À Mellecey, en Côte châlonnaise, une consultation publique s'achève le 18 août. Elle porte sur une carrière que la préfecture a suspendue en 2024, après avoir découvert une exploitation menée sans autorisation pendant dix-huit mois.
Le 25 juin 2024, l'inspection des installations classées se présente sans prévenir au lieu-dit Bois de Gaurin, à Mellecey. Un brise-roche hydraulique fracture la roche au pied d'un front. Or, l'entreprise Mauguin n'est autorisée qu'à stocker et recycler des déchets inertes sur ce site, ancienne carrière fermée en 2021.
Interrogé sur place, l'exploitant reconnaît extraire les matériaux "depuis un an et demi environ afin de rentabiliser ses activités". Les registres, les factures et les déclarations environnementales font ressortir environ 50 000 tonnes extraites et commercialisées, dont 33 000 pour la seule année 2023. Par courriers de juillet et septembre 2024, ses avocats contesteront ce volume, qu'ils estiment inférieur.
50 000 tonnes sur un terrain communal
Le 30 septembre 2024, le préfet Yves Séguy signe un arrêté qui cumule les mesures : mise en demeure de régulariser, suspension de l'activité d'extraction, retrait de tous les engins, mise en sécurité des zones creusées. Et une amende administrative de 45 000 euros.
Le montant, précise l'arrêté, tient compte des bénéfices et des avantages concurrentiels tirés d'une exploitation sans titre. Il correspond surtout au plafond fixé par le code de l'environnement. L'inspection avait relevé deux autres manquements : un concasseur mobile non déclaré et un volume de traitement double du plafond autorisé.
Un détail change la portée de l'affaire. Les parcelles appartiennent à la commune. L'arrêté d'enregistrement de 2021 le mentionne, et l'inspection de mars 2022 désigne le maire de Mellecey comme propriétaire des terrains.
Le dossier ne dit pas ce qui s'est passé
En février 2025, une nouvelle visite constate que l'extraction a cessé. Les engins ont disparu, les accès sont condamnés par des merlons. Seule une zone, en partie sud de la fosse, n'a pas été remblayée malgré un risque de glissement. L'entreprise a choisi la régularisation. Elle dépose son dossier le 27 novembre, avec plusieurs mois de retard sur le délai imparti. Ce dossier demande aujourd'hui l'autorisation d'exploiter pendant 20 ans, sur 8,74 hectares, jusqu'à 79 488 tonnes par an.
Il n'évoque nulle part la mise en demeure. Les 261 pages de réponses aux habitants n'abordent le sujet qu'une fois, sous le titre "précédent manquement", et parce qu'un contributeur l'a soulevé.
Les services de l'État, eux, se sont montrés plutôt cléments. Ainsi, l'INAO, chargé des appellations viticoles, a émis un avis favorable le 30 avril, jugeant limité le dépôt de poussières sur les vignes voisines. La direction départementale des territoires et les pompiers ont fait de même. L'autorité environnementale, en revanche, a listé le 18 mai une série de manques. Elle demande notamment de démontrer que les volumes sollicités répondent à un besoin réel, et relève que le dossier annonce tantôt 927 731 tonnes disponibles, tantôt 989 280 tonnes à extraire.
Trois collectifs pour 1 311 habitants
Quatorze mois après la mise en demeure, l'intercommunalité change ses règles. Le 11 décembre 2025, le Grand Chalon approuve la modification n°2 de son plan local d'urbanisme. Le secteur de la carrière est classé en zone Nc, où le règlement autorisait déjà le concassage et le stockage de déchets inertes. Il y ajoute l'exploitation du sous-sol de la carrière de Mellecey. Sans cette modification, le projet restait incompatible avec le document d'urbanisme, comme le reconnaît l'étude d'impact. Le texte est devenu opposable le 15 janvier 2026. L'entreprise avait déposé son dossier deux semaines avant son approbation.
Puis les municipales sont passées. Le 2 juillet 2026, le nouveau conseil municipal se prononce à bulletin secret. Quinze voix défavorables, aucune favorable, aucune abstention. La délibération invoque le trafic, les poussières, les vibrations, et la mise en demeure de 2024, source d'une "rupture de confiance de la commune envers l'entreprise".
Le village s'est organisé depuis. Trois structures ont pris la parole en trois jours, début août. Le collectif "NON à la carrière", animé par Christophe Cadot-Burillet, dénonce les concasseurs, les poussières, les tirs de mine et la hausse du trafic de poids lourds à travers le hameau de Germolles. L'association "Mieux Vivre à Mellecey", que préside Pascal Sauvageot, fait circuler une pétition et organise une réunion d'information le 17 août.
Un troisième texte, non signé, défend le projet. Ce collectif "des habitants et entrepreneurs" avance un argument absent partout ailleurs : la carrière rapporterait à la commune un loyer annuel de 11 800 euros et un fortage d'environ 25 000 euros. Il ajoute que sans ce site, les chantiers locaux dépendraient de deux carrières appartenant au même propriétaire.
La consultation se clôt le 18 août. Le commissaire enquêteur rendra ensuite son rapport sous trois semaines. L'avis de la commune n'étant que consultatif, le préfet décidera seul.
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