Police © Tim Douet

Lyon : un SDF de 20 ans voulait user des chèques volés "pour vivre un peu"

Un SDF de vingt ans a été arrêté à la Gare Part-Dieu. Jugé pour recel de neuf chèques volés qu'il détenait sur lui, le jeune homme au parcours chaotique a été condamné à six mois de prison.

Derrière la vitre de la salle d'audience des comparutions immédiates, le visage du prévenu est marqué par une large balafre au-dessus de son sourcil. Ce lundi, l'homme de 20 ans est jugé à Lyon pour recel de chèques volés. Contrôlé à la gare Part-Dieu, il a tenté de prendre la fuite lorsque le poste de police s'est aperçu qu'il était recherché par une gendarmerie normande pour un cambriolage. Les militaires de l'opération Sentinelle se sont chargés de l'intercepter en le plaquant au sol. Dans son sac, il avait un pistolet air soft non approvisionné. Sur lui, neuf chèques en blanc au nom d'une personne qui avait déclaré un vol dans sa voiture en Normandie. Un "vol à la roulotte" dans le jargon.

En garde à vue, le prévenu a déclaré qu'il avait eu des ennuis dans sa région d'origine et qu'il allait rejoindre des amis à Roanne pour les fêtes. À la barre, il maintient que ces chèques, il ne les a pas volés. "Je me suis fait interpeller pour une grosse affaire d'escroquerie avant l'été et lorsque je suis sorti de prison, j'avais besoin d'argent". Le jeune homme aurait alors rappelé un contact "dont il souhaite taire le nom", qui lui aurait proposé ces chèques en lui disant qu'il pouvait inscrire sur chacun un montant de 1 800 euros. "Les chèques, c'est un homme qui gérait ça, plus grand" dit-il en montant sa main au-dessus de sa tête, comme pour signifier qu'il s'agit là d'un gros bonnet.

Désabusée à la vue de son casier judiciaire, la juge en raccourci l'inventaire : neuf condamnations de juges pour enfants, six sur des faits de vols, quatre sur des affaires de violences et trois pour conduite sans permis. Pour une effraction dans un local commise un an plus tôt à la période de Noël, il a été condamné à huit mois de détention. Une autre peine de cinq mois de prison prononcée pour vol et escroquerie n'a pas été effectuée. Lui-même ne semble plus savoir ce qu'il a effectué et où en sont ses demandes d'aménagement de peine. "Si vous n'avez pas fait de demande, il y a en pas, car c'est vous qui devez la faire, Monsieur", sermonne la juge.

"Trimballé de foyer en foyer"

Depuis son placement en foyer à 7 ans, il s'est retrouvé dans 45 établissements différents et dans 17 familles d'accueil. Des chiffres que la juge demande de confirmer, osant à peine y croire. Son père est décédé l'été dernier et sa mère, il ne l'a plus vu depuis des lustres. Lui même à une petite fille d'un an qui vit en Normandie et qu'il dit visiter quand il peut. Avec une scolarité arrêtée à la fin du collège, son expérience professionnelle se résume à un job de poseur de cuisine et à un peu de restauration "au black".

La drogue semble avoir été sa compagne de route : il reconnaît une consommation de 15 joints par jour et ne nie pas s'être servi dans les scellés pendant sa garde à vue à Lyon pour y voler un pochon de cannabis. À 20 ans, il a également touché à la cocaïne et à l'héroïne et s'est vu prescrire un traitement à la méthadone lors de son passage à la prison de Rouen. Quant à l'alcool, il estime dans son dossier avoir une consommation "régulière et raisonnée" de 6 à 12 bières par jour, ce qui fera bondir la juge. "La consommation est régulière, mais pas raisonnée, c'est une consommation d'alcoolique ça, Monsieur". Selon la procureure, le cas est plutôt "simple". "Il reconnaît les faits et savait parfaitement que ces chèques étaient volés. Aujourd'hui, il y a peu d'alternatives à l'incarcération", estime-t-elle, requérant une peine de huit mois de prison.

Pour sa défense, l'avocate met en avant le cercle vicieux dans lequel le jeune homme est installé. "C'est un jeune trimballé de foyer en foyer dont personne ne s'est jamais véritablement soucié. On a juste attendu la majorité de ce garçon pour qu'il se débrouille. Je ne cherche pas des excuses, mais des explications", plaide-t-elle avant de pointer les crises de nerfs que le jeune homme reconnaît avoir depuis son enfance. "Deux planètes se rencontrent et je ne crois pas être capable de savoir ce qu'il a vécu. Ce matin encore, ce jeune homme tambourinait de manière extrêmement violente dans sa geôle. Il a des comportements qui posent difficultés, mais ce n'est que le résultat de son parcours. Dans les sanctions, personne ne se soucie de savoir si on peut apporter une aide quelle qu'elle soit pour survivre autrement que par des vols. Il voulait s'acheter à manger avec un chèque, et celui-ci a été refusé à la caisse". Pour clôturer l'audience, la parole est au prévenu. "C'était histoire de vivre un peu", lâche-t-il en conclusion. Jugé coupable, il a été condamné à six mois de prison à effectuer directement face au risque de récidive.

1 commentaire
  1. Galapiat - 3 janvier 2019

    histoire de vivre un peu!!mauvaise excuse, heureusement, pas de phobie envers Bercy, Thévenoud, ou de besoin , placer un peu d'argent en Suisse, Cahuzac,4ans 2 fermes , 2 aménagés mais pas de zonzon, ou pas de fraude fiscale, Balkany 13 millions jugement à venir ??, etc . Encore une fois, aucune excuse, mais OU trouve t on l'égalité ?

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut