Jean-François Chemain, ancien enseignant en ZEP © Lyon Capitale

Hommage à Samuel Paty : "de plus en plus de sujets sont verrouillés par la bien-pensance", le 3 questions à Jean-François Chemain de Lyon Capitale

Un an après l'assassinat de Samuel Paty, une journée hommage a eu lieu vendredi 15 octobre dans tous les établissements scolaires. Lyon Capitale a consacré un 3 questions à Jean-François Chemain.

Diplômé en droit international et en sciences politiques, Jean-François Chemain a passé dix ans dans l’audit international avant de diriger son propre cabinet de conseil. À 45 ans, il quitte tout pour revenir à sa passion d’enfance : l’histoire. Agrégé et docteur, il entre dans l’Éducation nationale pour enseigner dans un collège de Vénissieux, aux Minguettes, en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Il est l’auteur de "Non la France, ce n’est pas seulement la République" publié en 2021 et écrit après l'assassinat de Samuel Paty. 

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Un an après l’assassinat de Samuel Paty, des hommages lui sont rendus partout en France. Est-il aujourd'hui un symbole de la liberté d’expression ?

La liberté d’expression ne se résume absolument pas au fait de montrer des caricatures de Charlie Hebdo. Samuel Paty n’a pas exercé un droit à la liberté d’expression, il a montré les caricatures de Charlie Hebdo. C’est différent. Une sorte de devoir institutionnel, décrété par l’Éducation nationale, alors même qu’on ne peut rien dire, au fond, sur l’Islam, sans avoir des ennuis avec des parents, ou avec l’institution. Confère ce qui est arrivé au professeur Louis Chagnon, qui a eu les pires problèmes avec la justice, seulement après avoir rappelé quelques vérités historiques sur le prophète.

"Samuel Paty n’a pas exercé un droit à la liberté d’expression, il a exercé un devoir en montrant ces caricatures de Charlie Hebdo", Jean-François Chemain

Faire de Samuel Paty, un symbole de la liberté d’expression, non. Elle ne se réduit pas à montrer des caricatures de Mahomet. Et je constate ensuite que la liberté d’expression se réduit toujours plus dans ce pays, tant de sujets jadis matière à débat ne l’étant plus sous peine de pénal.

Quel enjeu pour la laïcité aujourd’hui en France ?

On voit le nombre de professeurs abandonnés en rase campagne par le rectorat quand ils ont eu des démêlés avec des élèves islamistes. J’ai vu d’autres exemples à travers les échanges sur les réseaux sociaux. On commémore d’autant plus la mémoire de Samuel Paty que de fait on ne fait rien pour combattre les empiètements de l’islam politique. Et on ne fait rien en faveur de la liberté d’expression dans tous les domaines. Au contraire, de plus en plus de sujets sont aujourd’hui complètement verrouillés par la bien-pensance.

Quelles solutions peuvent-elles être apportées ?

Je pourrais rapporter une réponse superficielle, mais le problème est un enjeu de fond : pour moi la République n’est pas un système démocratique. La parole est verrouillée par une super structure d’enseignants, d’intellectuels, de journalistes, d’artistes, etc, qui ont pour volonté d’imposer au peuple leur opinion. Formater pour qu’ils pensent d’une certaine manière. Je n’ai pas de solution en tant que tel, le mal est trop profond, il s’enracine dans l’origine même de la République. Je crois qu’il faut choisir entre, d’un côté, vouloir imposer les lois de la République, et de l’autre, céder aux doléances de ceux qui se posent régulièrement en victime de « phobie ». La République est tout à fait à l’aise – comme elle fait en ce moment avec le rapport Sauvé – pour taper sur l’Église catholique. Par contre, il y a beaucoup plus de scrupule concernant l’islam, ne serait-ce que parce que les républicains laïcs sont eux même divisés : il y a les partisans d’une laïcité ferme vis-à-vis de l’islam, et ceux au contraire qui, au nom de la non-discrimination, sont favorables à tous les accommodements. Et puis l’institution Éducation nationale n’a pas de prise sur le discours de certains enseignants.

