La salle du conseil de la métropole © Lyon Capitale

Décryptage : entre la Métropole de Lyon et des maires, les crispations demeurent

44 maires de la Métropole de Lyon, sur 59 communes en tout, avaient signé une tribune en septembre 2021, se sentant méprisés par le président écologiste de la Métropole, Bruno Bernard, et son exécutif métropolitain. Six mois plus tard, ce n'est toujours pas le grand amour. Décryptage, et témoignages.

"Métropole de Lyon : et si on arrêtait tout". En septembre 2021, 44 maires (sur 59 communes en tout) de la Métropole de Lyon avaient signé une tribune pour se plaindre de la gouvernance et du fonctionnement de la Métropole de Lyon, dirigée depuis juillet 2020 par les écologistes.

Le torchon brûle notamment depuis le début de l'été 2021 et la découverte des projets locaux retenus par la Métropole de Lyon dans leurs communes pour la PPI, le document qui recense les projets d’investissements que la Métropole va porter jusqu’en 2026. Mécontents des financements alloués à leurs communes dans la programmation d’investissements de la Métropole de Lyon, de nombreux maires des 59 communes du Grand Lyon, principalement LR, se sentent méprisés par la Métropole de Lyon.

A Lyon, au mois d'octobre 2021, Gérard Larcher, le président du Sénat, avait annoncé le lancement d'une mission d'information au Sénat sur le fonctionnement de la Métropole de Lyon. Une collectivité aux supers pouvoirs, unique en France, issue d'une loi en 2015, la fameuse loi Maptam. La Métropole de Lyon a absorbé le département du Rhône sur son territoire. La Métropole de Lyon a donc de multiples compétences. C'est unique en France.

Lyon Capitale a consacré de nombreux papiers aux raisons de la fronde des maires, à retrouver ci-après :

Sept sénateurs étaient à Lyon pour cette mission d'évaluation parlementaire jeudi et vendredi dernier, le 31 mars et le 1er avril. Ils ont rencontré les principaux protagonistes, dont le président de la Métropole et les représentants des groupes politiques. Mais aussi la présidente de l’Association des maires du Rhône, le préfet du Rhône, le maire de Lyon, la Chambre régionale des comptes, la Chambre de commerce, la Chambre des métiers.


"On a un modèle unique qui fonctionne mieux qu'ailleurs"

Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon


"Je connais la qualité de travail du Sénat, sa pluralité et son objectivité sur ce type de dossier. La question essentielle est : est-ce que le modèle lyonnais est un atout pour mener des politiques publiques au service des habitants de nos 59 communes ? Est-ce qu'ici on peut mener des politiques publiques plus facilement ou moins facilement qu'ailleurs ? Tout le reste est accessoire. L'important, c'est l'intérêt des habitants", explique Bruno Bernard, le président de la Métropole de Lyon. "J'ai répondu "oui" à la question. Je suis convaincu et je le vois depuis presque deux ans désormais. Nous avons une capacité d'agir exceptionnelle à la Métropole de Lyon, que je pense unique en France. Aucune autre collectivité n'a autant de capacités à agir pour mener des politiques publiques. On a un modèle unique qui fonctionne mieux qu'ailleurs", poursuit Bernard, qui réclame du temps, et plus de recul, pour une évaluation plus complète.

Bruno Bernard, président vert de la Métropole de Lyon © Antoine Merlet

Et la fronde, 6 mois après, ça donne quoi ? "Les communes se sentent méprisées et dépossédées d'une partie de leurs compétences", explique le maire LR de Pierre-Bénite, Jérôme Moroge. "J'ai entendu dans la presse le président de la Métropole de Lyon dire que les choses s'arrangeraient... Sur le terrain, ce n'est pas ce que je constate. J'ai appris dans la presse qu'il y avait un gros projet de méthaniseur sur ma commune, sans jamais m'en avoir été informé. On ne peut que le regretter", insiste-t-il.


"L'exécutif (écologiste) à la Métropole de Lyon ne concerte pas, n'écoute pas"

Jérôme Moroge, maire de Pierre-Bénite


Jérôme Moroge pointe deux problèmes, selon lui : l'un qui porte à la structure de la Métropole, l'autre à sa gouvernance actuelle. "Il y a la structuration même de la Métropole qui n'est pas bonne. Je l'ai toujours dit. Le fait de ne plus avoir toutes les communes représentées au sein de la Métropole (22 communes sont représentées à la Métropole, sur 59), c'est une erreur. Il y a ce problème structurel. Et puis il y a la circonstance du moment, qui est aggravante : la verticalité de la gouvernance actuelle. Avec un exécutif métropolitain qui ne concerte pas, qui n'écoute pas. Et qui a décidé d'agir en faisant fi des élus locaux. Dans le sud-ouest lyonnais, on a un certain nombre d'exemples : le projet de cimetière à Charly, le pont de Vernaison, le transport par câble à Sainte-Foy et La Mulatière, le métro E qui ne se fera finalement pas...", tacle Jérôme Moroge, le maire de Pierre-Bénite. Un constat partagé, encore aujourd'hui, six mois après la tribune frondeuse, par nombre de maires de la Métropole de Lyon.

