Gainsbourg
Nick Knight

Allure féline et regards fuyants

INTERVIEW - Charlotte Gainsbourg est ce jeudi soir au théâtre antique de Fourvière. Elle va défendre IRM, son album post hémorragie cérébrale dirigé par Beck. "C’est ma première fois sur scène, donc je vais faire ça de manière simple", nous confie-t-elle.

Charlotte Gainsbourg est l’une de ces filles racées dont on ne saura jamais si le port de tête, le charme et le frémissement de voix viennent de l’illustre lignée qu’on connaît ou bien d’une folie bien à elle qui donnerait tant de justesse à sa personne. Elle semble avoir réglé la question en refusant de se la poser. On suppose que sinon, elle y aurait passé sa vie.

On l’a découverte gamine effrontée, on la retrouve vingt-cinq ans après avec IRM, son album post hémorragie cérébrale dirigé par Beck. La rencontre s’opère dans le hall de la Villa Florentine du 5ème arrondissement de Lyon dans lequel, à l’écoute et un peu gauche, elle semble tenter de s’excuser d’exister.
C’est pourtant LA figure contemporaine, la fille simple la plus bankable toutes catégories culturelles confondues.

Cinéma d’auteur, Victoires de la musique, égérie Balenciaga, 2009-2010 sont ses années. Elle réplique : “Je suis encore très débutante, je ne suis pas du tout sûre de moi. Ça donne parfois un aspect de ma personne un peu négatif et je le regrette. C’est juste que je ne suis pas très costaud, ni pleine de certitudes. Je ne vais pas m’inventer un discours.” Tout en l’écoutant quasi-religieusement, on ne peut s’empêcher de se demander : comment être à ce point populaire sans devenir un monstre ? Rencontre.

Lyon’ne : Comment vous êtes-vous préparée à la scène ?

Charlotte G. : J’ai beaucoup répété avec Beck à New York, et j’ai volontairement commencé ma tournée aux États-Unis pour me rôder. Mais la scène, les concerts, cela reste encore très abstrait pour moi. C’est difficile de miser sur le côté visuel et de ne pas tomber dans quelque chose de prétentieux. C’est ma première fois sur scène, donc je vais faire ça de manière simple. Tout le monde me demande si je bouge pendant mes chansons, mais je ne vais pas m’attacher (rire) ! Je n’ai rien d’une bête de scène alors j’essaye d’être la plus détendue possible, d’être juste habitée par la musique. Je me mets beaucoup de pression pour cette tournée. Ce n’est pas rien pour moi d’être face à un public français.

Sur certains morceaux de l’album IRM, votre voix est quasi-méconnaissable. C’est facile pour vous de la maîtriser, de jouer avec ?

Je ne suis pas dans le contrôle, c’est assez instinctif. Je suis portée par la musique, ce qui implique que je chante parfois de manière différente. Pendant l’enregistrement de l’album, j’avais tendance à vouloir rechanter les titres. Beck m’avait pourtant prévenue que j’allais toujours vouloir revenir sur les premières prises, car ce sont souvent celles qui sont les plus intéressantes et les moins maîtrisées. Mon père aussi m’avait fait comprendre cela. Avec lui, on ne faisait jamais plus de deux ou trois prises pendant un enregistrement. Tout ce qu’il cherchait c’était les ruptures, les accidents, les imprévus. Je comprends maintenant ce que cela représentait.

C’est amusant de voir une femme comme vous, familialement très ancrée dans la chanson française, chanter essentiellement en anglais.

J’ai voulu travailler avec Beck et il n’écrit pas en français ! Je cherchais sa patte à lui, je ne voulais pas d’une tierce personne. Moi je ne me sens pas d’écrire, j’ai essayé mais je n’y arrive vraiment pas. Finalement l’anglais est une solution qui m’arrange. C’est même Beck qui m’a poussée à chanter en français une reprise de Jean-Pierre Ferland (Le Chat du Café des Artistes). Il adore m’entendre parler français. C’est comme si c’était lui qui revendiquait ma culture française.

Vous semblez osciller facilement entre la chanson et le cinéma. Lequel des deux représente pour vous la plus grosse prise de risque ? Un rôle, comme celui que vous jouez dans Antichrist de Lars Von Trier, ou un album ?

J’ai l’impression d’être plus responsable face à un album car je le défends seule. Dans un film, je suis l’instrument d’un metteur en scène. Je me sens protégée par lui. Au moment du montage, il fait toujours un peu ce qu’il veut. En ce qui concerne Antichrist, je préfère l’idée d’une “déstabilisation”. Ça me plaît de ne pas aller vers quelque chose de connu, de confortable. J’avais juste envie de travailler avec quelqu’un que j’admirais, comme Lars Von Trier, d’aller dans le très très extrême. Il m’a demandé d’avoir confiance en lui et je lui ai donné ma confiance. Je n’ai fait qu’apprendre avec lui, découvrir, et je n’ai eu aucune mauvaise surprise.

Etre l’égérie d’un parfum, c’est une occasion qui ne s’était jamais présentée ou qui ne vous faisait pas spécialement envie jusqu’alors ?

C’est tout nouveau pour moi. Ça m’a plu car Nicolas Gesquière (designer de Balenciaga ), est quelqu’un que je connais depuis dix ans. C’est devenu un ami au fil du temps, qui m’a accompagnée à chaque événement important. Je m’adresse souvent à lui et il me conseille. Et puis franchement, mélanger le travail, dans le cas du shooting pour la pub du parfum, et le plaisir, c’est vraiment agréable. J’espérais qu’il me choisirait car je savais qu’il travaillait sur un parfum. J’avoue que j’ai été très flattée.

Charlotte Gainsbourg en concert le 24 juin, aux Nuits de Fourvière.

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