en liberté conditionnelle, et comparaissait donc libre. Aucun mandat de dépôt n'a été demandé, et Attilio Ronzani est donc reparti libre du palais ce soir, pour retrouver sa maison de repos de Marcy l'Etoile, où il attendra d'être renvoyé en prison afin d'effectuer sa dernière année d'incarcération.

'C'est un film italien, un opéra tragique', romance Gérard Thomassin, avocat à Lyon, à l'évocation du drame qui a bouleversé la vie de toute la famille Ronzani, commerçants piémontais installés de longue date à l'Arbresle (dans le Rhône). Attilio Ronzani était jugé pour avoir étranglé sa femme qui voulait divorcer, en 2006, dans leur domicile. Aujourd'hui octogénaire, cet homme encore alerte a tenté de répondre dans un français teinté d'un fort accent italien aux questions posées par le juge Catelain, l'air effrayé derrière des lunettes discrètement cerclées, chétif et accroché à sa canne.

Attilio et Francesca
Au portrait de ce tailleur immigré qui n'a cessé de travailler de 13 ans à 75 ans, développant son activité jusqu'à posséder deux boutiques à l'Arbresle et un immeuble, s'est superposé celui de Francesca, sa femme, avec laquelle il a vécu 54 ans. Pour Attilio, Francesca 'était libre de faire ce qu'elle voulait'. 'Elle avait une voiture, elle sortait, raconte-t-il, parfois dans un sanglot, elle me disait : c'est toi qui tiens l'argent, tu fais ce que tu veux, je te fais confiance.' Mais pour Véronique Escolano, avcoate générale, le récit des vacances idylliques en famille, à Rome, à Palerme, à Florence, à Naples, n'est pas révélateur de la personnalité de l'accusé.'C'est structurel, il ne peut pas se remettre en question', estime-t-elle. Ce caractère de patriarche 'à l'italienne', décrit Gérard Thomassin, prend racine dans le passé d'un jeune homme qui vécut une enfance pauvre dans un village d''Iatlaie, qui fît son instruction militaire en Allemagne, jusqu'en 1945. 'Heureusement, mon frère était cordonnier et moi tailleur, on n'a pas fait la guerre', explique-t-il.

Un climat familial délétère
Quand il parle de sa relation avec sa femme, Francesca, il concède qu'il y avait des disputes, 'comme chez tout le monde'. 'Mais je ne l'ai jamais touchée, pas plus que mes enfants !' assure Attilio, qui a réuni pour ce procès une dizaine de témoignages élogieux, sur sa personne et sur son couple. Pourtant, alors que le couple a enfin pris sa retraite, Fransesca veut divorcer, et ce matin, dans la cour d'assises, le climat familial délétère a commencé à se faire sentir. A l'époque où ils cessent leur activité, leurs deux enfants, Christine et Jean-Luc, se disputent au sujet de la succession et de la gestion des boutiques. Tous les deux présents dans le tribunal, ils ne se sont pas adressés un mot. Jean-luc s'est constitué partie civile, et Christine semble restée plus proche de son père.

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