Lyon Capitale n°154
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Laferrière, Buffet, Guillaume, Hamelin : les jeunes veulent le pouvoir

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Début 1998, Lyon découvre les jeunes pousses de son paysage politique. En pleine période électorale et alors que les partis doivent se renouveler, de nouvelles têtes prennent les commandes de la ville. En 2018, ces anciens petits nouveaux ont mûri et certains se sont bien enracinés dans les murs de la ville.

Lyon Capitale n°154, 14 janvier 1998 © Lyon Capitale ()

En 1998, le FN monte en puissance et les grands partis font face à une demande croissante de renouvellement de leur classe politique. À l’approche des élections régionales et cantonales, de nouvelles têtes font leur apparition sur le devant de la scène. Si aujourd’hui certains sont passés à la trappe, d’autres ont depuis bien creusé leur trou. À gauche, on découvre Sylvie Guillaume la jospinienne, qui gravira les échelons du PS jusqu’à son actuel poste de députée européenne ; Hubert Julien-Laferrière, adjoint à la culture, est aujourd’hui député LREM de la 2e circonscription. À droite, on retrouve le maire d’Oulins, François-Noël Buffet, qui se hissera jusqu’au Sénat. Emmanuel Hamelin, petit nouveau, décrochera par la suite un poste au conseil municipal et métropolitain de Lyon.

Lyon Capitale n°154, 14 janvier 1998, p. 4 © Lyon Capitale

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Texte de l’article paru le 14 janvier 1998 (Lyon Capitale n° 154), signé Philippe Chaslot

Les jeunes veulent le pouvoir

Les régionales et les cantonales du mois de mars prochain seront u test pour vérifier le sérieux des promesses de rénovation qu'ont annoncé le partis politiques. Pour l'instant, il semble que le PS et que le FN aient tout compris, que le RPR ait de gros efforts à faire et que l'UDF et le PC soient largués. Sous la pression ou par tactique, les partis tentent de se renouveler. Mais les pesanteurs sont telles que les jeunes sont traités de manière très différente d'un parti à l'autre.

Le FN et le PS font confiance aux jeunes

Le PS et le FN ont une grande longueur d'avance sur les autres partis quant à leur capacité de renouvellement. Pour le PS, que les jeunes RPR et UDF regardent avec envie, il semble que la Culture de la rénovation Soit désormais bien inscrite et qu’elle passe par un rajeunissement des candidat(e)s. “Ils ont de la Chance. Mitterrand est mort et Jospin a été assez fort pour taper du poing sur la table et pour écarter les éléphants", confie Bruno Alart (RPR). En effet le PS se fait balayer lors des législatives de 1993. Dans la Contrainte, il opère une sérieuse introspection et, sous la houlette de Jospin, il entreprend à la fois sa rénovation sur le thème de la "gauche morale" tout en faisant le pari en 1997 d’un renouvellement profond de toutes les candidatures aux législatives. Cette mission est confiée par Lionel Jospin à Sylvie Guillaume, Premier Secrétaire PS du Rhône et membre du bureau national. Celle-ci impose que le renouvellement passe aussi par une large féminisation. Cela s'avérera très payant. Le PS, naguère coincé dans ses baronnies, revient de loin et donne désormais du pouvoir au sans grade d'hier. “De 4 femmes à l'Assemblée, nous sommes passées à plus de 40 ! ", s'enorgueillit Sylvie Guillaume qui à son tour, à 35 ans, vient d'être désignée tête de liste du Rhône aux régionales. Le FN, lui, est sans conteste le parti qui, depuis le plus longtemps a misé sur les jeunes, particulièrement dans le Rhône, en leur offrant systématiquement des postes de responsabilités. Emmanuel Gemmel-Smith, Conseiller municipal à Saint-Priest, affiche 23 ans tandis que son “aîné”. Alain Breuil en a 39. Philippe Dumez, Conseiller municipal à Lyon et président de groupe FN, a 36 ans. Et aux régionales, sur les 10 premières places éligibles, 5 sont d’ores et déjà réservées à des moins de 40 ans dont Philippe Dumez et Richard Morati. Ce dernier qui a réussi le meilleur score du FN dans le Rhône à l'issue du 2e tour des législatives (36 % dans la 14e) n'a que 29 ans : "On nous confie tôt des responsabilités. Il y a beaucoup de places à prendre chez nous. Investir sur un jeune pour le FN, c’est lui laisser le temps de s'enraciner, de se professionnaliser", commente-t-il. Ce poids important de la jeunesse au FN s'explique donc par un volontarisme très calculé des dirigeants, visant à s'inscrire dans une stratégie de conquête. Elle ne répond pas, comme pour les autres partis, à une adaptation rendue nécessaire par des défaites électorales pu par la pression de l'opinion publique. C'est sans doute pourquoi, significativement, les jeunes du FN, très “formatés", ne représentent absolument pas une rénovation dans le mouvement. Ils ne critiquent en rien les idées ou les méthodes de leurs aînés, jeunes, biologiquement, ils ont tout simplement plus de temps pour, comme le souligne le même Morati, "gagner un jour les seconds tours puisque nos aînés nous ont déjà appris à gagner les premiers tours".

