"Si je retourne en Turquie, au mieux, je serai emprisonné à vie"

En France depuis 2002 sans titre de séjour, il a été arrêté lors d'un contrôle de papiers. Sa demande d'annulation d'expulsion, examinée ce mardi au tribunal administratif, a été rejetée.

Ils sont une quarantaine ce matin, l'air grave, autour de Kotch et son avocate. Les questions fusent : "Il va être expulsé dans la journée ? On peut aller le voir au centre de rétention ? Lui apporter des vêtements ?". Elle les rassure : "Ne vous inquiétez pas, Kotch ne peut pas être expulsé aujourd'hui, je vais faire une demande d'asile". Un peu de soulagement pour ses amis, et les membres des associations venus soutenir ce Kurde et sa compagne. Kotch, entouré de policiers, vient remercier une dernière fois les personnes qui le soutiennent dans son combat, puis sort du tribunal pour retourner au centre de rétention.

"C'est le jour le plus important de ma vie"
A ces mots, prononcés par Kotch, sa compagne ne peut retenir ses larmes.
Kotch n'est plus Turc. L'Etat lui a retiré sa nationalité lorsqu'il s'est engagé aux côtés des Kurdes au PKK, mouvement d'opposition armé contre la Turquie : "Si je rentre là- bas, c'est la fin de ma vie. Au mieux, je serai emprisonné, au pire, je disparaitrai".
A la barre, Kotch s'exprime dans un français très compréhensible, malgré les trémolos dans sa voix. Il raconte. Son engagement en tant que guérillero auprès de la PKK. Son arrestation. Ses 9 jours de garde à vue "musclée". Le viol de sa soeur, devant ses yeux. Les menaces sur sa famille. "Je n'avais pas le choix, il fallait que je protège ma famille. J'avais si peur", raconte-t-il. Silence dans la salle. Le juge écoute attentivement le récit de Kotch.
Devant la salle d'audience, un des gardes demande : "Alors ?", "rejeté", lui répondra-t-on. L'air compatissant, le policier regarde Kotch et sa compagne sortir. La demande d'asile reste une de leur dernière chance de pouvoir continuer à vivre ensemble.

En France depuis presque 7 ans
"L'histoire de Kotch est compliquée", explique l'avocate. Arrivé à Marseille en 2002, hébergé par des "compagnons de galère", le jeune homme est "mal conseillé". Le nom et l'âge qu'il donne aux autorités sont faux, et c'est d'ailleurs ce qui jouera en sa défaveur lors de l'audience. "J'ai menti sur mon identité, je sais que ce n'est pas bien, mais j'avais trop peur qu'ils (ndlr le gouvernement Turc) me retrouvent", avouera Kotch.
Puis la préfecture envoie une lettre de convocation au jeune Kurde. L'occasion pour lui de s'expliquer sur les conditions qui l'ont poussé à pénétrer illégalement sur le territoire français. Mais, hébergé à droite à gauche, il ne la reçevra pas.
2004, Kotch arrive dans la région lyonnaise. Pris en charge par une association d'aide aux personnes sans-papiers, son état de santé les préoccupe. Il est orienté vers un médecin qui relèvera des blessures physiques pouvant s'apparenter à de la torture. Mais Kotch semble surtout souffrir psychologiquement. C'est ce même médecin qui préconise alors une thérapie et un suivi psychologique de 10 à 15 ans pour le jeune homme qui serait dans "un état dépressif lourd, avec de fortes idées de suicide". Pour son avocate, la santé de son client est un argument de poids : "Avec toutes les affaires que j'ai traitées, je n'ai jamais vu une recommandation de 10 à 15 ans de thérapie. De plus, les médicaments qui lui sont prescrits, on ne les trouve pas en Turquie".
Mais ces arguments n'ont pas suffit. La demande d'annulation est déboutée. Kotch retournera en centre de rétention à Saint-Exupéry, en attendant que l'OFPRA le convoque pour statuer sur sa demande d'asile. Si elle est rejetée, Kotch risque fort d'être expulsé.

Annie-Laurence Ferrero

* Parti des travailleurs du Kurdistan, mouvement d'opposition armé à la Turquie.

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