François-Henri Désérable
© Francesca Mantovani

Fête du livre de Bron : auteurs et rencontres à ne pas rater

Même si Éric Vuillard ne fait pas son ouverture, la Fête du livre de Bron promet comme les années précédentes des rencontres fortes (Tariq Ali, Grégoire Bouillier, Pierre Ducrozet…), sur des thèmes très variés : le rapport à l’enfance, l’Algérie, réalité/fiction, migration et frontières… Il y aura ce week-end à Bron des lectures, des ateliers pour les enfants, de la musique et bien sûr des piles de livres.

Fête du livre de Bron – Ambiance 2014 © Christine Chaudagne

© Christine Chaudagne/Fête du livre de Bron

Pour sa 32e édition, la Fête du livre de Bron s’allonge un peu*. Habituellement sis sur un week-end, l’événement débute dès ce jeudi par une rencontre avec Pierre Jourde (littérature du secret) à la Ferme du Vinatier et un récital du slameur-écrivain Capitaine Alexandre (Diên Biên Phù) au JackJack.

* Elle aurait dû gagner deux jours, mais Éric Vuillard (le dernier prix Goncourt) ne pouvant être présent, la soirée de ce mercredi a été annulée.

Cette année, pas de thématique globale unique, mais des cycles de rendez-vous dont les intitulés sont déjà de la littérature : “Usages du monde”, “Pensées d’époque”, “D’autres vies que la sienne” ou encore “La littérature est un sport de combat”. Participeront aux matchs (amicaux) des auteurs contemporains, romanciers ou essayistes, mais aussi des musiciens, plasticien, acteur… Et les plumes ne sont pas seulement francophones. On se réjouit notamment de la présence de Tariq Ali, écrivain britannique d’origine pakistanaise méconnu en France mais grande figure de la gauche dans son pays, pour un livre autour de la figure de Lénine. Pour le reste, nous vous proposons ci-après une sélection d’auteurs et de rencontres à ne pas rater. Si tant est que quelque chose soit à rater.

Fête du livre de BronDu 8 au 11 mars à l’hippodrome de Parilly

Le roi Haenel et la voix Lavant

Yannick Haenel © Francesca Mantovani

© Francesca Mantovani
Yannick Haenel.

À la Fête du livre de Bron, Yannick Haenel formera une fois de plus avec l’acteur Denis Lavant la doublette qui depuis quelques mois multiplie les lectures du dernier ouvrage de l’auteur, couronné, c’est le cas de le dire, par le prix Médicis. Où l’on retrouve Jean Deichel, le narrateur cher à Haenel (cf. notamment Cercle), en flagrant délit de déchéance personnelle. Il n’a plus un sou, vit seul dans l’appartement un peu taudis dont il s’apprête à être expulsé – sans en faire grand cas – et dont il ne sort que pour promener Sabbat, le dalmatien de son inquiétant voisin. “À cette époque, j’étais fou”, commence le narrateur. Il faut dire que celui-ci, dans sa molle errance immobile, trimballe un projet effectivement démentiel : un scénario de 700 pages intitulé The Great Melville dont le sujet principal est “l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête” de l’auteur de Moby Dick – référence à une phrase dudit roman décrivant la tête du cachalot mais aussi, pour Deichel/Haenel, symbolique de l’immensité qui peuple la tête d’un écrivain. Problème, personne ne veut de ce scénario. Lui ne rêve que de Michael Cimino, le réalisateur de Voyage au bout de l’enfer et de La Porte du paradis, qu’il finit par rencontrer. Il faut voir dans cette quête, loufoque, irrésistible, perdue d’avance – qui pourtant finira par l’élever – le pendant de celle animant Achab, Melville, Cimino ou Coppola (Deichel est également obsédé par Apocalypse Now). Comme validée par la possibilité – certitude ? – de l’échec, qui n’empêche pas la transcendance. Celle après laquelle court l’artiste au risque de tout sacrifier sauf la possibilité d’une vérité sacrée de l’élan vital. On attend beaucoup de la vérité de la lecture que donnera Denis Lavant de ce texte éblouissant.

Tiens ferme ta couronne – Lecture-conversation avec Yannick Haenel et Denis Lavant
Dimanche 11 mars à 17h

Olmi, N’Sondé et le destin

Véronique Olmi © Marianne Rosensthiel

© Marianne Rosensthiel
Véronique Olmi.

C’est un formidable et captivant roman qu’a écrit Véronique Olmi avec Bakhita. Elle parvient à y restituer l’itinéraire d’une femme hors du commun, Bakhita. À sept ans, celle-ci est enlevée dans sa lointaine province du Darfour. Elle est battue, torturée, violée et réduite en esclavage par ses ravisseurs. Tentant de s’évader, elle frôle la mort, y échappe par miracle. Elle nous ferait presque croire à l’idée de “destin”. Un riche propriétaire italien réussit à la racheter et à l’amener en Italie où, après un retentissant procès, elle entre dans les ordres et devient une sainte. Sa vie de religieuse est certes moins palpitante, mais le livre reste impossible à lâcher tant son héroïne est bouleversante d’intelligence et de courage. Véronique Olmi dialoguera avec Wilfried N’Sondé, écrivain né au Congo qui décrit lui aussi dans Un océan, deux mers, trois continents la vie d’un esclave. Un jeune orphelin, éduqué par des missionnaires, qui devint ambassadeur auprès du pape.

Deux enfances au temps de l’esclavage – dialogue entre Véronique Olmi et Wilfried N’Sondé
Samedi 10 mars à 15h30

La sonde Fargues

Nicolas Fargues © Hannah Assouline

© Hannah Assouline
Nicolas Fargues.