Le RPR et les Verts entre deux eaux

Dans ce petit tour de piste du rajeunissement, deux partis semblent dans une position assez intermédiaire, les Verts et le RPR. ||faut d'ailleurs noter que tout est relatif : à 40 ans on est un jeune pour le RPR mais plus très vert pour un écologiste ! Ces deux partis ont un point commun : tous deux possèdent un réel vivier de jeunes qui n'ont que peu les commandes. Le RPR, grâce à l’UJP (1) et à l'espoir soulevé par l'aventure des quadras dans les années 80, a toujours su drainer des jeunes jusque dans les couches populaires. Mais, jusqu'à maintenant, ce parti a surtout demandé à la jeunesse de coller des affiches... et de se taire. "On nous utilise pour l'image mais pour l'exécutif, on passe à la trappe. Contrairement au PS, c'est un peu verrouillé", confie ce jeune militant. Après la défaite de 1997, les prochaines échéances sont pourtant ressenties par les jeunes gaullistes. Comme une chance de bousculer enfin ces mauvaises habitudes. C'est un fait, d'un point de vue local, c’est surtout sur Henry Chabert que misent les jeunes, les Hamelin, Rey ou Alart tout en notant que leur leader n’a pas encore suffisamment de poids pour imposer totalement ses idées de renouvellement, notamment pour la constitution de liste des régionales : “C’est le premier qui nous a pris au sérieux et qui nous a fait participer au débat en nous demandant notre avis”. Emmanuel Hamelin a de fortes chances d’être en position éligible pour les régionales. Mais Bernard Rey, prêt à en découdre avec l'UDF Christian Philip lors de primaires qui pourraient se produire lors de la succession du Canton de Simone André, n'est pas certain d’avoir l’appui suffisant pour le faire. Quant à Bruno Alart, il est bien forcé de constater qu'André Bourgogne, 71 ans et RPR comme lui, ne veut pas lui céder la place dans le 7e canton. “Peut-être qu'il faudra à la droite une nouvelle claque pour qu'elle comprenne... et là en 2001 on viendra nous chercher", lâche-t-il avec une certaine amertume. Le RPR ne manque pas de jeunes... qui aimeraient bien servir un peu plus. Le parti des Verts est aussi en pleine recomposition “après une période de décomposition" comme le rappelle le nouveau président des verts du Rhône, Jacques Défossé (33 ans). Il est devenu parti de gouvernement, mais précise Etienne Tête (41 ans) : "Si nous avons eu une phase historique dans les années 70, un rajeunissement dans les années 84/88, on rentre de nouveau dans une phase de Vieillissement". Et comme les Verts ont peu d’élus, une fois que sont casés les historiques, la génération intermédiaire des 40 ans... il n'y a plus beaucoup de places pour les jeunes.

L'UDF et le PC n'aiment pas le jeunes

Il faut sans doute avoir la foi pour militer jeune au PC ou à L'UDF. C'est, à l'évidence, les partis qui ont le plus de mal à se renouveler. "On ne rentre en politique à l’UDF que par effraction”, résume le pourtant très pacifique Denis Broliquier (36 ans) qui après avoir milité pendant des années auprès de Millon et Sur le terrain, a compris qu'on ne lui ferait aucun cadeau, qu’on ne lui ouvrirait aucune porte. Il a donc décidé, quoi qu'il arrive, de se présenter en mars prochain dans le 2e canton tenu par l'UDF Roger Fenech. “Les jeunes à l'UDF doivent être sympas, dynamiques, au service...mais sans responsabilité", rajoute il en admirant qu'au RPR on ait pu “apporter sur un plateau à François-Noël Buffet, 34 ans, la mairie d'Oullins et une vice-présidence à la Communauté urbaine !". L'UDF manque de structure. Elle est en fait un rassemblement de notables qui dirigent la Ville de Lyon, la Région et le Département. Ils ont une tendance naturelle à garder leurs postes et non pas à prendre un jeune pour le faire monter", analyse notre jeune UDF qui regrette cette attitude qui a dégoûté beaucoup de jeunes. Les jeunes UDF, Amaury Nardonne et Denis Broliquier qui vont peut-être pouvoir émerger grâce à l'image un peu plus dynamique de leur nouveau leader Alain Madelin (Démocratie Libérale), se consoleront en apprenant que la place laissée aux jeunes du PC est encore pire que ce qu'ils ont vécu. La rénovation communiste prend son temps et pour le moment il manque un gros paquet de jeunes à l’appel. Car, et C’est aussi ce qui rapproche l'UDF du PC, à force d'avoir ignoré les jeunes, ceux-ci ont tout simplement déserté.
(1)Union des jeunes pour le progrès

