Semi-Pro : La main au panier

Et mène cette comédie vintage à la victoire.

Semi-Pro ***
De Kent Alterman
Avec Will Ferrell, André Benjamin, Woody Harrelson...
Comédie. Etats-Unis. 1h30

Jackie Moon est le propriétaire, l'entraîneur et le joueur star des Flint Tropics, une équipe de basket semi-professionnelle des années 70 qui espère intégrer la prestigieuse NBA. Malheureusement, les Tropics sont un ramassis de bons à rien et de déjantés. Pour les relancer, Jackie décide d'engager un vrai joueur, Monix, ancienne star de la NBA avant sa blessure au genou. Mais la réalité est cruelle : malgré toute leur bonne volonté, les Tropics sont nuls !

On dit généralement que les grands cinéastes font toujours le même film. Il en est de même, ou presque, pour l'acteur Will Ferrell : en à peine trois ans, ce génie du comique coléreux a ainsi joué dans pas moins de quatre comédies grinçantes sur l'univers ridiculement impitoyable du sport : Kicking & Screaming (il joue un entraîneur de foot), Ricky Bobby, Roi du Circuit (un pilote de Nascar), Les Rois du Patins (un patineur artistique) et enfin Semi-Pro. Ici, Ferrell incarne Jackie Moon, un propriétaire de club de basket, ancien chanteur de charme, également coach et joueur de sa propre équipe, les Flint Tropics. Comédie vintage hilarante, Semi-Pro n'est pas tant un film sur le basket que sur la transformation dans les années 70 du sport pro, ou semi-pro, en industrie. Pour cela, le film s'appuie sur un épisode bien réel de l'histoire du sport américain : l'absorption en 1976 par la NBA, le championnat pro américain, d'une ligue concurrente, l'ABA, et de quatre de ses clubs (dont les fameux San Antonio Spurs). Moon qui fait tout pour que son équipe fasse partie du wagon des repêchés comprend alors bien vite que l'enjeu du sport n'est plus tant le jeu lui-même que ses à-côtés, ses entractes, ses divertissements annexes, fussent-ils surréalistes. Pour attirer du monde dans sa salle vide, Moon promet par exemple de combattre un ours ou déguise ses joueurs en fruits de mer dansants. Une dictature de l'entertainment qui vaut pour le jeu lui-même, où le spectacle prime sur l'enjeu sportif : clin d'œil, le film attribue à Moon l'invention du très spectaculaire alley-hoop, équivalent basketballistique de la reprise de volée, dont son équipe use dans des proportions ridicules. Jusqu'à rendre ce geste symbole du showtime à ce point inefficace qu'elle se voit contrainte, pour gagner, de recourir à un vrai plan de jeu, bref de... jouer au basket. Mais Semi-Pro, pour autant, assume son statut semi-professionnel justement, s'érigeant jusqu'à l'absurde en ode au sport amateur et à l'amour du maillot : plus que tout, ce qui importe aux Tropics est de remporter non pas le championnat, ils sont bien trop nuls, mais la 4e place. Pour cela, ils comptent sur un casting plus drôle qu'efficace : un géant lituanien lobotomisé, une star frimeuse (André Benjamin d'Outkast, parfait en caricature du jeune loup NBA individualiste et carriériste) et Monix, un vieux pro désabusé et vermoulu (Woody Harrelson, comme une projection de son personnage de Les Blancs ne savent pas sauter, film qui le révéla). Cette 4e place tant convoitée, c'est bien sûr celle généralement attribuée à la médaille en chocolat, aux losers. Ou simplement à ceux pour qui le plaisir du dépassement de soi prime sur la gloriole : tous ces athlètes moyens, sans qualités mais combattifs et volontiers truqueurs, que Will Ferrell continue d'incarner avec une verve de très haut-niveau et une mauvaise foi olympique.

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