"La République est tout à fait à l’aise – comme elle fait en ce moment avec le rapport Sauvé – pour taper sur l’Église catholique. Par contre, il y a beaucoup plus de scrupule concernant l’islam"
Jean-François Chemain

Qui a prise sur ce discours alors ?

Aujourd’hui, dans les établissements, on est pris entre des discours d’ultra-gauche de certains, complètement décomplexés, et des discours plus républicains, ceux-ci inhibés par la menace d’accusations d’islamophobie. Les islamo-gauchistes ne seront jamais inquiétés, alors que celui qui va prendre une posture plus ferme va certainement choquer certains élèves, qui iront se plaindre à leurs parents, qui feront un scandale… et le professeur sera lâché. Ce qui prévaut toujours c’est « pas de vague », ça n’est pas de moi : les réseaux sociaux sont remplis de témoignages de profs qui n’en peuvent plus.

Il y a donc une auto-censure ?

Oui, il y a une autocensure, de la part de ceux qui voudrait résister. Puis, il y a les vannes grandes ouvertes des islamo-gauchistes qui en rajoutent en permanence dans le discours de victimisation des musulmans. Ils considèrent que toutes volontés d’enrayer la progression de l’Islam est une forme de racisme et d’islamophobie.

Jean-François Chemain © Lyon Capitale

Et donc on est dans une impasse ?          

On est complètement dans une impasse. Mais la solution que je préconise dans mon livre est que la laïcité ne sera efficace dans ce pays qu’à partir du moment où on reconnaîtra qu’elle est issue des valeurs chrétiennes. Je répète : les valeurs républicaines sont issues des valeurs chrétiennes. L’ordre public républicain est imprégné d’anthropologie chrétienne. Michel Onfray explique que la république laïque est imprégnée du catholicisme.

On aura de la montée de l’islam une réponse efficace qu’à partir du moment où cette réponse sera cohérente. Quand on parle de religion, on parle de quatre choses bien différentes : d’abord de foi. La république ne peut nous obliger à croire, ou faire semblant de croire. On parle ensuite de pratique : la république laïque ne peut pas nous obliger à pratiquer, comme ce que l’on faisait sous l’Ancien Régime. On parle également de communauté : la république ne peut pas nous obliger ou nous interdire de vivre en communauté. Au sens de "les musulmans d’un côté, les chrétiens de l’autre, les juifs ailleurs, etc". Finalement, on parle d’anthropologie, de culture. Là, on a beau être un pays laïc, les valeurs républicaines laïques sont des valeurs totalement issues du christianisme et même du catholicisme. Donc, nous n’apporterons jamais une réponse à la montée en puissance d’un islam sociologique et politique, si nous ne sommes pas capables de dire, « oui mais ici il y a une limite à la laïcité, c’est que l’anthropologie de ce pays, elle est chrétienne.

"Nous n’apporterons jamais une réponse à la montée en puissance d’un islam sociologique et politique, si nous ne sommes pas capables de dire, « oui mais ici il y a une limite à la laïcité, c’est que l’anthropologie de ce pays, elle est chrétienne",
Jean-François Chemain

Mais la définition exacte de la laïcité, c’est quand même de séparer la société civile de la société religieuse ?

Mais la question à laquelle la laïcité ne répond pas c’est « d’où viennent les valeurs républicaines que l’on est obligé de respecter. Aujourd’hui, on nous dit que les valeurs républicaines, c’est d’accueillir les étrangers. D’où ça vient qu’il faut accueillir les étrangers ? Est-ce que les saoudiens, les chinois, les japonais accueillent les étrangers ? Ceux qui accueillent les étrangers ce sont les chrétiens. Les valeurs républicaines sont directement tirées des évangiles. Aujourd’hui, on nous dit que l’anthropologie républicaine, c’est qu’il ne faut pas juger les autres. Mais qui a dit qu’il ne fallait pas juger les autres, sinon le christ ? L’anthropologie républicaine, c’est qu’il faut avoir le souci du plus faible, qu’il faut demander pardon, etc. On est totalement dans une anthropologie chrétienne. Donc, il y a quelque chose qui sonne faux dans ce discours républicain. Et ce sont les musulmans les plus extrémistes qui s’engouffrent dans cette faille.

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