Cachard

La faiblesse du poignet

Dernière seconde d’un match retour de demi-finale de coupe d’Europe, la coupe Korac 1986. L’Asvel mène de 5 points mais doit l’emporter de 6 face à Kaunas. Alain Larrouquis, joueur emblématique mais surtout joueur d’équipe, se retrouve avec le ballon du match. Un shoot décisif, qui aurait dû échoir selon l’usage à l’une des stars de l’équipe – sinon à quoi servent-elles ?

Si Larrouquis le réussit, il est le héros du match et l’Asvel est en finale. Il le rate et devient, pour cette raison même, le héros, ou oserions-nous dire le prétexte, du roman de Laurent Cachard Le Poignet d’Alain Larrouquis.

Ce poignet, c’est celui du shooteur dont le fouetté est censé accompagner le shoot, geste fétiche du basketteur. Ce poignet qui, en certaines circonstances, peut faire toute la différence et infléchir des destins. Ce shoot, Alain Larrouquis n’aurait jamais dû le prendre. Paul Erfray, l’autre héros du roman, est hanté par ce ratage, auquel il s’identifie et sur lequel il pense que sa vie de basketteur amateur mais aussi personnelle s’est calquée. Un parallèle qui n’est pas sans rappeler les pérégrinations du héros du premier roman de Nick Hornby, Carton jaune, persuadé d’être un loser jusqu’à ce que son équipe fétiche (Arsenal) remporte le championnat. Deux femmes, en compétition dans son cœur, et un voyage à Somosierra, lieu de défaite napoléonienne puis théâtre de la guerre civile espagnole, l’aident à dépasser cette “malédiction” et à se trouver.

Le Poignet d’Alain Larrouquis n’est pas dénué d’une certaine nostalgie – qui ne manquera pas de toucher les partisans d’un certain âge d’or du basket français. Mais c’est aussi un livre sur le destin, à prendre à bras le corps, et sur la portée dans le monde réel et trivial d’un geste rendu au symbolisme dans lequel on peut parfois se perdre.

Le philosophe Ollivier Pourriol avait écrit un livre admirable sur la signification de cette forme d’acte manqué du sportif, intitulé Éloge du mauvais geste. Ces gestes qui peuvent hanter ceux qui y assistent comme s’ils les avaient commis eux-mêmes (on se souvient de la polémique autour du coup de boule de Zidane ou de la main de Thierry Henry). Des gestes qui peuvent avoir une portée aussi universelle qu’intime, et infléchir, comme chez Nick Hornby ou Laurent Cachard, des destins. Jusqu’au moment où la vie, la vraie, reprend heureusement le dessus.

Laurent Cachard, Le Poignet d’Alain Larrouquis,

éditions Raison et Passions, septembre 2011.

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1 commentaire
  1. drazen - 29 janvier 2012

    Beau papier, venant qui plus est d'un arracheur de tibia notoire! Hornby et Pourriol, what else?

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