War Songs : a comic of violence

War Songs, c’est le titre de la nouvelle bande dessinée d’Ivan Brun. Complexe et riche de sens, ce recueil conte avec un oeil naïf l’histoire de la violence des années 2000, que ce soit dans les nouvelles guerres ou dans les banlieues occidentales. Un livre choquant de réalisme que son créateur lyonnais a accepté de décrypter.

La première page de la BD décrit en 12 séquences la décapitation au couteau d’un prisonnier. La victime a de grands yeux, un petit corps, tout ce qu’il y a de plus naïf. Mais il ne faut pas s’arrêter à cette prétendue candeur. La violence est omniprésente. ‘’Je dresse un constat sur ce qui se passe à notre époque, développe Ivan Brun. C’est un regard sur l’actualité, sur le monde dans lequel on vit. Rien n’est tiré de mon imagination, tous les faits sont réels.’’ Effectivement, des dealers de banlieues aux tortures d’Abou Ghraïb, tout dans cette œuvre provoque chez le lecteur un sentiment désagréable de déjà-vu.
‘’Il y a une sorte d’aller-retour entre une banlieue archétypale dans une société occidentale et un conflit qui se déroule dans un Proche-Orient imaginaire. Je voulais montrer le parallèle entre ces deux mondes’’, explique le dessinateur. La banlieue y est décrite comme un temple du no future. Le conflit dans cet orient lointain est un véritable no man’s land où chaque habitant pâtit d’une guerre qu’il n’a pas voulu. Entre ces deux mondes, une violence également révoltante, injuste, où aucun protagoniste n’est réellement maître de son destin. Tel est le monde perçu par Ivan Brun. Une lecture amère de notre époque, une révolte silencieuse contre le sens de la vie actuelle.

Une décennie de guerres

Ivan Brun est parti d’un constat simple : ‘’La décennie qu’on vient de traverser, à partir des attentats du World Trade Center, n’a connu que la guerre’’. Dans War Songs, il entreprend d’en faire le constat neutre, clinique, d’une froideur qui ne fait qu’ajouter à la misère dessinée dans ses pages. Sans dialogues écrits, il dresse le bilan d’une décennie de conflits. L’explication de ce choix tient en ces termes : ‘’ Plutôt que de faire une BD avec un texte, des dialogues, j’ai essayé de véhiculer le maximum de sens, d’avoir un propos riche en se basant uniquement sur l’image. Ça choque le lecteur, mais c’est aussi pour l’amener à regarder la réalité en face’’.
War Songs affiche une volonté semblable à d’autres recueils comme ceux de Marjane Satrapi avec Persepolis ou encore Art Spiegelman avec Maus : peindre la réalité dans ses plus sombres et ses plus précis détails, utiliser l’image pour véhiculer un message fort, choquer le lecteur tout en l’instruisant. Cette BD -pour public averti, cela sans dire- rempli pleinement son rôle d’empêcheur de tourner en rond.

War Songs, d'Ivan Brun aux éditions Glénat
13,90 euros

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Mêler journalisme et polar dans une revue trimestrielle, l'idée ne pouvait germer que dans l'esprit de Stéphane Damian-Tissot, ancien journaliste lyonnais branché justice, fan de polars et lecteur assidu de Truman Capote. Avec Yannick Dehée, patron des éditions Nouveau Monde, il lance en 2016 Sang-Froid, véritable ovni littéraire qui s'est imposé depuis sur les tables de chevet du monde de la justice.
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