Mozart en trompe-l’œil… (Critique de la Flûte enchantée)

Une énième Flûte enchantée de Mozart… Oui, mais cette fois la mise en scène dialogue avec le cinéma et ses effets spéciaux.

Comme il y a des blockbusters qu’on ne se lasse pas de voir et revoir, il y a La Flûte enchantée de Mozart. Un miracle de fantaisie intergénérationnel, un petit bijou d’intelligence dramatique, de la magie, des rebondissements, de l’humour, la musique la plus belle qui soit…, une bonne dose de misogynie maçonnique hélas, un zeste de racisme (“ordinaire” pour l’époque) : le fait est que l’on ne s’ennuie pas. Impossible de se lasser de cet ultime chef-d’œuvre d’un Mozart visionnaire, mais se tournant également dans ses dernières années vers les maîtres du passé en composant un opéra baroque… Moderne mais baroque.

C’est ainsi certainement qu’il convient d’envisager son interprétation, et saluons-en la lecture du chef Stefano Montanari. Ce violoniste (baroque) en connaît un rayon, et l’excellent orchestre de l’Opéra de Lyon sonne juste (comme à l’accoutumée), rendant hommage au sublime d’une partition… qui le mérite. Place à l’aspect souvent “risqué” à l’Opéra : les chanteurs. Car l’on doit dire que les dernières productions nous ont un peu effarouchés, tant les déluges vibratoires et l’imprécision parvenaient à saccager des œuvres entières.

Pour cette Flûte, le casting a été réalisé au sein du “studio” de l’Opéra de Lyon, un dispositif de professionnalisation qui donne leur chance à de jeunes chanteurs ne connaissant pas encore les charmes des feux de la rampe. Une bonne nouvelle quand on sait que le “casteur” en chef n’est autre que le chanteur Jean-Paul Fauchécourt, qui a fait ses armes dans le domaine du baroque, une bonne nouvelle à juste titre et l’on se réjouit d’un plateau impeccable : foin de superstars, de jeunes solistes tous excellents, virevolatants et gracieux – mention super ++ du grave à l’aigu au Sarastro (Johannes Stermann) et à une Reine de la Nuit défiant les lois de la pesanteur (Sabine Devieilhe). On échappe ainsi au syndrome de la Castafiore en économisant sur les cachets d’artistes et la charge pondérale : une opération finement menée !

Reste la mise en scène… À ce stade (chat échaudé craint l’eau froide), on redoute toujours une mise en scène “plan-plan”, menu qui nous est hélas réservé la plupart du temps.

Ça trompe quand même énormément

Malgré des efforts, le bât continue à blesser… C’est Pierrick Sorin et Luc de Wit qui se sont vus chargés de la représentation de cette Flûte  : ils ont opté pour la projection d’images filmées en direct comme “fil conducteur” (c’est ici un euphémisme). Par le biais d’un procédé classique mais somme toute ingénieux, en usant des fonds bleus de cinéma, caméras et écrans géants arrivent à placer les personnages dans un décor très coloré, qui se situe non pas derrière ces personnages mais à proximité… Dans le même temps, des machinistes en combinaison bleue (les rendant invisibles à l’image) font bouger les éléments du décor ainsi animé. De la prestidigitation vidéo qui, passé le premier tableau, laisse place à l’ennui. C’est qu’on n’y va pas avec le dos de la cuillère !

La critique est subjective et, si certains en auront pour leurs yeux, d’autres, littéralement éblouis, placeront la comparaison à mi-chemin entre le cirque Pinder, un spectacle de Gérard Majax, une boule à neige bon marché et les écrans géants d’un concert de Beyoncé au stade de France (en moins bien, quand même). Les effets sont volontiers grossiers, cheap et, même si l’on sent le second degré, on a du mal à en sourire. On cherche les mots pour qualifier certains tableaux. Parfois, c’est “bariolé” ou “vilain” qui convient le mieux… Impossible de faire abstraction en fermant les yeux, sous peine de louper du même coup les surtitrages. On saluera l’effort et la technique mais, pour l’esthétique, on repassera.

On ressortira étrangement assez serein de cette épreuve, fredonnant quelques extraits des airs bigrement mieux défendus par les solistes que par nous, satisfaits de l’orchestre et convaincus qu’une Flûte enchantée même en demi-teinte (c’est ici un genre d’antiphrase) vaut mieux que beaucoup d’opéras.

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La Flûte enchantée. Jusqu’au 9 juillet, à 20h (sauf dimanche 7, 16h – relâche les 1er et 5 juillet), à l’Opéra de Lyon.

Retransmission gratuite en plein air, samedi 6 juillet, à 21h30, à Lyon (place des Terreaux) et dans 13 autres villes de la région, ainsi qu’à Paris sur les berges de Seine. Détail des lieux sur le site de l’Opéra.

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