Depuis le début de la fronde, Bruno Bernard va pourtant beaucoup plus à la rencontre des maires. Il se déplace dans les communes. Mais ça ne suffit pas à dissiper toutes les crispations. "Bruno Bernard, ce n'est pas parce qu'il va une fois en deux ans voir les maires sur place que pour autant tout va mieux. Bruno Bernard n'est pas aux manettes de toutes les délégations et avec ses vice-présidents, avec certains les relations sont très détériorées. Je pense notamment à la voirie où c'est un bras de fer continuel. Et voir même une rupture de dialogue sur des gros sujets", souligne de son côté Clotilde Pouzergue, la maire d'Oullins.


"On n'a jamais travaillé comme ça !"

Clotilde Pouzergue, la maire d'Oullins


"Sur Oullins, on travaille sur un plan de circulation dans le centre-ville. On a le métro qui arrive dans le centre fin 2023 (la prolongation du métro B vers les Hôpitaux-Sud). On est complètement opposés à la mise en sens unique de la Grande Rue par exemple. Monsieur Bagnon (Fabien Bagnon, le vice-président de la Métropole de Lyon en charge de la voirie et des mobilités actives, NDLR) veut passer en force. On le sait. On a eu des échos par plusieurs biais. On n'a jamais travaillé comme ça".

Clotilde Pouzergue, la maire d'Oullins, sur le plateau de 6 minutes chrono en février 2022.

La maire d'Oullins poursuit "On était en opposition sur un certain nombre de sujets avec (Gérard) Collomb et (David) Kimelfeld (les deux anciens présidents de la Métropole de Lyon). Mais jamais ils ne seraient passés en force sur un sujet quelconque sans l'avis du maire concerné. Sur la voirie, par exemple, on a jamais vu ça. On travaillait en bonne intelligence, chacun amenait son point de vue, et après il y avait une décision. Mais il y avait une écoute. On s'entendait".

Entendu jeudi dernier par la mission du Sénat, le président du groupe Synergies à la Métropole de Lyon (groupe duquel sont proches de nombreux "petits" maires du Val-de-Saône notamment), Marc Grivel, ne voit pas lui non plus de franche amélioration.


"On a une Métropole qui fait ce qu'elle veut et qui exclut les communes"

Marc Grivel, président du groupe Synergies


"Nous avons eu le temps nécessaire pour exposer notre vision de ce que nous vivons en terme de conséquence néfaste de la loi Maptam. Le sujet était vraiment de voir en quoi la loi Maptam provoquait des dysfonctionnements majeurs, et en quoi il fallait l'amender et la changer. La gouvernance actuellement de la Métropole de Lyon n'a pas été évoquée", explique Marc Grivel. "La loi Maptam, il y a des dysfonctionnements majeurs, il y a des ruptures, on voulait partager ces constats. Ces constats semblent être partagés, en partie, par les sénateurs", veut croire le président du groupe Synergies.

Marc Grivel poursuit : "Il y a un éloignement entre Bruno Bernard et les communes. Il ne comprend pas que la situation devient catastrophique. De dire qu'il faut laisser du temps au temps, c'est du temps au temps pour aller dans le mur. Cette espèce d'angélisme pour dire : circuler, il n'y a rien à voir, ou tout va bien Madame la Marquise, non ça ne va pas. Ca ne fonctionne pas. On est très loin d'une Métropole des communes. On a une Métropole de Lyon qui fait ce qu'elle veut et qui exclut les communes".

"Au conseil métropolitain, 22 communes sont présentes sur 59. Vous avez 37 communes qui ne sont pas présentes au conseil métropolitain. 37 communes, 37 conseils municipaux, 37 maires qui ne participent pas aux délibérations. Ca fait plus de la moitié des communes de la Métropole de Lyon où les citoyens ne sont même pas représentés par leurs élus de proximité, c'est inadmissible", explique encore Marc Grivel.


"Pour un certain nombres de maires, il y a une question de légitimité des écologistes, qui est un premier frein"

Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon


Le président du groupe Synergie explique. "Alors, oui, il rend visite à des communes. Evidemment, tout le monde est bien élevé, tout le monde le reçoit. Mais ça ne va pas plus loin. Ce n'est pas pour autant qu'il faut en tirer que tout va mieux avec les communes, c'est faux. Au coup par coup, il peut y avoir une amélioration. Car les maires peuvent arriver à faire passer un point de vue, sur tel ou tel projet. Mais ce n'est pas une attitude d'ensemble. Il n'y a pas de volonté d'être au contact des communes et de considérer que les communes font partie de la Métropole".

Bruno Bernard, de son côté, estime que ça va mieux avec les maires. "Mon arrière grand-père a été maire, ma grand-mère a été l'une des premières conseillères municipales après la guerre, mon père a été maire (d'Oullins), c'est un monde que je connais très bien. J'ai un respect très profond pour les maires.  J'ai toujours su qu'il fallait travailler avec eux"

"Après, il ne faut pas minorer une chose : ce territoire, comme partout en France, a toujours été dirigé par la droite et la gauche. Avec des alternances. Jamais par les écologistes. Pour un certain nombres de maires, il y a une question de légitimité des écologistes, qui est un premier frein. Il ne faut pas le minorer. Ensuite, on a été pendant une période de covid, on ne pouvait pas se déplacer pendant des mois. Il y a eu un temps de démarrage un peu long. Il fallait aussi au sein de l'exécutif que certains vice-présidents prennent un peu de temps pour mieux comprendre le rôle des uns et des autres, tous n'ont pas ce rapport historique aux maires", poursuit le président de la Métropole de Lyon

"Les maires, quand je les vois, on arrive à travailler ensemble avec 90 ou 95% d'entre eux. On va essayer de faire 100%", se persuade Bernard. Ce n'est pas gagné...

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