© Claire Gras

Frédéric Ferrer : “J’ai toujours mené écologie et théâtre de front”

Frédéric Ferrer propose aux Ateliers (la deuxième adresse du TNG) jusque fin janvier une série des “cartographies” dont il est l’auteur et l’interprète. Soit des conférences-spectacles qui ont pour thèmes des questions essentielles liées à l’environnement. Il évoque avec nous la nature et les enjeux de ces drôles de créations théâtrales.


ENTRETIEN

Lyon Capitale : En préambule, pourriez-vous nous résumer votre parcours ?

Frédéric Ferrer : Je suis auteur, metteur en scène et géographe. Je dirige la compagnie Vertical Détour depuis bientôt vingt ans. Je propose différents spectacles qui s’inscrivent dans le cadre de ce que j’ai nommé des “cartographies”. En même temps que je passais mon agrégation de géographie, je suivais des cours de comédie. Et lorsque j’étudiais la folie, après un temps où j’ai travaillé en hôpital psychiatrique, je faisais aussi du théâtre. J’ai toujours mené ces deux activités de front.

Vos créations sont présentées sous forme de surprenantes conférences, comment vous est venue cette idée ?

J’ai toujours été attiré par les conférences, dans le cadre universitaire, par exemple. Ce sont de formidables prétextes pour accomplir des voyages intellectuels. Mes premières pièces ont été conçues sous cette forme, d’abord à plusieurs puis en solo. Cette forme entretient des liens étranges entre le réel, le savoir et la fiction. Ça permet de jouer sur ces différentes dimensions. Je suis passé à la forme solo parce que ça me permettait un travail sur l’oralité. Je me présente devant le public sans texte. Alors que, dans le cadre de cartographies collectives, j’écrivais un texte pour les comédiens. Je sais le thème qui va être abordé, j’ai bien sûr des éléments précis en tête, mais il y a une place pour la surprise. C’est un peu comme un prof qui maîtrise son sujet : il a quelques notes, mais il ne sait pas exactement ce qu’il va dire et comment il va le dire.

Comment choisissez-vous les thèmes des spectacles ?

C’est lié au hasard de mes lectures, ou parfois à une commande. Mais je pars d’une question qui se pose réellement. Par exemple, pour la cartographie intitulée Les Vikings et les satellites [présentée à Lyon en décembre, ndlr], je me suis inspiré de la réflexion d’un Viking au Moyen Âge, Erik Le Rouge, qui avait soutenu que le Groenland était une terre verte. A-t-il menti ou non ? C’est une question qui agite la communauté scientifique, entre les climato-sceptiques et les autres. Il y a dix ans, j’avais vu un débat où Claude Allègre et Valérie Masson-Delmotte s’étaient littéralement engueulés là-dessus ! Je me sers des deux discours contradictoires.

Justement, comment vous documentez-vous ?

Une fois les questions identifiées, je fais des enquêtes. Je vais sur place, à Terre-Neuve, en Afrique…, je rencontre des scientifiques. Et, par la logique scientifique, je finis par bâtir un raisonnement qui est souvent décalé, absurde. C’est ce que je cherche. L’humour arrive naturellement. Il n’empêche pas, au contraire, l’immersion dans un grand sujet. Quand Stanley Kubrick tourne un film aussi drôle que Docteur Folamour, il ne parle que d’une réalité tragique : la bombe atomique. Le message est d’autant plus percutant.

Vous faites des spectacles sur l’écologie, mais quel est votre regard sur l’écologie politique ?

Cela m’intéresse énormément. Je sais que nos systèmes économiques et politiques sont incompatibles avec la pérennité du monde dans lequel nous vivons – j’enfonce des portes ouvertes – mais il est important d’en changer. Je travaille là où je peux, à titre individuel et professionnel.

Vous êtes sans illusions ?

Non, j’ai des enfants et j’ai envie d’avoir des illusions. Et je pense réellement que les changements sont possibles. Notre époque a ceci de passionnant que tout peut être réinventé. Il y a une lame de fond. Les citoyens sont de plus en plus conscients des enjeux, les politiques suivront parce qu’ils ont envie d’être réélus.


Les Déterritorialisations du vecteur – Mercredi 23 janvier à 20h au TNG-Les Ateliers (Lyon 1er)

De la morue – Mercredi 30 janvier, même horaire même lieu


[Article publié dans Lyon Capitale n°783 – Décembre 2018]

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