La Lyonnaise Pauline Jaricot a été béatifiée le 22 mai 2022. (Photo : DR)

Lyon : qui est Pauline Jaricot, figure sociale de l'Église, béatifiée ce dimanche 22 mai à Eurexpo ?

Lyonnaise laïque et missionnaire, Pauline Jaricot est béatifiée ce dimanche 22 mai à Eurexpo Lyon à 15 heures, devant près de 13 000 personnes venus du monde entier. Portrait d'une femme aussi active que contemplative.

"Pauline Jaricot était aussi active que contemplative. Elle est à la fois Marthe et Marie". L'allégorie utilisée par Mgr de Germay pour dresser le portrait de la prochaine femme béatifiée à Eurexpo dimanche 22 mai en dit long sur le rôle de Pauline Jaricot dans le christianisme social. Pauline Jaricot, pionnière de son époque, moderne et grande croyante, sa vie engagée au plus près des pauvres avait commencé bien différemment. Portrait d'une Lyonnaise, "plus connue à l'étranger qu'à Lyon".

Une jeunesse insousciante

Benjamine d'une fratrie de sept enfants, Pauline Jaricot est née à Lyon le 22 juillet 1799 dans une famille de soyeux, seulement quelques années après les événements révolutionnaires de l'époque. Des événements particulièrement dramatiques entre Rhône et Saône, qui marquent les catholiques de l'époque qui y ont été persécutés. Entre restauration politique et réparation dans le cœur de Jésus, Pauline Jaricot grandit dans un contexte très marqué par la piété de son époque.

La réussite financière de la famille Jaricot l'élève dans une jeunesse insouciante dans laquelle Pauline suit le schéma classique d'une petite fille catholique du XIXe siècle. À 12 ans, elle fait sa première communion. À 15 ans, Pauline jouit d'un succès auprès de ses proches : jolie, avec une belle voix, enjôleuse, l'adolescente est admirée partout où elle passe. Elle est très souvent invitée à des festivités, auxquelles elle se rend toujours bien parée et richement vêtue. Des fiançailles sont même pressenties avec un homme, qui n'aboutiront pas, conséquence de la maladresse de Pauline.

La Lyonnaise Pauline Jaricot sera béatifiée le 22 mai 2022. (Photo : DR)

Homélie sur la vanité

Issue d'une famille de soyeux, ses impairs et sa difficulté à être manuel semblent être un problème. Un manque de savoir-faire sûrement lié à sa myopie qui sera découverte plus tard. Les ennuis commencent pour Pauline. À la suite d'une chute d'un tabouret, elle se blesse et tombe malade, en même temps que sa mère, Jeanne Jaricot. Toutes deux s'isolent dans une propriété familiale à Tassin pour tenter de guérir. Finalement, sa mère meurt alors que Pauline est à peine âgée de 16 ans. Ses derniers mots, "Merci, Seigneur, Pauline sera toute à vous", ont encore une consonance particulière, ce dimanche 22 mai, en ce jour de béatification.


Pauline Jaricot, créatrice du Rosaire Vivant 


Difficilement guérie, Pauline Jaricot se précipite une nouvelle fois dans les mondanités, toujours languie par ses antécédents médicaux. C'est finalement lors d'une homélie sur la vanité prêchée dans la paroisse de Saint-Nizier que la vie de Pauline change complètement. Cette dernière, vêtue de ses plus belles parures et vêtements, se sent immédiatement visée et se dépêche d'aller se confesser. Elle quitte ses robes pour des tenues d'ouvrières, abandonne ses bijoux et fait vœux de chasteté de corps et d'esprit. Cependant, elle en est sûre, elle restera laïque".

Rosaire Vivant

Une véritable "conversion" qui va définitivement la faire entrer dans la foi. Elle dit même entendre une voix au pied de la croix de l'Église Saint-Nizier, église dans laquelle son corps est désormais conservé. Pauline Jaricot s'engage dans plusieurs actions charitables. Travail de sensibilisation et d'engagement, elle est d'abord reconnue pour sa récolte du "sou hebdomadaire", au profit des missionnaires de l'église. Une initiative qu'elle va organiser en créant des "dizaines", avec à leur tête une "dizainière" qui s'occupe de rassembler les dix sous par semaines. Elles sont ensuite constituées en centaines puis en mille.

Plusieurs missions plus tard, notamment liée à la propagation de la foi, Pauline Jaricot se refait connaître pour une invention qui la suivra jusqu'à la fin de sa vie et bien plus : la création du Rosaire Vivant, elle, convaincue de l'importance de cette prière à la vierge. Elle souhaite faire revivre le Rosaire, création du XVe siècle, grâce à la méditation et la contemplation. Le rendre accessible à tous "les chrétiens à gros grains", évoque l'Église catholique de Lyon.

Élargir la prière

En d'autres termes, Pauline Jaricot souhaite changer la prière réservée aux clercs pour la transmettre au monde laïque. Elle souhaiterait alors "que des gens qui ne savent pas ce que c'est que de méditer, voulussent consentir à se représenter pendant l'espace du temps nécessaire pour dire : un Pater, dix Ave, et un Gloria Patri, un des mystères du divin rédempteur et de sa très sainte Mère...". 


Pauline Jaricot souhaite "que des gens qui ne savent pas ce que c'est que de méditer, voulussent consentir à se représenter pendant l'espace du temps nécessaire pour dire : un Pater, dix Ave, et un Gloria Patri, un des mystères du divin rédempteur et de sa très sainte Mère..."


Le monde catholique laïque va alors s'emparer de ce Rosaire Vivant. Les chrétiens vont alors s'associer pour réciter une dizaine de chapelets chaque jour. Grâce à une organisation méticuleuse, également possible grâce aux clergés et évêques, les Rosaires sont récités et médités partout en Europe grâce à cette "propagation de la foi".

Mgr de Germay, l'archevêque de Lyon, sur les toits de l'église Saint-Nizier à Lyon (1er arr.) où est enterrée Pauline Jaricot (Photo by JEFF PACHOUD / AFP)

Un miracle puis... "Bienheureuse" Pauline Jaricot

Parmi les conditions pour être reconnu "bienheureux" dans l'Église catholique, la reconnaissance d'un "miracle". "Nous préférons parler de "signe" plutôt que de miracle. Ce n'est pas de l'ordre de la preuve absolue. Il y a tout ce qu'il faut pour celui qui veut croire, et tout ce qu'il faut pour celui qui n'y croit pas. La liberté de chacun doit être respectée", insiste Mgr de Germay à Lyon Capitale.

Le miracle en question ? C'est l'histoire de la guérison de la petite Mayline Tran. Elle, ainsi que sa famille, étaient présents à l’église Saint-Polycarpe (Lyon 1), ce mercredi 4 mai afin de la partager. Deuxième enfant d'un couple de restaurateurs, la petite fille alors âgée de 3 ans s'est étouffée en ingérant une saucisse alors que ses parents étaient en plein déménagement entre le Beaujolais et la région niçoise en 2012.

La béatification de Pauline Jaricot, c'est dimanche 22 mai à 15 heures, à Eurexpo Lyon.

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Pour aller plus loin sur ce sujet, le témoignage d'une descendante de la famille de Pauline Jaricot :

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