Wax Tailor : des platines et des violons

Le génie normand frappe encore. Après le succès de son dernier album In the mood for life et sa tournée mondiale, Wax Tailor offre au public français de venir l'écouter mixer sur ses platines accompagné de 35 musiciens de l'Orchestre National de Rouen. Quatre dates, dont une à Lyon, qui ont demandé temps et sueur à leur instigateur.

Pourquoi seulement quatre concerts ?

Je suis le premier à être frustré. C'est vraiment à cause du calendrier. Les orchestres classiques prévoient leurs concerts deux à trois ans à l'avance, contre deux ou trois mois pour des groupes de musique comme le mien. On a essayé de faire correspondre nos emplois du temps. Quand on est finalement arrivé à arrêter des dates, il a fallu réserver les salles. Là aussi, ça a été difficile. À Paris, le Grand Rex était réservé sur les deux dates qu'on voulait. Puis le transport posait problème aussi. Ce sont quand même 56 personnes sur la route, avec beaucoup de matériel. Tout était compliqué et on a été obligé de se restreindre à quatre dates.

Comment l'envie t'es venue de jouer avec un orchestre symphonique ?

L'envie, je l'ai toujours eue. La musique classique, je dirais que c'est un peu la culture de monsieur tout-le-monde. Je ne suis pas un spécialiste, mais ça me touche. Ce qui m'intéresse, c'est la convergence, ce rapport entre la musique actuelle et le classique. Il y a toujours quelque chose de bien qui en ressort. Sauf que je voulais vraiment garder les machines au milieu. Je ne voulais pas faire quelque chose de policé, de politiquement correct. Je voulais vraiment cette confrontation, que les MC restent au centre du processus, qu'il y ait ce dialogue. Dès que j'ai terminé In the mood for life au printemps 2009, je me suis dit ''c'est le moment''. Et ça a été encore plus difficile que je ne le pensais !

Comment s'est passée la rencontre entre les platines et l'orchestre ?

Pour l'instant, c'est surtout un long travail logistique et de réflexion. Du côté artistique, il y a eu les premières questions sur la présence d'un chef d'orchestre, par exemple. Moi, quand on me l'a posé pour la première fois, je me rappelle avoir répondu du tac au tac ''non'', parce que je suis le chef d'orchestre. En réalité, il en faut un mais il doit comprendre qu'il est dans un rôle de traduction. Je veux que l'orchestre soit au service de l'arrangement, qu'il puisse permettre d'avoir des textures, des volumes, mais qu'on garde l'épine dorsale de ma musique. Il a fallu faire dialoguer tout le monde. On va se permettre des plages un peu plus atmosphériques, des sons différents, et des titres qu'on a jamais joué. Tout ça mis bout à bout, c'était pas simple.

Quelles reprises as-tu prévu de faire ?

Je laisse aller la construction, j'essaie de retrouver une histoire dans les trois albums. Il y a une grosse partie du premier, parce qu'il y avait beaucoup plus de titres instrumentaux. On est revenus sur des titres assez planants comme Am I Free. Il y a d'autres titres que les gens ont plus souvent entendu et qu'on reprend aussi. L'idée était de savoir comment les amener différemment et comment trouver le lien avec ces titres moins connus.

Comment es-tu arrivé à gérer tout ce beau monde ?

C'est un casse-tête. Les vocalistes, c'est pas trop compliqué. Mais mes musiciens, c'était une autre histoire. Mais j'avais envie qu'ils soient partie prenante du projet parce que c'est une histoire commune, ils sont avec moi sur toute la tournée. Je pense qu'ils sont les garants du dialogue. Ils ont une formation classique, même s'ils ont mis un pied dans autre chose. Ça permettra, lors des répétitions, d'avoir un dialogue différent et d'avoir des gens qui sont capables d'articuler la musique classique avec ma musique.

Tu considères ces concert comme une nouvelle expérience ?

Oui, c'en est vraiment une. Je continue de penser que c'est un vrai challenge de faire cohabiter les machines avec ces 35 musiciens. Il faut comprendre qu'il est beaucoup plus facile de réorchestrer une musique en version acoustique. On aurait très bien pu choisir les titres qui se prêtent à l'acoustique et on aurait eu un son harmonieux, très logique, mais un peu lisse. Mon idée, c'est de me confronter à ça sachant que ma culture, c'est le sampling*. L'orchestre, c'est un énorme luxe d'arrangement. Mais je continue d'amener ma musique exactement où je veux.

Ca laisse un peu de place à l'impro ?

Honnêtement, non. Ce serait hypocrite de dire oui. Ce n'est pas possible. Parce qu'il y a un cadre, il y a des partitions. Quand on a 40 personnes sur scène, c'est dangereux d'improviser.

Wax Tailor and the MayflySymphony Orchestra, le 6 novembre à la salle 3000. Entrée : de 30 à 40 euros

*Echantillon de musique ou de son réutilisé dans un morceau de musique.

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