Linda Kebbab @ Astrid di Crollalanza
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Linda Kebbab, déléguée syndicale policière : "Twitter est très clairement l'orientation politique du gouvernement”

Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police – Force Ouvrière, est née à Vaulx-en-Velin en 1981, neuf ans avant les émeutes du même nom. Si elle a su lire ces événements a posteriori, ceux-ci ont parlé de l’adulte qu’elle est devenue. Policière, pour "être d’utilité publique", invitée régulière des médias, Linda Kebbab bouscule la bien-pensance au point d’avoir été la personne "la plus bashée d’Internet" pendant quelques semaines. Après avoir rangé les "condés", comme on disait à l’époque, "dans le tiroir des rustres et des brutes", Linda Kebbab, par ses origines algériennes, est devenue "l’Arabe de service" pour certains.

Êtes-vous une grande gueule ?

Pas du tout. Une grande gueule parle fort et beaucoup, et pas forcément avec pertinence. Je dirai plutôt que j’ai le verbe haut. En tant que syndicaliste, je peux avoir des mots très durs car ils sont le reflet de la situation que nous vivons, policiers, sur le terrain.

Quelle a été votre dernière colère ?

Le débat sur l’article 24 de la loi dite "sécurité globale" qui prévoit de restreindre la possibilité de diffuser des images portant atteinte à un policier. Aujourd’hui, la liberté de l’information prime sur le droit au respect de l’image ou de la vie privée des policiers. Ok, mais alors il faut trouver le moyen de concilier cette liberté et ce droit. Or, aujourd’hui, le second est piétiné par la première. Le visage des policiers ne vaut rien, c’est un paillasson sur lequel les préjugés et la haine s’essuient les pieds. On a laissé croire à l’opinion publique, et aussi à beaucoup de journalistes qui n’ont pas pris le temps de lire l’article 24, qu’on allait toucher à la liberté de filmer et d’informer alors qu’il s’agissait juste de lutter contre le cop watching. L’esprit de l’article 24 a été dézingué par des personnes malhonnêtes qui ont fait des calculs politiques et idéologiques en jouant de la maladresse, de la méconnaissance et de l’amateurisme politique actuel.

Est-ce à dire que le pouvoir plie face à l’opinion publique ?

Totalement. Il y a une frilosité du nouveau monde politique qui est très à l’écoute de ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Or, sur ces derniers, ce sont les plus militants, les plus acharnés, les plus expressifs qui s’expriment alors que la majorité silencieuse est beaucoup moins entendue parce qu’elle ne s’exprime pas. Nous, policiers, l’avons vu notamment avec Christophe Castaner qui était très sensible à ce qui se disait sur Twitter. Aujourd’hui, Twitter est très clairement l’orientation politique du ministère de l’Intérieur, et du gouvernement plus généralement.

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