Les professionnels de la justice étaient réunis a tribunal judiciaire de Lyon.

Lyon : magistrats, avocats et greffiers dénoncent le "délabrement de la justice"

Mardi 22 novembre, les professionnels du droit étaient rassemblés au Tribunal judiciaire de Lyon pour dénoncer "l'état de délabrement de la justice".

Il est rare de voir ces femmes et ces hommes en robes, prendre la parole pour parler d'eux. Plus que de leur situation personnelle, il était question de l'état de la justice ce mardi 22 novembre dans la salle C du Tribunal judiciaire de Lyon. L'ambiance était grave. Dans les discours, de la colère, un peu, "de la tristesse", beaucoup.

Un an après la tribune parue dans le journal Le Monde, baptisée, "Nous ne voulons plus d'une justice qui n'écoute pas et qui chronomètre tout", magistrats, avocats et greffiers se sont réunis pour "faire le bilan". Résultat : "pas un ligne à enlever", assène Véronique Drahi du syndicat de la magistrature. Un à un, les représentants du tribunal pour enfant, du parquet, du juge des libertés ou des affaires familiales, ont pris la parole pour dépeindre leur quotidien.


"Nous sommes usés de participer à un système qui nous malmène et qui malmène ses justiciables."


Un quotidien fait de "journées à rallonge, d'incidents ou de violences dans les salles d'attente ou les cabinets". Tous dénoncent des "effectifs contraints" et le recrutement de contractuels non formés quand il faudrait des postes pérennes. Des outils informatiques "inadaptés voire obsolètes", les difficultés des greffiers pour obtenir le paiement de leurs heures supplémentaires. Ces problématiques remettent en question le dévouement de ceux qui font fonctionner la justice : "Nous sommes usés de participer à un système qui nous malmène et qui malmène ses justiciables, a déploré un juge aux affaires familiales. Et d'ajouter : mais nous voulons encore croire à une justice de qualité."

"Des audiences d'abattage"

Mardi 18 octobre, une magistrate était victime d'une crise cardiaque en pleine audience au tribunal correctionnel de Nanterre, un drame dont les syndicats n'avaient pas souhaité profiter pour mettre en avant leurs revendications, mais qui intervenait déjà dans un contexte de manque de moyens. Ce 22 novembre, des magistrats de la chambre civile ont rappelé qu'une de leurs collègues est en arrêt maladie depuis un an à cause d'une trop grande souffrance au travail. Magistrate qui n'a d'ailleurs été remplacée que de façon "ponctuelle".

"On vous voit derrière vos robes, derrières vos pupitres, derrière vos estrades, c'est émouvant de vous entendre parler de vous, et je salue votre courage de prendre la parole dans une institution qui n'en n'a pas l'habitude", a ajouté Thomas Fourrey, du syndicat des avocats de France. Lui a souhaité mettre en avant "l'état de délabrement" de la justice, une situation qui change la nature même du métier d'avocat : "aujourd'hui, notre rôle est d'expliquer les dysfonctionnements de la justice à nos clients", ajoute-t-il.

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24 mois en moyenne pour obtenir un jugement à la cour d'appel, 27 mois pour la chambre commerciale, presque 10 mois pour les affaires liées au mineurs, et autant pour les divorces. Les délais "continuent de s'allonger", déplorent les magistrats qui vont jusqu'à évoquer "des audiences d'abattage".

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