Jordi à la viole, Savall aux Balkans

C’est de tradition, Jordi Savall est au programme du Festival de musique baroque de Lyon (ce samedi, à la chapelle de la Trinité). Ce qui l’est moins, ce sont les musiques tsigane, sépharade et des Balkans en général avec lesquelles il voyage cette saison. Récit d’une odyssée.

Jordi Savall peut être fier. Fier, à 70 ans passés, d’avoir contribué à ce point aux avancées dans le domaine de l’interprétation des musiques anciennes, fier d’avoir livré au public (en concert ou sur disque) les versions les plus belles des musiques du passé, fier d’avoir formé et éclairé tant d’interprètes ayant jadis fait leurs premières armes à ses côtés. Savall incarne le grand-père dont n’importe quel mélomane aurait rêvé, car, des histoires, Jordi doit en connaître... et d’aucuns sont sans ignorer son talent à l’heure de les raconter. L’histoire de la musique ancienne, l’histoire de son interprétation historique et ses pionniers, l’histoire d’une quête, l’histoire tout court... Savall possède ce don pour nous les conter, avec des mots mais surtout avec des sons.

La viole comme langue de cœur

On a souvent comparé la sonorité de la viole à celle de la voix humaine, encore faut-il savoir s’exprimer. Mais quand le Catalan empoigne sa viole de gambe Barak Norman, celle-ci, aussitôt, semble parler juste, avec profondeur, tantôt poétique tantôt incandescente et survoltée. Dévoilant les dessous cachés d’autant de partitions par ses soins (tantôt de la pointe de l’archet tantôt de la baguette de chef) défrichées puis transcendées. Et n’oublions pas le film Tous les matins du monde d’Alain Corneau, pour lequel Savall fut nommé doublure en chef de Marin Marais, Sainte-Colombe, Jean-Baptiste Lully, Jean-Pierre Marielle et Gérard Depardieu – rien que cela ! – et dont la bande originale miraculeuse popularisa aussitôt la viole de gambe, tout en ouvrant tant de portes au public lambda vers la musique ancienne... Oui, Jordi Savall peut être fier.

Mais le temps presse pour ce grand-père hyperactif (il était à Ambronay le week-end dernier) encore bien loin de se reposer sur ses lauriers. C’est fou ce que le temps passe vite lorsqu’on est passionné, et Jordi continue sa quête en toute sincérité, voyageant sans cesse musicalement, reliant répertoires savants à ceux de tradition orale intimement liés. Car, de tout temps (aujourd’hui y compris), l’histoire (musicale) de l’Europe et du bassin méditerranéen n’est que métissage, rencontres et transversalité.

Est Side Stories

C’est à “l’esprit des Balkans” que s’attaque Savall à présent, à travers ce dialogue entre musiques des peuples des Balkans et des diasporas tsigane et sépharade. Entouré de musiciens serbes, bulgares, croates, grecs, turcs ainsi que de solistes d’Hespérion XXI, Savall l’aventurier part non pas à la conquête mais à la rencontre. À la rencontre de cette “autre Europe” marquée par 400 ans d’appartenance à l’Empire ottoman. Armé d’un dessus de viole, Savall, accompagné de ses acolytes, dresse un portrait de cet héritage syncrétique encore relativement méconnu de l’“Occident”.

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L’Esprit des Balkans. Samedi 12 octobre, à 20h, à la chapelle de la Trinité (Lyon 2e).

Réservations sur le site du Festival de musique baroque de Lyon.

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