Pascal Fauret et Bruno Odos, le pilote et le copilote. @GERARD JULIEN / AFP

Lyon : les pilotes lyonnais et isérois acquittés dans l'affaire "Air Cocaïne", leur avocat se confie dans Lyon Capitale

Bruno Odos et Pascal Fauret, les deux pilotes qui étaient soupçonnés de trafic de drogue transatlantique en bande organisée dans l’affaire dite "Air Cocaïne", ont été blanchis, ce jeudi 8 juillet, par la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône. Pour l'Isérois et le Lyonnais, c'est la fin d'un parcours judiciaire qui aura duré près de huit ans, de la République dominicaine à la France. Leur avocat, Me Vey, un ténor du barreau de Paris, s'est confié à Lyon Capitale au lendemain de la décision de la cour. 

Cela faisait huit ans que Bruno Odos et Pascal Fauret clamaient leur innocence dans l’Affaire dite "Air Cocaïne". Ce jeudi 8 juillet, lors de leur procès en appel, les deux pilotes, originaires de Lyon et de l’Isère, ont finalement été entendus par la justice. Au terme d’un délibéré qui aura duré près de 12 heures, les sept juges professionnels mobilisés par la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône ont acquitté les deux hommes. 

Pour mémoire, leur cauchemar avait commencé un soir de mars 2013 sur l’aéroport de Punta Cana, en République dominicaine, alors que 26 valises contenant près de 700 kilos de cocaïne venaient d’être embarquées dans le Falcon 50 qu’ils devaient piloter. 

Un parcours juridique de huit ans

S’en étaient suivis quinze mois d’incarcération en République dominicaine et une évasion rocambolesque, orchestrée par des membres de leur comité de soutien. À leur retour en France, Bruno Odos et Pascal Fauret avaient été placés en détention provisoire durant cinq mois et demi, avant de purger à nouveau un mois et demi de détention après le premier verdict qui les avait condamnés à six ans de prison, en 2019. 

Au lendemain de leur acquittement par la cour d’assises, leur avocat Me Vey est revenu pour Lyon Capitale sur cette victoire judiciaire.

Lyon Capitale : C’est la fin d’une très longue procédure judiciaire pour vos clients ? Comment la décision de la Cour a-t-elle été accueillie ? 

Me. Vey : Il y a forcément du soulagement, mais c’est plus que ça. Pour la première fois depuis huit ans [en incluant les juridictions dominicaines et françaises, NDLR] leur vérité a été reconnue par la justice. À savoir, qu’ils ont été piégés par un réseau et que jamais ils n’ont participé à un trafic de stupéfiants d’aucune nature. Ils étaient un peu sonnés, parce qu’au bout d’un moment vous finissez par ne plus y croire. Je pense qu’ils vont encore prendre du temps pour intégrer que la justice leur a finalement donné raison et en apprécier les conséquences sur leur vie. Toutes les brimades dont ils ont été victimes ne s’effaceront pas, on ne peut revenir en arrière malheureusement.

L'avocat Antoine Vey @FRANCOIS GUILLOT / AFP

Compte tenu du fait que l’avocat général avait de nouveau requis des peines de six ans de prison à leur encontre, comme en première instance, est-ce que la surprise était d’autant plus grande ?

Ce n’était pas une surprise. Nous avons toujours soutenu la même ligne, et elle était conforme au dossier. Pendant sept semaines d’audience, la Cour a décortiqué les pièces d’un dossier très volumineux et très technique, qui avait été instruit de manière parcellaire et orienté. Nous avons essayé de faire valoir, petit à petit, nos arguments et notre inquiétude était évidemment que la cour d’assises ne comprenne pas toutes nos explications, notamment sur des aspects aéronautiques. Lors du premier jugement, on voyait qu’il y avait des pièces qui n’avaient pas été bien lues, des points qui n’avaient pas été bien compris par les magistrats. 

