Le premier Homme sur la Lune, le 21 juillet 1969 / Wikimedia commons

"Si l’Homme retourne sur la Lune, ce sera pour des raisons économiques"

Il y a 49 ans, les membres de la mission Apollo 11 étaient les premiers hommes à marcher sur la Lune. À l’occasion de cet anniversaire, Emmanuel Pécontal, astronome au Centre de recherche astrophysique de Lyon, fait le point sur les enjeux de la conquête spatiale.

"Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité". Le 20 juillet 1969, la mission Apollo 11 marque un moment historique avec trois astronautes qui se sont posés pour la première fois sur la Lune. Depuis 1972, plus aucun humain n’a mis le pied sur le satellite de la Terre. Où en est la conquête spatiale ? Un nouveau voyage lunaire est-il envisageable ? Emmanuel Pécontal, astronome au Centre de recherche astrophysique de Lyon, a répondu à nos questions.

Lyon Capitale : La mission Apollo 11 a initié une série de voyages sur la Lune. Qu’a-t-on retiré de ces missions ?

Emmanuel Pécontal : En 1969, l’objectif était de montrer que l'Homme était capable d’y aller. À l’époque, l’enjeu était principalement politique. Kennedy avait promis, en 1963, que des Américains seraient envoyés sur la Lune avant la fin de la décennie. Les scientifiques rêvaient déjà que l’on s’y installe, mais nous y sommes juste allés pour récolter des échantillons et analyser sa composition et sa densité. Les Russes ont fait de même plus tard, mais avec des robots. En tout, six missions ont été couronnées de succès. Aujourd’hui, nous pensons que la Lune provient de morceaux de Terre qui auraient été arrachés lors d’un impact avec un autre corps. Ce sont les missions menées sur place qui ont permis de dégager cette hypothèse.

Où en est-on dans la conquête spatiale ?

D’un point de vue scientifique, d’énormes progrès ont été faits en astronomie, ce qui a permis une meilleure compréhension de l’univers dans son ensemble. Mais aujourd’hui, l’essentiel de l’exploration spatiale est robotique. Plusieurs robots sont actuellement sur Mars. Un robot européen devrait les rejoindre en 2020. Autre exemple avec la sonde Rosetta. Elle a été envoyée en orbite autour d’une comète et a permis de récolter de nombreuses données sur ce corps céleste.

Si les robots font si bien le travail, quel intérêt à envoyer des humains ?

Contrairement à un robot, un humain peut prendre des initiatives. Par exemple, pour télécommander sur Mars, il faut compter un certain laps de temps entre l’ordre envoyé depuis la Terre, l’analyse faite par le robot et son exécution. Un humain est plus rapide et efficace. Mais un voyage dans l’espace est aussi très dangereux.

Est-ce qu’un homme remarchera un jour sur la Lune ?

La dernière mission humaine sur la Lune date de 1972. Après cela, nous n’y sommes plus retournés car c’est extrêmement cher. Le coût d’Apollo 11 était de 25 milliards de dollars à l’époque, mais il faudrait compter 180 milliards aujourd’hui. Les scientifiques rêvent encore que l’on s’installe sur la Lune, mais c'est déjà très coûteux d'y envoyer des personnes, alors pour une base permanente, il n'y a pour l'instant pas les moyens. En tant que scientifique, j’ai une vision plus terre à terre opposée à celle de certains enthousiastes. Même un milliardaire comme Elon Musk, le PDG de Tesla qui rêve de concrétiser le tourisme spatial, ne décide pas tout seul. Il collabore avec la NASA et reçoit des aides publiques. Ce genre de projet s’élabore au niveau d’États. La Chine et les États-Unis ont émis le souhait de renvoyer des hommes sur la Lune, mais ils ont d’autres priorités. S’il n’y a pas de projet sérieux pour renvoyer des humains loin dans l’espace, on commence à construire des fusées très puissantes, comme la fusée SLS de la NASA, en prévision d’une reprise de la conquête spatiale. D’ailleurs, si l’Homme retourne un jour sur la Lune, ce sera autant pour des raisons scientifiques, politiques qu’économiques. On pourrait imaginer que les ressources en métaux rares, composants indispensables pour nos smartphones, s’épuisent sur Terre. Il faudra alors les chercher ailleurs dans l’espace.

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