La nouvelle école Katherine Johnson, à Vaulx-en-Velin

Métropole de Lyon - Horizon 2021 : des défis immenses, ce qui va changer cette année à Vaulx-en-Velin

C’est LA commune de la Métropole avec la plus grosse explosion démographique. Vaulx-en-Velin, ville à l’image écornée, si souvent pointée (négativement) du doigt, est passée de 40 000 à 50 000 habitants en 10 ans. A Vaulx, où la moitié de la population a moins de 30 ans, les défis sont immenses. Réduire la fracture entre le nord et le sud de la ville, lutter contre le décrochage scolaire, miser sur la justice de proximité contre la petite délinquance. Tour d’horizon de tous les défis de 2021 et de ces prochains mois.

Nous poursuivons notre série de « ce qui va changer en 2021 » dans les principales communes de la Métropole de Lyon ( 1 400 000 habitants). Après Rillieux (lire le tour d’horizon ici), coup de projecteur sur Vaulx-en-Velin, la 4e commune la plus peuplée de la Métropole (derrière Lyon, Villeurbanne et Vénissieux), avec plus de 50 000 habitants désormais.

Vaulx connaît une forte augmentation démographique depuis quelques années avec + 5000 habitants en 5 ans, sur la période 2013-2018 et + 10 000 habitants en 10 ans, sur la période 2008-2018. Les défis sont nombreux et immenses dans l’une des villes les plus populaires du Rhône. Réduire la fracture entre le nord et le sud de la ville, lutter contre le décrochage scolaire, miser sur la justice de proximité contre la délinquance.

La maire PS de la commune, Hélène Geoffroy, évoque longuement pour LyonCapitale.fr toutes les problématiques liées à sa commune. Avec de nombreuses, et nouvelles, initiatives. Dès 2021. Pour chasser cette image, trop souvent négative, qui colle à la peau de la ville.

LyonCapitale.fr : Quels sont les grands défis de Vaulx-en-Velin en 2021 ?

Hélène Geoffroy : 2020 était une année particulière, ça fait réfléchir l’action aussi autrement. On est tous dans une forme d’attente avec l’espoir de retrouver une vie normale. Ça ne veut pas dire qu’on sera moins ambitieux sur les projets dans les prochains mois, mais on est obligé aussi de se dire : « on a des sujets nouveaux qui peuvent émerger autour de la question d’une précarité plus accrue, de la crise économique, de la jeunesse ». Notre ville a plus de 50 000 habitants désormais, la croissance la plus importante de la Métropole (2013-2018) et une population qui reste jeune, la moitié de la population a moins de 30 ans à Vaulx, 40 % moins de 25 ans et les jeunes sont très impactés par la crise. Cette idée, elle doit aussi nous accompagner dans ce qu’on va mettre en place.

La nouvelle médiathèque maison de quartier du Mas du Taureau, à Vaulx-en-Velin

En 2021, la médiathèque va nous être livrée. Elle devait ouvrir en tout début d’année 2021, ca sera cet été, il y a eu des retards avec la crise. Cette médiathèque « maison de quartier » Léonard de Vinci, elle est aussi pensée comme un équipement pour nos étudiants. Nos habitants ont réfléchi à sa conception, à ses usages, c’est un projet pour nous très structurant, très important pour la ville.

Les écoles, aussi, sont un enjeu capital, surtout avec notre croissance démographique. On gagne 4 % de population scolaire par an. Entre le mandat précédent (2014-2020) et celui qui commence (2020-2026), nous sommes sur un volume sur 4 nouvelles écoles. C’est très important, il n’y a plus d’école construite depuis 40 ans à Vaulx. Nous avons inauguré René Beauverie il y a deux ans maintenant, nous allons avoir une école livrée au mois de septembre 2021, Katherine Johnson, du nom de cette astrophysicienne de la NASA, au sud de la commune, au sein de ce quartier qui est en train de se transformer. Cela va permettre d’avoir des écoles à taille plus humaines et d’intégrer des dédoublements de classe.

