Pour savoir qui succédera à Ken Loach en remportant la tant convoitée soixantième Palme d'or, Lyon Capitale vous propose un panorama sur une édition exceptionnelle et bouillonnante.
"Il n'y aura pas de retour sur le passé, de commémoration mortifère, d'autocélébration béate, rien de ce qui rend l'avenir encore plus intimidant" assure Gilles Jacob, directeur du Festival depuis 2001. Nous voilà prévenus, Cannes célèbre ses 60 ans mais ne vieillit pas. Plus que jamais, la tendance est à la prospective. Le lyonnais Thierry Frémaux, délégué artistique du Festival et directeur de l'Institut Lumière, le confirme "le Festival doit être l'écho des vibrations du monde. A Cannes, il n'y a pas d'abonnés. Ce qui nous intéresse, c'est le mouvement, pas la mode". Et même si 2007 ne se fera sûrement pas sans Jeanne Moreau, le casting des 60 ans qui mélange "héritage et modernité, grandes signatures et jeunes pousses" laisse augurer du meilleur, toutes générations confondues.
En compétition, on retrouve les nouveaux films de cinq cinéastes déjà "palmés" : Kusturica, Gus Van Sant, Wong Kar Wai, les frères Cohen dont c'est la 6e sélection et le dernier Tarantino (photo ci-contre) qualifié de "franchement bizarre" par Frémaux. Parmi ces "éléphants", treize jeunes pousses prometteuses ont été retenues. Citons pêle-mêle, le plus tout jeune David Fincher (Se7en, Fight Club) avec son thriller très attendu Zodiac, le coréen Chang-dong, remarqué en 2002 avec Oasis ou la venue de l'autrichien Seidl, auteur du démentiel Dog days (2001) qu'il faudra surveiller avec Import Export.
Dans le camp français, où la dernière palme d'or remonte à 1987 (Sous le soleil de Satan de Pialat), il faudra compter sur deux adaptations littéraires : Une vieille maîtresse par Catherine Breillat avec le très excitant duo Asia Argento - Amira Casar et Le scaphandre et le papillon par Julian Schnabel. Plus surprenante, la comédie musicale Les chansons d'amour de Christophe Honoré avec Ludivine Sagnier et Louis Garrel tentera de réitérer le "coup" des Parapluies de Cherbourg qui repartit avec la palme en 1964.
Enfin, même si selon Frémaux "le seul enjeu cannois, c'est le cinéma (...) les auteurs, d'abord les auteurs", la Croisette c'est aussi le glamour, les paillettes et les stars. Et 2007 nous en met plein les mirettes. La dream team de playboys d'Ocean's Thirteen (Clooney, Damon et Brad Pitt) foulera le tapis rouge, Michael Moore est de retour pour brocarder les industries pharmaceutiques, l'illuminé Abel Ferrara revient hanter les séances de minuit, Martin Scorsese donne des leçons de cinéma et un collectif de pointures (Lelouch, Kaurismaki, Assayas, Cronenberg...) offre comme cadeau d'anniversaire un film hommage aux salles obscures. Ajoutez à cela Deneuve chez Gaël Morel, Diane Kruger maîtresse de cérémonie, Angelina Jolie dans le dernier Winterbottom, les actrices Maria de Meideros et Toni Collette (Muriel, Little Miss Sunshine) membres du jury et il n'en faut pas plus pour faire de cette 60e édition un cru exceptionnel.
Zoom express
Tout ira bien ** de Robert Thalheim, Allemagne, 1h27
Il aurait été dommage que dans l'ombre de Spiderman, des 15 mois de tournage et de ses 250 millions d'euros de budget, on ne remarque pas Tout ira bien, un miraculeux petit film allemand tourné en 17 jours avec 3000 euros seulement. Brutal, drôle et cruel, hésitant entre triste chronique et comédie décalée, ce premier long, prévu pour n'être qu'un film de fin d'études, étonne autant par son interprétation que par son côté documentaire. Histoire d'amour et de sauvetage d'un père par son propre fils, portrait caustique des "rescapés" de l'ex RDA, Tout ira bien exploite une forme de cinéma direct, instantané et spontané qui lui donne une vraie force de vérité.
Still Life ****
Petit chef d'œuvre chinois, lion d'or à la Mostra de Venise, Still Life est un grand film réaliste, puissant et politique qui donne à voir le vrai visage de la Chine.
Irina Palm ***
Vous avez aimez Billy Elliot ou The Full Monthy ? Alors ne ratez pas cette délicieuse tragi-comédie british qui offre enfin à la mythique Marianne Faithffull son premier rôle en tête d'affiche.
Clerks II ***
Comment faire d'une comédie subversive et potache, une réflexion pas si drôle sur le non-sens de la
génération X. Hilarant mais beaucoup plus fin qu'il n'y paraît.
A Casa Nostra ***
Une chronique milanaise sur l'argent, la corruption et le malheur populaire. Avec ce film franchement couillu - dont on aimerait voir l'équivalent français - la fille du grand Luigi Comencini se paye le luxe de dénoncer le système Berlusconien qui a perverti l'Italie moderne.
We feed the world ***
Un docu' juste et accablant sur le système qui lie les grands groupes alimentaires et les Etats dans la responsabilité du gaspillage écologique et humain.
Ne touchez pas à la hache ***
Adaptation de La duchesse de Langeais de Balzac, le dernier Rivette offre à Guillaume Depardieu et Jeanne Balibar un écrin d'or et de spiritualité pour exprimer leurs talents de comédiens. Etourdissant.
Les témoins ****
Les années sida vues par Téchiné : un drame solaire et pudique sur l'amour menacé d'une génération plombée. Splendide.
Les sorties de la semaine
L'école des dragueurs (de Todd Phillips) - Steppin' (de Sylvain White) - Shinobi (de Ten Shimoyama) - Héros fragiles (de Emilio Pacull) - El cielo dividido (de Julian Hernandez) - Zodiac (de David Fincher) : attention, sortie le 17 mai.