La Salle d’attente : Requiem for a dream

THEÂTRE - Librement adaptée de Catégorie 3.1 de Lars Norén, La Salle d’attente du metteur en scène Krystian Lupa plonge dans une envoûtante fresque sur la descente aux enfers de l’âme humaine. À découvrir dans les sous-sols du Musée gallo-romain, aux Nuits de Fourvière jusqu’au 2 juillet.

Hors du temps, hors du monde, hors de la société, la quinzaine de personnages de La Salle d’attente erre dans un squat, aux murs tagués, en se raccrochant désespérément à la vie et ce qui lui reste de réel. Drogue, alcool, pornographie, prostitution, rythment leurs jours sans fin, sans nuit. Les néons sont leur lune et leur soleil. Au sujet de Catégorie 3.1 de Lars Norén, une œuvre qui s’articule autour du témoignage d’une trentaine de clochards, drogués et schizophrènes, le metteur en scène Krystian Lupa constate : "ce texte, j’aurais peur de l’aborder comme un texte classique. Pourquoi cette matière recueillie sur le terrain devrait-elle maintenant être traitée comme une bible ?... C’est du témoignage brut, même si on a le sentiment d’un certain sacré. Il y a un rituel mystérieux qui apparaît dans cet endroit, un métalangage. Le lieu a presque un caractère de palimpseste, avec une superposition de couches, où on devine les traces des couches antérieures".

Déjà Morts

Pour donner corps au récit et décrypter la folie des personnages, Krystian Lupa utilise la vidéo qui vient offrir un passé à ces étranges protagonistes qui semblent prisonniers d’un long présent. Présent, qui désormais efface leurs souvenirs et dicte leur avenir. La lumière, les déplacements des personnages, les écrans vidéo qui appuient certaines scènes ou qui viennent superposer les "couches antérieures" du récit, transportent les spectateurs dans une mise en scène à la dimension cinématographique. L’œil du spectateur est dirigé et orienté sur certaines actions pendant que d’autres filent sur les côtés. Le squat où la vie défile apparaît étonnamment réelle.

Complètement égarés, "désintégrés", les personnages dialoguent, seuls ou entre eux. Au début de la pièce, les conversations semblent surréalistes, mais au fil du temps se créent un étrange matériau poétique et une réflexion passionnante sur la place des âmes perdues dans la société. Magnifiquement touchants, ces hommes et ces femmes brossent le portrait de la condition humaine, sa force et sa faiblesse. L’un des personnages, dans sa longue descente aux enfers déclare "je garde espoir".

L’espoir, étonnamment, les spectateurs savent qu’il n’y en a aucun pour ce jeune homme qui se pique à l’héroïne dans les yeux, ou pour ce couple qui espère un jour sortir du sous-sol pour aller en désintox en Suisse, ou pour cette jeune schizophrène qui préfère la rue à l’internement, ou pour ce jeune séropositif qui oublie la douleur en lisant Dostoïevski… Krystian Lupa livre une œuvre sombre et glaçante sur des antihéros, des invisibles, incarnés par des comédiens intenses, profondément habités par leur personnage dont ils parviennent à faire ressentir aux spectateurs les délires et les monologues intérieurs. Presque déjà morts ou dans un espace temps insaisissable, les personnages ouvrent une porte sur quelque chose de l’ordre du sacré. Âmes sensibles s’abstenir…

Jusqu’au 2 juillet, Nuits de Fourvière : www.nuitsdefourviere.com

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