La nouvelle école Katherine Johnson

Deux autres écoles sont prévues. Une autre toujours au Carré de Soie, qui est aujourd’hui en modulaire, on va pouvoir lancer l’école définitive. Le sud de la commune a connu une progression vraiment importante. Et une école aussi au village de Vaulx, qui est l’autre cœur historique de la commune. La Soie c’est le cœur historique industriel, le village c’est le cœur historique des paysans. L’école Simone Veil à Vaulx-Village sera construite un peu plus tard dans le mandat. On a aussi un gros programme de réhabilitation des écoles qui existent déjà, certaines datant de la construction des ZUP dans les années 70.

Comment gérer cette augmentation démographique ?

Après la période des émeutes urbaines en 1990, la ville a connu une diminution de la population. Autrefois, Vaulx avait 45 000 habitants, on est descendus à 39 000 et aujourd’hui nous sommes 51 000. Une ville peut gagner des habitants mais peut aussi les perdre. Tout ce qui accompagne une croissance démographique est important. Dans les premiers chiffres d’aménagement de l’est lyonnais, Vaulx devait continuer à avoir un rythme aussi soutenu de 1000 logements/an. Nous avons renégocié et ralenti le rythme de progression des constructions, qui est environ aujourd’hui de 400 logements/an.

Car il faut pouvoir accompagner l’arrivée de nouveaux habitants avec des services. Si nous n’accompagnons pas l’arrivée des habitants, ça peut entraîner des dysfonctionnements urbains. Ce qui est moteur d’attractivité, ce sont les équipements. Quand vous choisissez de venir dans une ville, ou de revenir dans une ville, la première chose que les gens regardent c’est l’école. On a beaucoup de jeunes couples avec des enfants en bas âge qui achètent à Vaulx. Puis les possibilités d’équipements sportifs, le transport, la question de cadre de vie et de sécurité.

Sur l’augmentation démographique, certains Vaudais sont revenus. On a aussi eu des habitants de plus loin, qui n’étaient pas forcément de la région lyonnaise et qui n’avaient pas d’avis sur Vaulx-en-Velin, cette image, qui a été longtemps un sujet et qui l’est encore. Enfin, on a aujourd’hui des personnes de l’agglomération lyonnaise qui viennent, qui ne sont pas Vaudais. Eux-même sont sensibles à la qualité de vie, on a beaucoup d’espaces arborés, des maisons, des pavillons qu’on préserve. Et ce qui nous aide aussi, il faut être honnête, c’est la pression foncière de Lyon et de Villeurbanne. Quand on est jeune accédant, on peut choisir Vaulx. Aujourd’hui on a beaucoup de jeunes qui achètent sur Vaulx.

Une problématique revient souvent, la fracture entre le nord de la commune, enclavé, et le sud de Vaulx, très vite relié à Lyon…

Le nord et le sud sont séparés par le canal de Jonage, un canal artificiel construit et creusé pour alimenter l’usine hydroélectrique. Ça a séparé durablement Vaulx depuis le 19e siècle. Enfin, on va « recoudre » le nord et le sud, avec l’arrivée du tramway (prévue dans le plan de mandat du Sytral d’ici 2026) Bien sûr, il y a des bus qui passent mais ce n’est pas la même chose qu’un transport aussi structurant que le tram, qui va relier le centre-ville de Vaulx au Carré de Soie en 10 minutes. Aujourd’hui, il faut plus d’une demi-heure. Les Vaudais du Sud (du Carré de Soie), quand ils prennent le métro, ils sont actuellement plus vite dans le centre-ville de Lyon qu’à la mairie de Vaulx… C’est une difficulté du quotidien pour les personnes plus âgées mais aussi pour les lycéens, pour les jeunes. Ça va faciliter la vie quotidienne, ça va relier des quartiers de la ville entre eux, le tram va contribuer à redonner l’unité à la ville.

Le tram va relier quatre quartiers inscrits en politique de la ville. Nous étions le seul centre-ville d’une ville aussi importante à ne pas être desservi par le tram. Le Mas du Taureau va être desservi, un quartier emblématique de la ville, mais aussi la zone industrielle et aussi le campus avec notamment l’école d’architecture de Lyon qui est sur Vaulx.

Ça fait 50 ans qu’on attend ce tram. C’est une grande nouvelle pour nous. On va avoir le plaisir de compter les stations. Ça fait si longtemps qu’on l’attend qu’on savoure l’arrivée de cette ligne. Si on veut transformer et améliorer le quotidien des habitants, il fallait ce transport.

