Johanna et sa mère Sandrine. (@Photo remise par Sandrine Barthélémy)

Cinq ans après la mort de sa fille, tuée par un bus à Lyon, elle entame une grève de la faim

En 2019, Johanna Barthélémy a été tuée par un bus C3 rue de République. Cinq ans plus tard, sa mère Sandrine, va entamer une grève de la faim, désarmée par la lenteur de la Justice.

"Depuis ce jour-là, je ne vis plus, je survis." "Ce jour-là" sur lequel Sandrine Barthélémy peine à mettre des mots, c'est le mercredi 16 janvier 2019. Ce matin là, sa fille Johanna âgée de 15 ans, qu'elle élève seule, quitte l'appartement qu'elles occupent à l'époque dans l'Ouest lyonnais pour se rendre au lycée. Chaque mercredi midi, elles déjeunent ensemble dans le quartier d'Hôtel de Ville. Sans nouvelle de sa fille, Sandrine Barthélémy lui envoie plusieurs SMS, restés sans réponse. Johanna a été renversée mortellement par un bus C3, rue de la République, alors qu'elle traversait.

"Je ne ferai jamais le deuil"

Près de cinq ans plus tard, Sandrine est une mère meurtrie, en colère. "Je ne ferai jamais le deuil, j'ai pris perpétuité. Le matin je me lève, je vais au travail, je fais mes courses et je rentre", confie-t-elle. "Sa fille était tout pour elle", appuie Me Jean Sannier, son conseil. Lorsqu'elle nous remet une photo prise quelques semaines avant la perte de sa fille, la mère de Johanna s'arrête quelques secondes, souriante. "C'est ma préférée", lance-t-elle avant de nous interroger : "Vous me reconnaissez dessus ? Moi non. J'étais heureuse, on était heureuses." Aujourd'hui, Sandrine Barthélémy poursuit avec courage son combat, à travers l'écriture notamment. Son livre en deux tomes, Des feutres et des allumettes, auto-édité, est "une sorte de communion avec Johanna", confie-t-elle.

Le passage piéton peint en jaune a été réalisé quelques jours après le drame. (@NC)

Si Sandrine Barthélémy ne parvient pas à faire son deuil, c'est que la Justice ne lui donne pas de réponse. Depuis cinq ans, elle est dans l'attente, sans nouvelles, et affectée par l'opacité de l'instruction. Seule réparation obtenue, la condamnation en 2022 de deux hommes ayant publié la vidéo de l'accident, filmé par des caméras de la Ville de Lyon. "J'ai vu ma fille se faire tuer, ça m'a traumatisé, vous voyez les derniers moments de la vie de votre enfant en vidéo...", explique-t-elle. Les deux individus n'ont par ailleurs toujours pas payé la somme qu'ils avaient été condamnés à verser à Sandrine Barthélémy déplore Me Sannier.


"Aujourd'hui être victime en France, c'est complètement incompréhensible."

Me Jean Sannier, avocat de Sandrine Barthélémy

Désarmée mais pas résignée, elle entamera une grève de la faim jeudi 28 septembre, devant l'Hôtel de Ville de Lyon, à l'occasion du conseil municipal. "Mon dernier espoir de faire bouger les choses", lance-t-elle. Après la perte de son enfant, la lenteur et "le fonctionnement archaïque de la justice", comme le décrit Me Sannier, est une forme de "double peine" pour la mère de Johanna. Et de s'insurger : "On m'a refusé une reconstitution en me disant que c'était 'trop cher et chronophage'". "Elle a l'impression de ne pas être prise en considération, ce qui est une réalité, appuie Me Jean Sannier. Et d'ajouter : Aujourd'hui être victime en France, c'est complètement incompréhensible." Le conseil non plus ne comprend pas la lenteur de ce dossier, pourtant "simple", la scène ayant notamment été filmée.

Rue piétonne, zone de rencontre... le flou autour du statut de la rue de la République

Si la reconstitution lui a été refusée, une expertise en accidentologie, dont les conclusions sont "éclairantes" juge la mère de Johanna, a bien été menée. Selon Me Sannier, "toute la difficulté de l'expertise", réside dans le statut de la rue de la République, une "zone de rencontre". Un statut qui selon le conseil, "n'existe pas véritablement". "C'est une zone piétonne, il n'y a pas de passage protégé, donc on ne peut pas reprocher à l'enfant d'avoir traversé n'importe où", juge-t-il. Un passage piéton a d'ailleurs été matérialisé quelques jours après le drame, montrant le "flou" de cette zone, selon Me Sannier. Maire du 1er arrondissement au moment des faits, l'actuelle adjointe à la culture de la Ville de Lyon, Nathalie Perrin-Gilbert avait réagi assurant "nous l’avons exprimé à maintes reprises à la Ville et la Métropole de Lyon, le secteur Terreaux-République manque d’un statut clair (piéton, zone de rencontre, zone 30…) et d’une signalétique adaptée qui sécurise les déplacements des piétons et autres usagers et usagères de l’espace public".


"On dit que l'amour triomphe toujours, alors j'espère que c'est vrai"

Sandrine Barthélémy
Sandrine Barthélémy va entamer une grève de la faim. (@NC)

Sandrine Barthélémy et son conseil estiment ainsi que Keolis et la Ville de Lyon ont une responsabilité dans le drame qui a couté la vie à Johanna. Mais le temps faisant, Me Sannier craint que les responsabilités ne se diluent. "Lorsque Mme Barthélémy a demandé à ce que Gérard Collomb soit entendu, on lui a rit au nez. Alors que manifestement, il avait toute latitude pour empêcher cet accident", lance l'avocat. L'expertise en accidentologie aurait également mis en lumière l'absence de visibilité du chauffeur du bus, qui pourrait être liée à la présence de nombreux passagers à l'avant du véhicule. "Dans d'autres villes il y a des systèmes qui empêchent les usagers de s'agglutiner à l'avant. Aucune décision n'a été prise par Keolis pour s'assurer que le chauffeur puisse véritablement avoir la capacité de s'assurer que là où il avance il n'y aura pas de piétons", affirme Me Sannier.

Sandrine Barthélémy elle, n'attend plus rien de la Justice et espère, avec sa grève de la faim, attirer l'attention sur son combat. "Je veux pouvoir dire à ma fille que j'ai tout fait pour elle, confie-t-elle. Et d'ajouter, déterminée : On dit que l'amour triomphe toujours, alors j'espère que c'est vrai... L'amour, ça doit triompher."

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