Dans les romans de Nicolas Fargues (J’étais derrière toi, Au pays du p’tit), les amours ne sont jamais aussi limpides qu’elles n’y paraissent. L’écrivain excelle à dévoiler l’ambiguïté, les manipulations même, que cachent le désir, la séduction. Son dernier opus, Je ne suis pas une héroïne, ne déroge pas à la règle. Sauf qu’il mêle à ce jeu des sentiments la question raciale. Le livre décrit en effet la brève relation d’une femme noire avec un homme blanc. Derrière la romance idéale ne tardent pas à apparaître les failles et l’insincérité, ou la sincérité qui ne dure qu’un instant… Le ton de l’ensemble ainsi que la caractérisation des deux personnages sont d’une saisissante justesse. La sonde psychologique est admirablement maniée. Et Fargues continue de distiller son regard acerbe, “impolitiquement correct”, sur les mœurs contemporaines. Il dialoguera avec Julie Marx, blogueuse à Libération, qui met en scène dans son premier roman, La Journée de la vierge, une femme volontairement esseulée un 15 août à Paris.

Ni vierge ni héroïne – dialogue entre Nicolas Fargues et Julie Marx
Samedi 10 mars à 12h30

Catastrophe au bout de la nuit

Le collectif Catastrophe © François Fleury

© François Fleury
Le collectif Catastrophe.

Ni tout à fait artistes, ni tout à fait intellectuels, parce que sans doute farouchement les deux à la fois, le collectif Catastrophe est apparu il y a quelques mois dans le paysage culturel comme une fusée à plusieurs moteurs qui se chargerait d’éclairer la nuit – esthétique, idéologique, politique, sociale, historique – dans laquelle nous n’essayons même plus d’avancer. Avec La nuit est encore jeune, la bande à géométrie variable menée par la (entre autres) romancière Blandine Rinkel et le musicien et compositeur Pierre Jouan, déjà aperçue en 2016 à l’occasion d’une tribune dans Libération (“Puisque tout est fini, alors tout est permis”), publiait en 2017 un manifeste contre le cynisme et l’inertie à même de réveiller les consciences, le regard tourné vers l’avenir, la renaissance, l’émancipation et même vers l’infini – tant pis si celui-ci inclut la précarité. Un livre d’une certaine manière complété par un disque (même titre) sorti chez Tricatel, qui transforme l’utopie en pop psychédélique et le discours en poésie multiple. Au croisement de la musique, de la performance et de la littérature, six des membres de Catastrophe donneront à la Fête du livre un concert littéraire.

Concert littéraire – Collectif Catastrophe
Samedi 10 mars à 17h

Un petit peu de Bouillier

Grégoire Bouillier © Astrid Di Crollanza

© Astrid Di Crollanza
Grégoire Bouillier.

On ne l’avait pas vu, pas lu depuis dix ans et laissé sur un malentendu. Celui d’un auteur fatigué que l’on prenne ses autobiographies pour des autofictions, au prétexte qu’à l’époque de ses deux premiers livres – les très remarqués Rapport sur moi et L’Invité mystère – le genre était en vogue. On se demandait pour tout dire ce qu’était devenu cet écrivain au style unique et à la verve tragi-comique, jamais réticent à mettre “sa peau sur la table”, selon l’adage célinien. Eh bien, il était occupé à vivre et à écrire les dix années décrites dans un double livre monstrueux : Le Dossier M, dix années de pénitence entamées par cette histoire d’amour impossible avec M, détaillée par le menu et dans les moindres recoins – d’anecdotiques à existentiels – sur les presque 900 pages du Livre 1 paru en août, achevées par “le suicide de Julien”, l’ami “trompé” avec sa propre femme. Dix années décrites, la rupture advenue, dans le Livre 2 (900 pages aussi) ; l’auteur s’y perd en plaisirs fugaces pour oublier l’essentiel (l’amour de et pour M). Au-delà de l’exercice autobiographique, de l’interrogation existentielle, de la catharsis personnelle, de l’extrapolation folle et tératologique de l’écriture de soi, c’est le livre tout entier que questionne ici Grégoire Bouillier. Sa forme, ses limites, ses coutures qu’il prend un malin plaisir à faire craquer, augmentant le récit d’un site Internet, versant de nouvelles pièces multimédia à ce fascinant dossier.

Le Dossier M – Lecture par Pierre Maillet et Matthieu Cruciani
Dimanche 11 mars à 14h30

Et un certain monsieur Désérable

François-Henri Désérable © Francesca Mantovani

© Francesca Mantovani
François-Henri Désérable.

Juvénile auteur d’à peine trente ans, ancien joueur de hockey sur glace, François-Henri Désérable a été l’incontestable révélation de la dernière rentrée littéraire. Avec Un certain monsieur Piekielny, son troisième roman publié chez Gallimard, il a écrit une délirante enquête sur l’auteur de La Promesse de l’aube. Le point de départ de ses drolatiques investigations est le voisin de Romain Gary à l’époque où celui-ci, enfant, vivait dans un immeuble de Vilnius, un voisin nommé Piekielny donc. L’ex-hockeyeur, du bout de sa canne, touille le passé, aussi bien celui de l’ordinaire Piekielny que celui, exceptionnel, du seul écrivain qui ait obtenu le prix Goncourt à deux reprises. Non sans oublier de se mettre en scène lui-même dans ces improbables tribulations lituaniennes aussi bien que françaises. S’ensuit un roman savoureux où la fiction devient impossible à distinguer de la réalité. Sans doute parce que, dans ces deux inépuisables matières, Désérable choisit d’isoler ce qui rend singulièrement extraordinaire la vie de ses protagonistes, mais aussi la sienne.

Romain Gary, Piekielny et moi – Rencontre avec F-H. Désérable
Samedi 10 mars à 14h
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