La ville de Vaulx-en-Velin

Le décrochage scolaire est un sujet majeur à Vaulx-en-Velin, comme dans de nombreuses communes populaires. Comment compte-vous agir sur ce sujet en 2021 ?

Pendant le confinement, nous les maires des communes populaires, le décrochage scolaire nous a tous effrayés, on a perdu une partie des enfants. On a entre 30 et 35 % d’enfants qui décrochent après la 3e, c’est énorme. On a un niveau de formation initiale qui est plus faible que le niveau de formation des Lyonnais. Cette différence entraîne tout ce qu’on imagine. Les jeunes se disent : « le meilleur n’est pas forcément pour nous ». Il y a un vrai sujet que de redonner envie, d’ouvrir le champ des possibles.

Les maires de banlieue ont porté un projet avec des associations « Cité éducative ». Il faut le dire aussi quand les choses avancent. On a été labellisé dans le dispositif « Cité éducative ». L’idée, c’est de travailler avec tout le monde, plusieurs interlocuteurs : l’Education nationale évidemment mais qui a les enfants que sur des tranches horaires définies, le monde associatif avec les associations sportives, culturelles, les centres sociaux, mais aussi les parents, les premiers éducateurs de leurs enfants et la Métropole de Lyon qui va rentrer dans le dispositif.

La « Cité éducative », en gros, on essaye de s’occuper de chaque jeune de 0 à 25 ans, vous imaginez l’ambition. A Vaulx, 20 000 jeunes sont concernés. Notamment sur la tranche d’âge des adolescents, jusqu’à l’entrée dans le monde professionnel, les jeunes sont souvent démunis. A partir de 12-13 ans, où on en perd une partie. Et puis les 16-25 ans pour qu’ils aient l’ambition de l’apprentissage, des études, de la formation, où il faut donner envie.

On est sur ce chantier-là, on mobilise tout le monde sur tous les temps de l’enfant, pas seulement le temps scolaire. Il faut investir les week-ends aussi, les vacances, les grandes vacances. C’est là où se construisent les inégalités. On va lancer bientôt notre forum d’orientation, c’est un axe qui est retenu dans le dispositif, dès la 4e. Il faut commencer tôt, entre professionnels, enseignants, parents d’élève. On veut ouvrir des horizons sur tous les collèges. On a fait beaucoup de groupes de travail, tous les acteurs de la ville sont mobilisés. Il y a des financements, tout le monde essaye de trouver des solutions.

Ça a l’air peut-être de rien ce que l’on dit, mais pour la 1re fois, l’Education nationale a accepté de dire qu’elle n’arriverait pas à le faire toute seule. Les collectivités locales se sont dit : « il faut qu’on rentre dans le monde de l’Education nationale ».

Lire aussi : Décrochage scolaire à Lyon : "les écarts se sont encore plus creusés entre les élèves" pendant le confinement

La maire de la ville, Hélène Geoffroy @Thierry Chassepoux

Un dispositif inédit en France est également mis en place, vous avez décidé en ce début d’année 2021, en partenariat avec le parquet de Lyon, de miser sur la justice de proximité pour lutter contre l’intranquillité publique et la petite délinquance du quotidien. Le but, c’est d’apporter une réponse judiciaire concrète et rapide. En quoi ça consiste ?

C’est né de rencontres régulières avec le Préfet, la justice et la mairie. Il y a une prise de conscience supplémentaire et un cri d’alarme des maires. Sur les questions de tranquillité publique et de sécurité, nous avons passé un nouveau cap, sûrement accentué par le confinement. Entre les rodéos, les tirs de mortiers etc. Il y a aussi toutes les incivilités qui « abîment » le quotidien des habitants. Les gens se plaignent et cela va pas tellement plus loin (sont concernées le tapage nocturne, les nuisances sonores, l’outrage sexiste, les injures, les dégradations publiques, les menaces de violences, les occupations en réunion de halles d’immeubles, NDLR)

Retrouvez notre article complet consacré à ce sujet ici.