Bien qu’une décision très dure ait été prise pour d’autres accusés et que ce point demeure une ombre noire dans cette décision, nous concernant, pour les pilotes, nous avons été satisfaits de voir que l’institution judiciaire peut encore acquitter des innocents. Même après huit années de combat judiciaire et tant de décisions contraires. Il fallait avoir de l’écoute et du courage pour prendre cette décision pour les pilotes.

La justice reprochait à vos clients le fait qu’ils "avaient le droit, voire le devoir de se poser des questions". À aucun moment cela n’a été le cas ? 

C’est plutôt ce que la presse dit que la justice dit… On ne peut pas résumer un dossier aussi complexe en deux questions. La question n’a jamais émergé aussi simplement que de savoir s’ils devaient se douter "de". La vérité judiciaire, qui a été établie hier, c’est que sur plusieurs mois, les pilotes ont été utilisés, on leur a caché des éléments, on les a trompés délibérément, et à mon sens, la cour a compris qu’ils avaient été victimes d’un réseau et de personnes très habiles pour les manipuler.


"Un dossier est un objet vivant, les témoignages et les mentalités évoluent avec le temps, cela permet plus de recul. C’est ce qui se produit parfois en appel. Pour ces deux personnes-là, la justice a été rendue."
Me Vey, l'avocat des deux pilotes


Concrètement, qu’est-ce qui a changé lors de cet appel par rapport au premier procès de 2019 ? 

À mon sens, il y a eu une plus grande écoute judiciaire [moins d’accusés comparaissaient lors de cet appel, NDLR]. Les juges ont été plus soucieux de comprendre les pièces et il y a eu moins de jugements tout faits. C’est aussi le rôle de l’appel de pouvoir offrir un regard plus pointu. Et puis il y a peut-être eu une meilleure explication de notre part, parce qu’on est allé au bout de certaines choses et notamment du rôle et des éléments qui démontrent que les pilotes n’avaient aucun moyen de comprendre le schéma dans lequel ils ont été piégés. 

Un dossier est un objet vivant, les témoignages et les mentalités évoluent avec le temps, cela permet plus de recul. C’est ce qui se produit parfois en appel. Pour ces deux personnes-là, la justice a été rendue.


"Leurs vies ont été détruites. [...] nous allons nous donner du temps pour analyser comment juridiquement nous pouvons agir [...] pour tenter de réparer ce préjudice." Me Vey, l'avocat des deux pilotes


Est-ce qu’aujourd’hui vos clients vont demander réparation pour les préjudices subis au fil de ces huit ans de combat judiciaire ? 

Ce sera un nouveau combat judiciaire, celui de la réhabilitation, parce que personne ne doit continuer à alimenter le doute qui leur a collé à la peau pendant toutes ces années. Leurs vies ont été détruites et rien ne dit qu’elles pourront être réparées. La République dominicaine en est aussi très largement responsable et nous allons nous donner du temps pour analyser comment juridiquement nous pouvons agir, si cela est possible, pour tenter de réparer ce préjudice qui est immense pour eux.

C’est donc un nouveau combat qui débute ? 

C’est le combat de toutes les personnes qui ont été accusées à tort et qui se retrouvent blanchies. Après, ils [Pascal Fauret et Bruno Odos, NDLR] ont autre chose à faire de leurs vies et nous serons toujours là pour les épauler, car c’est un immense honneur de pouvoir les défendre. 

Pour l’instant, notre état d’esprit c’est de leur permettre de réapprendre la vie, et la liberté. Car quand vous en êtes privé, vous survivez plutôt que vous ne vivez. Donc ils vont apprendre à revivre. C’est un processus très compliqué et cela prendra du temps, et les cicatrices, elles, ne s’effaceront jamais.

Est-ce qu’il pourrait y avoir un pourvoi en cassation contre la décision prise par la cour ? 

Il y aura probablement des pourvois en cassation par les personnes qui ont été condamnées. Mais l’acquittement des deux pilotes est selon moi définitif.

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