Jean-François Chemain, ancien enseignant en ZEP © Lyon Capitale
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Les grandes gueules : Jean-François Chemain, ancien enseignant en ZEP

Diplômé en droit international et en sciences politiques, Jean-François Chemain a passé dix ans dans l’audit international avant de diriger son propre cabinet de conseil. À 45 ans, il quitte tout pour revenir à sa passion d’enfance : l’histoire. Agrégé et docteur, il entre dans l’Éducation nationale pour enseigner dans un collège de Vénissieux, aux Minguettes, en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Il est l’auteur de Kiffe la France (2011) et Tarek, une chance pour la France (2017).


“Pour faire barrage au séparatisme, donnons aux jeunes d’aimer la France”

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?

Jean-François Chemain : Oui, je crois pouvoir dire que j’en suis une, ce qui, soit dit au passage, ne me réussit pas forcément car je manque totalement de diplomatie. Je suis grande gueule car j’ai le souci ardent de la vérité.

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?

S’il s’agit de faire avancer la cause du bien, elles sont effectivement bonnes à dire. Je pense que les problèmes qui se posent aujourd’hui à nous ne peuvent être résolus qu’en vérité. “La vérité nous rendra libres”, disait Jean-Paul II citant saint Jean. En revanche, est-ce que c’est toujours bon pour soi, pour sa carrière, pour la façon dont on est perçu ? C’est beaucoup moins évident.

Samuel Paty était, comme vous, professeur de collège. Comment réagissez-vous à son assassinat par un terroriste islamiste ?

Je suis horrifié. Cela pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. Je suis resté neuf ans dans mon collège en ZEP de la banlieue lyonnaise et je n’ai eu que deux fois des propos mal interprétés qui ont poussé certaines personnes à mal réagir. Mais rétrospectivement, je dois dire qu’il aurait pu m’arriver la même chose.

C’est-à-dire ?

Le cours d’histoire de 5e sur les religions commence par l’apparition de l’expansion de l’islam. Le manuel explique prudemment qu’en terre d’islam, chacun peut conserver sa religion à condition de payer un impôt – présentation bien édulcorée de la condition peu enviable de “dhimmi”. J’ai choisi d’étoffer mon propos du texte complet du verset coranique sur lequel les juristes musulmans ont fondé cette règle : le verset 29 de la sourate IX autorise en effet, après que le “fidèle” aura fait une guerre sans pitié à l’“infidèle”, que celui-là accorde à celui-ci une trêve, à condition qu’il paye un impôt et s’humilie. Le cours s’est bien passé jusqu’au jour où j’ai été pris à partie, assez violemment, par une mère de famille, voilée de la tête aux pieds, me menaçant de sanctions et de plaintes à la direction et au rectorat pour avoir menti et dit du mal de l’islam. Elle m’a même intimé de ne pas citer de verset sans solliciter l’avis de trois imams. Les bras m’en sont tombés. Quelques jours plus tard, son fils, bien gêné de la situation, m’a fait passer une explication de texte d’un curieux “docteur de la loi”, qui s’est avéré être une élève de l’IEP de Lyon... J’ai su, après coup, que la mère de famille avait rameuté tout le quartier contre moi, mon nom jeté en pâture. C’est un ami musulman qui travaillait à la DGSI qui a rétabli le calme. Je me suis senti bien seul, ce jour-là, à deux doigts de l’incident, de la bavure “islamophobe”.

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