Illustration de la Révolte des Canuts de 1834 à Lyon (© Domaine public)

14 avril 1834 : la Révolte des Canuts lyonnais réprimée dans le sang

Il y 185 ans jour pour jour s'achevait la Semaine sanglante, seconde révolte des Canuts sévèrement réprimée par la Monarchie de Juillet.

Deux ans et demi après un premier soulèvement des Canuts, Lyon connaît de nouvelles secousses insurrectionnelles, en avril 1834. Le contexte économique est pourtant meilleur qu'en 1831. Mais un conflit patronal avec les ouvrier de la peluche, soutenu par une poussée républicaine, va mettre le feu aux poudres. Au mois de février, les mutuellistes, du nom de ces membres d'associations ouvrières d'entraide, votent ainsi la grève et le 14 février. Subitement quelque 25.000 métiers à tisser arrêtent de battre. Huit jours d'inactivité qui aboutissent à l'interdiction des associations revendicatives ouvrières au mois de mars par l'Assemblée nationale.

Solidarité ouvrière

Le 5 avril, des ouvriers accusés d'avoir déclenché la grève de février doivent être jugés à Saint-Jean. Mais la solidarité prolétaire s'organise et la séance est si houleuse qu'elle doit être reportée au 9 avril. La tension monte et les militaires occupent les ponts de la ville. Alors que des artisans se soulèvent et édictent des ordres du jour datés selon le calendrier révolutionnaire, la foule est toujours aussi dense quatre jours plus tard place Saint-Jean. L'armée veille. Mais dans une bousculade elle tire sur la foule, désarmée.

L'armée tire, la foule prend les casernes

Dès lors, l'insurrection se répand comme une traînée de poudre et les rues s'hérissent de barricades. Les insurgés manquent même de prendre la préfecture, place des Jacobins. C'est le début de ce que l'on appellera la Semaine sanglante, notamment pour la violence de la répression. Les jours suivant, les insurgés prennent plusieurs casernes, celle du Bon Pasteur, leur quartier général, mais aussi de Saint-Irénée. Les canons de Bellecour répondent. La Croix-Rousse est bombardée. Mais les ouvriers de la soie reçoivent des renforts, de Saint-Etienne notamment. Ils prennent Fourvière, Saint-Nizier ou encore l'Antiquaille, mais aussi le télégraphe de la Guillotière.

Semaine Sanglante

De Paris, Aldolphe Thiers va adopter une tactique rééditée quelques décennies plus tard mettre un terme à la commune de Paris : abandonner la ville aux insurgés pour l'encercler et la reprendre. Le 12 avril, le préfet Gasparin demande le cessez-le-feu. Avant d'entamer la reconquête et la répression. Sanglantes. En commençant par la Guillotière, attaquée par trois colonnes de militaires et rapidement reprise, comme les Cordeliers, puis Saint-Just et Fourvière. La colline de la Croix-Rousse, elle résiste.

Procès monstre

Le 14 avril, la 3e attaque sera la bonne. L'armée prend la Croix-Rousse et Saint-Polycarpe, tuant de nombreux ouvriers. "L'insurrection est complètement vaincue. Elle a fait 276 morts.", notent aujourd'hui les archives municipales. Beaucoup d'ouvriers sont arrêtés. Et en 1835 une cinquantaine de détenus lyonnais sont transférés à Paris pour l'ouverture d'un "procès monstre" qui leur infligera de sévères condamnations. Avant une de bénéficier d'une grâce deux ans plus tard, à l'occasion du mariage du duc d’Orléans.

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