Yannick Jadot, à Lyon, le 7 septembre 2021 (Photo de JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Yannick Jadot en campagne ce mardi à Lyon : "gouverner, c’est être pragmatique", interview

Le député européen et favori de la primaire des écologistes faisait campagne à Lyon ce mardi. Il est revenu pour Lyon Capitale sur son positionnement politique qu’il veut “pragmatique”.

Lyon est une étape incontournable de la primaire des verts un an après les élections de Grégory Doucet et de Bruno Bernard. Yannick Jadot, député européen et favori de ce scrutin interne, était de passage dans la métropole de Lyon. Il a d’ailleurs rencontré, en privé, deux élus lyonnais qui se tiennent à l’écart de la primaire écologiste, le président de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, et le maire de Lyon, Grégory Doucet.

Dans les rues de Lyon, Yannick Jadot a testé sa notoriété en déambulant autour de l’hôtel de ville avant un temps d’échange avec des militants et ses soutiens locaux. Lesquels font campagne depuis le premier débat entre candidats avec un surplus de confiance. Yannick Jadot apparaît lui même confiant. “Je le suis toujours”, sourit-il. Convaincu que le temps de l’écologie est venu, il assure que dans cette campagne présidentielle qui démarre les écologistes peuvent jouer la gagne.

Lyon Capitale : Les primaires ont parfois fait le lit de divisions profondes. Comment décririez-vous le climat autour de la primaire des écologistes ?

Yannick Jadot : Je suis rassuré. L’histoire des primaires, c’est parfois des petites phrases et des guerres picrocholines. Depuis les journées d’été des écologistes, je constate, chez les mouvements politiques comme chez les candidats, un sentiment de gravité par rapport à l’élection présidentielle. Nous avons une occasion historique de remporter la présidentielle. Nous ne visons plus de faire mieux que Noël Mamère en 2002. Pour gagner, il faut être réuni et rassemblé. Jusqu’à maintenant dans cette primaire, tout va bien.

Les inscriptions sont en progression depuis dimanche, jour du premier débat. Cette mobilisation qui dépasse le seul cercle d’Europe Écologie vous favorise-t-elle au détriment d’un candidat comme Éric Piolle ?

Quand je suis arrivé aux journées d’été des écologistes, mon équipe avait rassemblé 1 100 soutiens internes. Je suis dans ce mouvement depuis 12 ans. Je l’ai cofondé. J’ai soutenu les uns et les autres dans leur campagne, y compris quand les journalistes ne nous suivaient pas. Je suis écologiste depuis 30 ans. C’est mon seul engagement militant et politique. Je ne me sens pas en position de décerner de brevet d’écologiste. La seule chose qui m’importe, c’est que cette primaire soit une rampe de lancement pour la présidentielle.

Dans cette campagne, d’autres candidats, comme Delphine Batho qui prône la décroissance, apparaissent plus verts que vous, voire plus verts que les verts…

L’expérience acquise par le mouvement écologiste montre qu’il faut apporter des réponses aux Français sur l’isolement de leur maison, sur la lutte contre le gaspillage, sur l’économie solidaire, sur la sobriété des matières. Il faut que nos projets soient audibles et qu’ils transforment la société en leur donnant un dessein commun. Ce n’est pas un hasard si les écologistes n’utilisent plus le terme de décroissance. C’est un mot-écran destiné à interroger sur la croissance. Nous défendons depuis longtemps d’autres indicateurs de richesse et de prospérité. Quand je vais à la Duchère, dans les quartiers nord de Marseille, dans des usines, les gens préfèrent qu’on leur parle de choses qui les concernent plutôt que d’arriver avec des concepts ou des mots qui inquiètent. Delphine Batho arrive dans l’écologie et n’a peut-être pas l’expérience pour constater que ce mot inquiète. L’urgence de la présidentielle est de convaincre sur des propositions concrètes, mais avec une ambition forte. C’est ça la radicalité, ce n’est pas d’agiter des mots.

Parmi les différences qui ressortent de cette primaire, il y a notamment le positionnement des écologistes sur l’échiquier politique. Eric Piolle avec son arc humaniste place l’écologie dans le bloc gauche. Vous voulez plutôt sortir de ce clivage gauche-droite…

J’entends les rumeurs, les campagnes menées par La France Insoumise contre moi. Mais dès que l’on est à droite d’eux, on est de droite. Je me souviens de Jean-Luc Mélenchon m’applaudissant au Parlement européen dans mes combats contre les traités de libre-échange. L’ampleur des transformations à engager est telle qu’il faut que l’on emmène toutes les forces vives du pays. On ne peut pas faire contre les agriculteurs, les pêcheurs et les entreprises. Moi, je veux passer des contrats avec eux, mais pour en rabattre sur l’écologie à la fin. L’objectif est tellement important qu’il faut les emmener avec nous sur cette transformation. Je suis pour l’économie régulée écologiquement. Je crois que dans notre pays, l’écologie peut être le levier qui rassemble les Français. Gouverner, c’est être pragmatique. Si on ne veut pas gouverner, on peut faire de la radicalité pour pas cher.

La campagne présidentielle débute dans un contexte où ce sont plutôt les thèmes régaliens comme la sécurité ou l’immigration qui travaillent les Français. Comment pensez-vous exister dans ce climat ?

L’écologie est toujours très haute dans les préoccupations des Français. Les enquêtes d’opinion le montrent. À nous dans la campagne de montrer le lien entre ce qui inquiète les Français comme l’insécurité économique et sociale liée à la mondialisation et le climat ou la santé. Si nous démontrons que lutter contre le dérèglement climatique ce n’est pas seulement lutter contre le chaos, mais aussi relocaliser l’économie, avoir des services publics de qualité, nous pourrons gagner cette élection présidentielle.

À l’issue de la primaire, le vainqueur n’aura pas le champ dégagé. À ce jour, trois autres formations de gauche ont déjà acté une candidature autonome. Aurez-vous une chance si la gauche est divisée au premier tour de la présidentielle ?

À quatre, ça ne passe pas. Mais ça passe derrière le projet écolo. C’est notre seule chance et pour bien le défendre, il faut une candidature écologiste. Dans l’espace socialiste, il y a trois candidatures : Hidalgo, Montebourg et Le Foll. Vous pensez que c’est avec que cela va bouger pour l’écologie ? L’écologie est le coeur du nouveau logiciel politique du progrès, de l’humanisme et de la conquête des libertés. La politique, c’est du rapport de force. En 2017, Benoît Hamon était 17 % dans les sondages au sortir de la primaire PS. J’étais à 2 %. À qui a-t-on demandé de se désister ?

Mais vous êtes tous crédités de 10 % aujourd’hui dans les sondages…

La campagne ne fait que commencer. Nous n’avons pas encore le candidat écologiste. Anne Hidalgo lance sa campagne, mais elle a pour l’instant plus d’étapes que le Tour de France. Dans cette élection, les électeurs de gauche, plus que jamais, voteront utiles pour ne pas revivre un quinquennat d’Emmanuel Macron.

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