Opéra de Lyon (©Franchelle Stofleth-Aderly)

Lyon : des artistes menacent l’Opéra de Lyon pour réintégrer Yorgos Loukos

Des artistes et chorégraphes menacent de retirer leurs œuvres du répertoire du Ballet de l’Opéra national de Lyon si Yorgos Loukos, l'ancien directeur du ballet de l'Opéra de Lyon, écarté pour avoir discriminé une danseuse de retour de congé maternité en 2014, n’est pas réintégré.

Dans une tribune publiée dans le journal Libération ce jour, une centaine de personnalités, de Jean-Pierre Brossman (ancien directeur de l'Opéra de Lyon) à Ariane Mnouchkine en passant par Isabelle Huppert ou encore Mathilde Monnier, critique la procédure qui a conduit au licenciement de Yorgos Loukos, l'ancien directeur du ballet de l'Opéra de Lyon.

Contrairement à ce qu’il nous est souvent dit, on a, en démocratie, tout à fait le droit de critiquer une décision de justice, du moment que l’on ne tente pas de jeter le discrédit sur celle-ci et que l’on prend la peine de mettre en lumière les défauts, les déviances, le manque de vérité ou de transparence des enquêtes internes ou policières qui ont finalement abouti à la décision contestable de juges mal informés”, estiment d’emblée les signataires visiblement mieux informés que l’institution judiciaire donc, qui s’est exprimée par deux fois en 2017 et 2019.

“Tu peux rester à Lyon pour faire ta gym et t'occuper de ton truc”

Yorgos Loukos a été condamné en appel en décembre 2019 à 1 500 euros d'amende et 5 000 euros de dommages et intérêts pour avoir discriminé en 2014 une danseuse, Karline Marion, de retour de grossesse. Elle devait alors enchaîner un sixième CDD – synonyme de requalification de son contrat en CDI – quand elle reçoit une lettre de non-renouvellement de son contrat. Yorgos Loukos, le directeur du ballet, motive officiellement ce choix par la “faiblesse physique et stylistique” et le “style trop classique” de la danseuse, pourtant passée par le ballet de Béjart. L'artiste décide alors d'enregistrer sa conversation quelques jours plus tard avec Yorgos Loukos, qui déclare : “Je pense que si entre 29 et 34 ans, tu as fait pas mal, mais pas beaucoup, ce n’est pas entre 35 et 40 que tu vas faire plus, en plus avec un enfant.” Lors d'un autre enregistrement, le directeur du ballet lui dit “Tu peux rester à Lyon pour faire ta gym et t'occuper de ton truc”, en parlant de son enfant.

“Des paroles maladroites et donc regrettables”

Les signataires de la tribune estiment eux qu'“il est de la responsabilité du directeur de la compagnie d’engager des danseurs et danseuses qui, par leur talent et leur sérieux au travail, soient aptes à être choisis par les chorégraphes prestigieux” et rappellent que “huit danseuses sur seize sont actuellement mères d’un ou plusieurs enfants” et que “plusieurs d’entre elles se sont vu attribuer un CDI après la naissance de leur premier enfant”. Quant aux propos de Yorgos Loukos parlant de “truc” pour évoquer l'enfant de la danseuse les signataires estiment qu'il s'agit “de paroles maladroites et donc regrettables” tout en fustigeant “le stratagème mis en place pour les obtenir” (un enregistrement).

“Une enquête manquant de sérieux”

Début février le conseil d'administration de l'Opéra de Lyon, réuni en session extraordinaire, a adopté à l’unanimité le licenciement de Yorgos Loukos, le directeur du ballet de l’Opéra de Lyon. Là encore les signataires critiquent un choix fait sur la base “d'une enquête interne manquant sérieusement de transparence et de cohérence”.  Puis d'ajouter : “La décision d’une cour d’appel est, peut-être, irrévocable. Mais celle d’un conseil d’administration ne l’est pas. (…) Et si, comme nous le pensons, la majorité des danseurs du Ballet vote en sa faveur (d’une réintégration, NdlR), Yorgos Loukos doit pouvoir achever sa mission à la tête de cette troupe”. En cas contraire, il les chorégraphes présents dans cette tribune menacent de retirer leurs œuvres du répertoire du Ballet de l’Opéra national de Lyon. “Cela se ferait la mort dans l’âme. Mais ce serait sans doute inéluctable”, concluent-ils.

Le 13 février, Julie Guibert a été nommée directrice du ballet de l'Opéra de Lyon après le licenciement de Yorgos Loukos.

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2 commentaires
  1. Marc LOGIER - 19 février 2020

    Il est normal que les femmes qui s'estiment lésées harcelées puissent se défendre. Mais certaines abusent aussi. On ne donne pas cher de la peau de cette danseuse procédurière qui n'a pas accepté une rupture de fin de contrat. De toute façon dans la culture en ce moment mieux vaut être une femme t'as toutes les chances d'être considérées nommée, la preuve le nouveau directeur du Ballet de lyon après cet épisode grotesque est une... femme. Pas très malin d'en rajouter des louches pour faire croire à la vraie parité ça en devient lourdingue.

    1. Nicolas Bertrand - 19 février 2020

      Il est normal que les hommes qui s'estiment lésés harcelés puissent se défendre. Mais certains abusent aussi. On ne donne pas cher de la peau de ce directeur de ballet influent condamné pour discrimination, qui n'aurait pas accepté un départ négociée. De toute façon dans la culture en ce moment mieux vaut être un homme t'as toutes les chances d'être considérés nommé, la preuve le nouveau directeur des Subsistances après cet épisode grotesque est un... homme. Le nouveau directeur du TNP après cet épisode grotesque est un... homme. Le futur directeur de l'Opéra de Lyon est un... homme. Pas très malin d'en rajouter des louches pour promouvoir votre point de vue vraiment sexiste Monsieur Logier ça en devient lourdingue.

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