Les "symboles"

Sylvie Guillaume est le symbole du renouvellement de la gauche jospinienne. A 31 ans, elle est élue Premier secrétaire départementale du PS du Rhône et elle vient d'être désignée, à 35 ans, pour être tête de liste aux prochaines régionales. "Je n'ai pas un caractère facile", reconnaît l’ancienne secrétaire médico-sociale que l'on accuse souvent d'être un peu raide. “Mais c'est par timidité. Derrière l'armure, je suis trop affective". Elle aime la fête, les films d'action... et le culturisme. Warda Hadid, elle, a 29 ans. Née de parents algériens, elle a suivi une formation juridique à Lyon 1. Mais elle retourne vite à ses premiers amours, la chanson sous le nom de scène de Rose Ward. Persuadée que la gauche ne tient pas un discours de responsabilité aux jeunes des banlieues, elle crée “Cité au féminin" à Vaulx-en-Velin, devient la suppléante d'Olivier Taoumi lors des législatives 97 et aujourd'hui décide de prendre la tête d’une liste FRA (France Alternative Républicaine) aux prochaines régionales. “Français de l'immigration ou Français de Souche, quelle importance ? Ce qui compte c'est d'être français de cœur", dit-elle. Tout un symbole.

Les hussards

Ces trois-là n’ont pas froid aux yeux. Amaury Nardonne, avocat, 30 ans, est grand, sec, un peu froid, hyperactif. || cultive un côté "Vieille France" et se dit “papiste" à titre privé. Mais il se définit d'abord comme un laïc, libéral. Au culot, il obtient de Madelin qui vient de se faire sortir du gouvernement Juppé, la responsabilité de ranimer Ses réseaux idées Action dans le Rhône et il est bombardé, en juillet dernier, secrétaire général de Démocratie Libérale. Il sera très probablement en position éligible sur la liste régionale conduite par Millon. Richard Morati, 29 ans, (FN) n'est pas le dernier des imbéciles. Secrétaire général du groupe FN à la Région, élu à Vénissieux, Conseiller Communautaire, il a adhéré au parti de Le Pen à 19 ans à Annecy. En 1992, il est major sur 250 cadres du FN suite à des tests vidéos et des "épreuves" de dialectique. Pour lui le feu embrigadement communiste “n'est pas un mauvais exemple". Lors des dernières législatives, il rafle près de 25 % au 1er tour. Il est persuadé d'arriver un jour à dégommer André Gerin. Il sera 10e de liste aux régionales et donc probablement élu, Bernard Rey, 39 ans, élu chabertiste du 3e, n'est lui, ni un tueur, ni un idéologue. Son côté hussard provient de sa très forte conviction que l'on ne peut améliorer les choses qu'en partant du terrain. Un terrain qu'il laboure avec passion en s'investissant autant qu'il le peut. "J'ai été un an et demi au chômage et je sais ce que c’est de s’entendre dire qu'on est Vieux à 37 ans. (...) J'aime le concret et j'ai très envie de partir dans le 9e canton que laisse Simone André. Quitte à ce que je me batte en primaire contre le Premier adjoint Christian Philip".

