Henri-Michel Comet
© Tim Douet

Pot de départ du préfet : maladresse ou tradition républicaine ?

L'ex-préfet de région, Henri-Michel Comet, remercié la semaine dernière par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, après la libération d'un étranger délinquant multirécidiviste qui a tué deux jeunes femmes à Marseille, organise ce jeudi une réception dans les grands salons de la préfecture du Rhône. Élus, journalistes et agents préfectoraux sont conviés à ce "pot de départ" qui suscite des réactions mitigées.

"Que le préfet fasse un pot de départ, c'est extrêmement maladroit. Je peux comprendre l'étonnement, l'émotion et la colère." Alexandre Vincendet, le maire de Rillieux-la-Pape, ne se rendra pas à la réception organisée dans les grands salons de la préfecture ce jeudi midi, par l'ex-préfet de région, Michel-Henri Comet. "Par respect pour les victimes, je n'irai pas". Laura Paumier, 21 ans, originaire de Rillieux, était l'une d'entre elles. Dimanche 1er octobre dernier, avec sa cousine d'un an sa cadette, Mauranne Harel, elle s'est trouvée sur le chemin d'un terroriste, sur le parvis de la gare de Marseille Saint Charles. Le terroriste - puisqu'il s'agit d'un acte auto-revendiqué - un Tunisien de 30 ans, était un étranger en situation irrégulière, doublé d'un délinquant multirécidiviste. Le 29 septembre, l'homme avait été interpellé en flagrant délit de vol d'une veste chez C&A au centre commercial de la Part-Dieu. Présenté à la police, le magistrat de permanence avait décidé de lever sa garde à vue, sans qu'aucune mesure administrative ni judiciaire ne soit prise.

"Il a quelque chose à dire aux médias"

Dans la foulée, le préfet d'Auvergne-Rhône-Alpes, et son secrétaire général, Xavier Inglebert, étaient "remplacés" par Gérard Collomb. Sur la base d'un rapport de l'IGA, le ministre de l'Intérieur pointait des "dysfonctionnements graves du dispositif d'éloignement des étrangers" et des "erreurs de jugement". La presse parle de limogeage. "Est-ce un limogeage-sanction ? s'interroge Denis Broliquier, mairie du 2e arrondissement. Où a-t-il été sacrifié sur l'autel de la logique administrative, étant au sommet de la chaîne administrative locale ?". Et d'ajouter : "qu'il organise un pot de départ avec ses équipes, les agents préfectoraux en petit comité ne me choque pas, c'est compréhensif, mais je reconnais que c'est un peu étrange d'inviter la presse. Ça peut aussi simplement indiquer qu'il a quelque chose à dire aux médias."*

Un directeur de cabinet d'un élu lyonnais, qui souhaite un échange "off", juge cette réception "un peu scandaleuse" et "contradictoire", référence au double discours du gouvernement. Emmanuel Macron expliquait qu'il ne s'agissait pas d'une sanction : "Je ne l'ai pas puni. Mais quand on exerce des responsabilités, on doit en rendre des comptes, surtout quand quelque chose de la sorte se produit." Dans le même temps, le président de la République ajoutait que "le préfet du Rhône (était) un grand fonctionnaire de l'État (...) un fonctionnaire de grande responsabilité et de grand mérite."

"Double com'" et "cosmétiques"

Un autre élu, souhaitant garder l'anonymat ironise : "le gouvernement a une double com' sur cette affaire. Comet est un grand préfet et ce n'est pas une sanction. Il faut marquer le coup. Il faut un bouc émissaire. Et Castaner (porte-parole du gouvernement, NdlR) dit en substance : ce sont des mecs géniaux c’est pour ça qu'on s'en sépare ! En fait, il a fallu dégonfler une affaire grandissante. Le gouvernement ne s'est ni plus ni moins exonéré de sa responsabilité."

Bouc-émissaire, le terme ressort chez plusieurs responsables politiques. Pour Renaud Pfeffer, maire de Mornant, les deux préfets ne sont qu'un « maillon de la chaîne de responsabilité ». "Le drame aurait pu être évité si le gouvernement avait fait preuve d'autorité, non pas vis-à-vis des préfets, mais de l'application de la loi. C'est au nom de la mémoire de ces victimes fauchées en pleine jeunesse que les pouvoirs publics doivent réagir avec des décisions et non pas des cosmétiques !" Un maire de la banlieue lyonnaise, qui ne se rendra pas à cette réception "gênante" enchérit : "il y a une ambiguïté volontaire de communication, c'est-à-dire que le gouvernement a voulu faire porter le chapeau et trouver des boucs-émissaires."

"Responsables mais pas coupables"

Sur cette réception, d'autres élus, comme Christophe Quiniou, le maire de Meyzieux, estime qu'il s'agit du "fonctionnement républicain". "Il est normal que le préfet, quittant ses fonctions, fasse un bilan de son action. Il est également normal que tous les acteurs politiques locaux, le corps électoral et la presse soient invités. Il ne faut pas tout mélanger : ce n'est pas déplacé. Nous ne sommes pas dans un moment festif, mais dans un moment institutionnel, un passage de relais." Même son de cloche pour Laurence Fautra, maire de Décines : "ce sont des us et coutumes républicaines. C'est le protocole de dire au revoir. Après, chacun est libre d'y aller ou pas. Je ne sais pas encore si j'irai d'ailleurs, ayant beaucoup de rendez-vous. Les deux préfets sont responsables mais pas coupables." Contactée, la préfecture explique avoir conviée la presse par "soucis de transparence". "À chaque fois que nous invitons les élus, nous préférons inviter la presse", justifie-t-elle.

* Lyon Capitale sera présent.

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut