Jarret au morgon et tarte sablée aux figues et au confit de pêche de vignes – Sémantème, Lyon 6e © Tim Douet (montage LC)

Lyon Eats, la livraison 100 % lyonnaise qui ne prend pas de commission

Deux jeunes Lyonnais viennent de lancer une solution de livraison pour les restaurants où tout le monde est gagnant : le cuisinier, le livreur et le client. Plus d'argent pour les deux premiers, moins cher pour le troisième.

À Lyon, on n'a pas de gaz de schiste (enfin si, sauf qu'il est interdit de l'exploiter), mais on a de sacrées bonnes idées.

Khalis Hadjeres, 27 ans, et Pierre-Jean Anthoine, 25 ans, viennent de lancer Lyon Eats, clin d'oeil assumé au service de livraison californien qui, à l'instar de Deliveroo ou de Just Eat, se délecte de la fermeture des restaurants.

Khalis Hadjeres connaît bien le sujet étant lui-même patron du restaurant Toda (Lyon 6e). Ouvert en février 2019, ce repaire à pitas, lafas, falafels et shawarma a dû fermer ses portes le 17 mars pour le premier confinement, à l'instar des 1 800 restaurants de Lyon intra-muros.


"Je payais entre 500€ et 700€ de commissions par semaine à Uber Eats" Khalis Hadjeres, gérant du restaurant Toda


Toda

Le jeune patron prend le virage de la livraison et du click & collect. Les livraisons lui permettent de payer une partie de ses charges fixes. Comme beaucoup (pour ne pas dire tout le monde), il passe par les grandes plateformes anglo-saxonnes du marché. "Je payais entre 500€ et 700€ de commissions par semaine à Uber Eats. En gros, je leur reversais toutes les aides que je demandais à l'État, et plus encore. Quand, en France, on disait "soutenez les restaurateurs, faites-vous livrer", on soutenait en réalité Uber Eats. On marchait véritablement sur la tête."

Les traditionnelles plateformes anglo-saxonnes facturent en effet aux restaurants des frais de commission très élevés sur chaque commande – "à chaque fois qu’une commande est passée via notre site, nous prenons 30 % de l’addition", admettait Stéphane Ficaja, directeur général France d’Uber Eats, à Capital le 4 janvier 2019. Autant d'argent en moins pour le restaurateur.

Garder le contrôle de sa marge

Diplômé d'un master en management et stratégie des organisations de l'Idrac, Khalis Hadjeres développe alors une solution en interne pour son restaurant sous la forme d'un module de commande en ligne, intégré à son site et sa page Facebook, qui permet de rediriger ses clients affamés directement vers son restaurant.

Résultat, il ne paie plus de commissions aux plateformes qui sucre ses marges, et dont désormais il garde le contrôle.

Il perd ainsi moins sur le prix de son plat ou de son menu, redevient un peu plus indépendant, et les livreurs avec qui il travaille – Stuart du groupe La Poste – sont "mieux payés et moins précarisés". "Notre ambition est de contribuer à l'évolution de leurs conditions de travail.  Nous avons choisi Stuart car c'est le seul acteur qui répond à certaines de nos valeurs et notre standard de qualité." Lyon Eats a le projet de développer, en parallèle, son propre service de livraisons.

Cerise sur la gâteau, les clients font des économies et paient moins cher leur repas.

Rapprocher la relation restaurant/client

"Au fur et à mesure que ça continuait dans la même dynamique (confinement, couvre-feu), j'ai commencé à partager l'appli autour  de moi et je me suis finalement dit que ça pouvait intéresser tout les restaurateurs." Pierre-Jean Anthoine, rencontré sur les bancs de l'Idrac, diplôme d'ingénierie d'affaires en poche, le rejoint pour développer l'outil, que nous avons eu l'occasion de voir en démo : simple, très intuitif et entièrement personnalisable. "C'est un outil conçu par des restaurateurs, pour des restaurateurs. C'est du sur-mesure et du prêt-à-porter." explique Pierre-Jean Anthoine. "Lyon Eats est un système qui propose une multitude d'outils pour les adhérents, un tableau de bord afin de suivre de près et en direct  leur activité, une application de dispatch pour leurs livraisons, des fiches clients pour développer une stratégie efficace. Avec une gestion de la base clients (inexistante avec les plateformes de livraison), on rapproche les restaurateurs de leurs clients, c'est essentiel." soutiennent les deux Lyonnais.

Bientôt une plateforme chartée

Pour le moment, Lyon Eats est une appli destinée aux restaurateurs – parmi les références populaires, le restaurant Sémantème et Monsieur Terroir (Café Terroir + Monsieur P) sont déjà passés sous pavillon 100 % lyonnais - en cours Toccata Cafè, Jojo, Le Filanthrope, La Gamelle, etc.

D'ici quelques semaines, le site de la plateforme sera mis en ligne avec une sélection de restaurants par type et par quartiers triés sur le volet, en fonction de critères de qualité (service, produits frais,...).

Nous avons testé un repas (1 assiette shawarma, 1 pita falafel et 1 tiramisu) chez Toda (166 rue Cuvier, 6e) via Lyon Eats et via Uber Eats, à faire livrer chez Lyon Capitale (51, avenue Foch, 6e), soit 1,4 km.

Lyon Eats Uber Eats
Montant commande / Prix payé par le client 27,00 € 28,16 €
Commission 0,00 € 8,45€ HT soit 10,14€ TTC
Encaissement restaurant 19,50€ TTC 18,02€ TTC
Encaissement livreur 4,50€ TTC

(+ 3€ pour Stuart)

3,00 €
Encaissement plateforme Abonnement mensuel 39€ ou 89€ 7,14€ TTC

Jusqu'à la fin du mois, la mise en service de l'appli Lyon Eats pour le restaurateur est à 1€ (189€ après) – sachant que la Région aide au financement, jusqu'à 1 500 euros, des dispositifs de e-commerce et de présence en ligne.
Des formules d'abonnement mensuelles (0€, 39€ et 89€) sont proposées selon les fonctionnalités demandées.

Alors qu'il ne se passe pas une semaine sans qu'un acteur de la livraison annonce une nouveauté,  Lyon Eats propose un nouveau souffle au secteur.

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