Les légitimistes

Les légitimistes ne sont pas des gens à faire des coups de Trafalgar ni à forcer trop le destin. Mais ils savent se rendre indispensables en mettant leur qualité en avant ou tout simplement en se positionnant bien. Dans 15 ans, qui sait, Ce seront peut-être de vrais apparatchiks en attendant, ce sont de vrais espoirs. François Noël Buffet s'est vu, à la démission de Michel Terrot de la mairie d'Oullins, confier la succession. Il est venu par la grâce du même papier cadeau vice-président à la communauté urbaine. Il fait même partie du bureau restreint qui entoure Barre. Lilian Zanchi, tout aussi brillant que Buffet est, à 29 ans, 1er secrétaire de section de Villeurbanne, chef de cabinet de Jean Louis Touraine, maire du 8e et il est en position éligible aux régionales, “C’est vrai, moi j'ai l'image du clerc de notaire, de l'apparatchik qui veut tuer tout le monde”, s'amuse-t-il. Thierry Braillard, 33 ans, avocat et président du PRS (Parti radical a choisi ce parti en 1981"parce que les socialistes étaient trop idéologues, ils parlaient sans rire de rupture avec le capitalisme !”, rigole encore l'élu du 5e, Conseiller municipal de Lyon et depuis peu conseiller régional, un poste qui lui sera Conservé puisqu'il est en position éligible aux régionales de mars 1998. Le PRS étant devenu un peu le satellite du PS “depuis que le PS s'est radicalisé... en se rapprochant de nos positions", Thierry Braillard n'a pas de soucis à se faire. Il aura toujours le rôle sympathique et confortable du raton laveur. Bruno Alart, 40 ans, président de la Chambre des professions libérales du Rhône, avocat et conseiller municipal à Lyon est un RPR tendance très Chabert. Comme son ami Braillard, c'est un bon vivant et il a faim... d'un renouvellement qui permettrait à sa génération de se faire les dents : "Nous sommes beaucoup plus proches du terrain que les anciens", plaide-t-il en comptant surtout sur 2001. Emmanuel Hamelin, 40 ans, RPR, est suppléant d'Henry Chabert et lui, il ne sera pas de la revue. A la tête d'une petite société de conseil et formation d'entreprise, il sera très vraisemblablement candidat éligible lors des prochaines régionales. Fils de député gaulliste, il rigole : "J'ai eu mon époque Rocard vers 16/17 ans. Ça fajsait chier mon père, c’était bien !”.

Les "baroudeurs"

Hubert Laferrière (PS), 31 ans, est Conseiller municipal de Lyon et vient d'être nommé adjoint à la Culture du 9e suite à la démission d'Andrée Rives. C'est avant tout un ami de Gérard Collomb passionné comme lui d'Amérique du Sud. Venu à la politique par le mouvement étudiant de 1986, il se demande avec le recul si la loi Devaquet, qui était combattue à l'époque, était si mauvaise. “Mais ce mouvement était l'occasion de réveiller un peu les gens, de combattre l'individualisme”. Passionné de voyages, il est prof et assure actuellement des TD sous la responsabilité de... Christian Philip. En 92/93 il passe un an à Vancouver et gagne sa vie en jouant de la guitare et en chantant dans les bars, devenu copain de Gérard Colomb, ils écumeront ensemble, lors des municipales de 95, les maisons de retraite en interprétant Étoiles des Neiges, Le Pénitencier ou Le Temps des cerises. Sportif et aventurier, il trouverait triste de ne faire que de la politique. Denis Broliquier (Démocratie libérale),36 ans, est aussi un grand Voyageur qui, après sciences-éco, histoire-géo et sup-de-co a navigué entre plusieurs métiers. Journaliste économique au Figaro en 1988, il devient chef de cabinet de Millon (89-92), il est chargé de mission à la communauté urbaine jusqu'en 1995 et travaille dans le domaine de la Communication notamment à la Commission de Fourvière. Mais ce Chrétien militant qui a fondé “Chrétiens et politique" est travaillé par le démon de la politique et, adorant le Contact, s'investit beaucoup sur le terrain. Lassé de l'attitude de l'appareil de l'UDF qui le laisse végéter, il vient de décider, lui si poli, “de ruer dans les brancards" et de partir, quoi qu'il arrive, aux cantonales de mars 1998. Jacques Défossé, 33 ans, est président des Verts du Rhône. Son aspect assez lunaire Cache une acuité qu'il distille avec humour. Originaire de Haute-Savoie, il découvre Lyon, comme bien d'autres jeunes politiques lyonnais, en venant faire ses études ici à 18 ans. A 24 ans, après une période d'amusement libertaire avec des anars "nettement plus drôles que maintenant”, il s’inscrit aux Verts. Finies les opérations Consommons dans les rayons qui mettaient en émoi les dirigeants de Mammouth... mais bonjour les prises de Tête avec un parti qui peu à peu se déchire. “A observer, c'était un peu comme dans La Vie de Brian !" Heureux que les Verts aujourd'hui aient repris du poil de la bête et ne rechignent plus à se transformer en vrai parti de gouvernement, ce professeur de géographie à la fac de Lyon. Il est partant pour de nouvelles aventures.
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