Triptyque Puccini : 6 opéras

Dernier opéra achevé de Puccini, Il Trittico est composé de trois opéras : un épisode d’horreur, une tragédie sentimentale et une farce. Créées en 1918, les trois pièces requièrent d’être jouées successivement au cours d’une même soirée, mais l’histoire en décida autrement et il est rare de pouvoir assister au triptyque dans son intégralité.

Associer pour mieux s’approprier

Chacune des parties comporte un acte unique, ce qui justifie souvent (comme ici) de les confronter à une autre œuvre. Les trois volets du triptyque se voient ainsi associés à un binôme d’expression germanique, d’esthétique différente mais mettant en relief les caractères de la modernité dans l’opéra au cours d’une décennie.

1/ Il tabarro + Von Heute auf Morgen

Le premier volet, Il tabarro,dépeint les errances d’un couple. Suite au décès de leur enfant, l’amour s’est volatilisé : Michele aime encore sa femme et se souvient des soirs où il la protégeait dans son grand manteau, son tabarro...

Lui répond Von Heute auf Morgen, composé douze ans plus tard par Arnold Schoenberg, dans un langage dodécaphonique rompant de manière radicale avec la tradition belcantiste. Les sujets sont similaires (les difficultés au sein d’un couple), mais travaillés de manière différente.

2/ Suor Angelica + Sancta Susanna

Suor Angelica se déroule au XVIIe siècle, dans un couvent où des religieuses débattent de leurs fantasmes refoulés. Seule Angélique ne prend pas part au débat. Commencent alors les commérages : son arrivée au couvent intervient suite à une punition de sa famille pour avoir commis le péché de chair, et enfanté.

Sancta Susanna de Paul Hindemith se déroule également dans un couvent. Les cris de plaisir d’un couple en pleins ébats près de la chapelle, une religieuse emmurée vivante après avoir été surprise nue en train de caresser un Christ en croix : à une époque où Freud met l’accent sur les pulsions de vie, de mort et les désirs, Hindemith s’aventure plus encore que Puccini dans la thématique.

3/ Gianni Schicchi + Une tragédie florentine

Dans la plus pure tradition de l’opéra bouffe, le dernier volet du triptyque, Gianni Schicchi, est aussi le plus populaire. Il décrit un subterfuge imaginé par la famille Donati, déshéritée par un aïeul richissime au profit d’un monastère : le décès ne s’étant pas encore ébruité, Gianni Schicchi se chargera de mener à bien une imposture qui l’obligera à se faire passer pour Donati et dicter, agonisant sur son lit de mort, un testament plus avantageux… D’après un livret d’Oscar Wilde, Une tragédie florentine de Zemlinsky rejoint l’œuvre de Puccini dans le cynisme. Le bonheur par le crime, qui fait rire chez l’un, fait grincer la logique chez l’autre.

Quatre metteurs en scène, pour, une fois encore, croiser les points de vue, étoffer le propos, enrayer l’ennui. Le triptyque puccinien est confié à David Pountney. John Fulljames et Georges Lavaudant se partagent les trois œuvres en langue allemande. Direction musicale assurée par l’excellent Lothar Koenigs.

Festival Puccini Plus, à l’Opéra de Lyon.

Ce jeudi 9 février, à 20h, Suor Angelica/Sancta Susanna. Samedi 11 et lundi 13, à 19h30, intégrale du Trittico.

à lire également
Daniele Rustioni dirigeant l’orchestre de l’Opéra de Lyon © Blandine Soulage
Deux productions de l’Opéra sont présentées ce mois-ci à Lyon, l’une à domicile, l’autre à l’Auditorium. Comédie exotisante (Ravel) versus parabole patriotique (Verdi) : deux salles, deux ambiances…
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux

Nos BD
Faire défiler vers le haut