couleur et kitsch au musée de l'imprimerie

Il s'agit du procédé d'impression en couleurs le plus répandu au XIXe siècle, avant l'invention des techniques photomécaniques et informatiques actuelles.

D'ailleurs le terme "chromo" est resté dans le langage courant pour évoquer aujourd'hui une image très colorée, criarde, bas de gamme, un peu kitsch - à la Pierre et Gilles. Ces "chromos" déclinés sur les bons points à l'école, les boîtes à camembert ou les conserves de sardines ont bercé l'enfance de plusieurs générations d'écoliers et de consommateurs. Ce qui donne à cette exposition un petit air de gaieté nostalgique.

"L'impact de la chromolithographie fut équivalent à l'apparition de la télé couleurs au XXe siècle" assure Alan Marshall, directeur du musée de l'imprimerie de Lyon. D'abord réservée, lors de son invention vers 1830, à des usages privilégiés et notamment artistiques, la chromo explose très vite dans tous les secteurs de la vie et accompagne largement le développement de la société de consommation, avec son lot d'emballages, d'affiches et de réclames tape à l'œil. Le musée de l'imprimerie a choisi de consacrer l'exposition à l'ensemble de la production chromolithographique, des réalisations les plus raffinées (des lithos de Vuillard sont présentées) aux plus vulgaires.

Des images pieuses aux emballages, des cartes de vœux aux affiches, des illustrés d'enfants aux vitrauphanies, l'exposition montre une belle diversité d'objets en couleurs. Certains, comme des études de céramique orientale sur des planches imprimées en 28 couleurs (une folie !), ont un velouté chromatique exceptionnel. Pour réunir ces objets, le musée de l'imprimerie a moins sollicité les musées ou bibliothèques que les collectionneurs privés. "Les étiquettes de camembert ou les boîtes à cigares sont des grands classiques des collectionneurs !" souligne Alan Marshall.

Mais l'exposition montre également, de façon très pédagogique, les techniques de chromolithographies. "Tout se faisait à la main. Le graveur-imprimeur devait regarder l'image originale et tout décomposer couleur par couleur, dans les tons, les nuances et les modelés, pour tout dessiner ensuite, planche par planche, sur la pierre" raconte Alan Marshall. Ce travail de précision est parfois si bien réalisé qu'on ne peut plus distinguer ensuite l'œuvre originale de l'illustrateur de la version imprimée. Exposée au musée, la série d'affiches publicitaires pour les farines Mc Dougall's en 1948, décomposée en onze épreuves successives et couleurs différentes montre bien la subtilité de ce travail d'orfèvre, dont les dernières productions datent du début des années 1950. L'électronique et la photomécanique ont ensuite balayé ces anciennes techniques devenues trop coûteuses en main d'œuvre, et pourtant si abouties.

Exposition "couleurs" au Musée de l'imprimerie, jusqu'au 17 février. 13 rue de la Poulaillerie, Lyon 2e. 04 78 37 65 98

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