Le Procureur et le Préfet ont été sensibilisés. Dès ce mois de janvier 2021, le but c’est d’avoir une réponse rapide, en partenariat avec le Parquet, à une incivilité. En 15 jours après l’incivilité. On commence les audiences courant janvier 2021 avec le délégué du procureur et mon adjointe à la sécurité. Chacun dans leur rôle vont pouvoir recevoir l’auteur des faits, voir dans quelle disposition d’esprit il est et proposer une composition pénale (le délégué du procureur) et nous un accompagnement quand c’est nécessaire, un travail non rémunéré (des travaux d'intérêt général) dans les associations ou pour la ville. En même temps, on a une association à la « Maison de la justice et du droit » qui accompagne les victimes. On peut travailler aussi avec la victime qui voit en temps réel la réparation qui est mise en œuvre. L’outrage sexiste par exemple est concerné.

C’est une première en France. Si on apporte pas de réponse rapide aux habitants, nous les institutions, ils vivent avec un sentiment d’abandon. Il faut absolument apporter une réponse. Et même pour l’auteur des faits, s’il y a une réparation, un travail fait avec lui, on peut l’empêcher d’être ensuite dans une dérive plus grave. Il faut être présent au bon moment (les actes plus graves donneront eux lieu toujours aux classiques déferrements au parquet, NDLR)

Où en est le projet de "ferme urbaine" au Mas du Taureau ?

On a été l’un des lauréats nationaux du premier appel à projets de l’Anru (l’agence nationale pour la rénovation urbaine), sur la thématique « Quartiers fertiles ». Souvent, on pense que les habitants des quartiers populaires ne s’intéressent pas aux questions environnementales. C’est souvent une question financière. Ce n’est pas un désintérêt. Tout le monde est attaché à respirer un air pur et à avoir une planète qui survive. On a décidé de retravailler la question de la ferme urbaine, d’une pépinière. On a une tradition agricole à Vaulx. Au Mas du Taureau où il y aura la ferme urbaine, autrefois c’était des champs de cardon. On va renouer avec notre patrimoine naturel avec la ferme. On sera partie prenante de cette transition écologique. Nous ne voulons pas que nos quartiers, car ils sont plus populaires que ceux de Lyon, soient mis de côté. 2021 est consacré aux études, aux concertations avec les habitants pour une mise en œuvre en 2022 du projet. Il y aura aussi des jardins partagés dans d’autres endroits de la ville qui permettront de faire toute une continuité verte, sur le nord de la commune notamment.

Comment faire pour se détacher de l’image trop souvent négative qui colle à Vaulx ?

On reproche souvent à la politique de la ville de ne pas résoudre les problèmes. La politique de la ville, elle a changé la vie de beaucoup de gens. Certains ont quitté nos quartiers car ils allaient mieux. Désormais, l’enjeu, c’est de faire en sorte que les gens n’aient plus envie de s’enfuir de nos quartiers quand ils vont mieux. Pour les habitants qui ont connu tous les temps difficile de Vaulx, il faut aussi que, eux, ils aient accès à ce qu’il va être le meilleur. Je suis attachée à ce que dans les programmes urbains, on renouvelle les logements sociaux, les copropriétés privées d’immeubles pour que ceux qui sont là depuis le début de la ZUP ne se disent pas : "ils reconstruisent tout et nous on est encore les oubliés".

Et puis il y a l’histoire de la ville. On a une histoire. Je voudrais qu’on cesse de se dire qu’on fait table rase de l’histoire dans les banlieues. On agrège trois histoires à Vaulx : l’histoire paysanne de notre région, l’histoire industrielle et l’histoire de la politique de la ville. C’est l’histoire de France finalement. On est une ville dans laquelle nous avons toute l’histoire de France. C’est un enjeu de cohésion, de se dire qu’au travers de la transformation physique, de l’école, il y a aussi l’enjeu de participation des habitants. On est une ville qui vote peu. Il faut qu’on s’améliore. Il faut aussi qu’on fasse « France » ensemble. Je suis optimiste, je pense que les villes populaires et que notre ville peuvent être aussi une source d’exemple, qu’on cesse d’être vu simplement comme un sujet de difficulté…

Prochain rendez-vous : Caluire-et-Cuire

 

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