Le débat sur les nanotechnologies n'aura pas lieu

Des cris, des sifflets, les deux tiers de la salle debout déployant des banderoles, tout le monde s'y attendait. Jeudi soir, le débat public organisé à l'ENS de Lyon par la Commission Nationale pour le Débat Public (CNDP), pour répondre aux questions des citoyens sur les nanotechnologies, a tourné court.

Le 15 octobre a lancé une tournée des grandes villes françaises pour la CNDP afin d'organiser un débat public (tel que souhaité dans la loi du 27 février 2002) sur la question des nanotechnologies, les technologies de l'infiniment petit. Mais, dernièrement, un groupe d'opposants de Grenoble, PMO (Piece et Main d'Oeuvre) empêche systématiquement la tenue d'un débat. "Participer, c'est déjà accepter", expliquent-ils. Même scénario hier soir à Lyon, où il devait être débattu des impacts de ces technologies pour la santé.

"Débat bidon, démocratie en toc" ?
Au milieu des cris, des huées de ses collègues, Charlotte, opposante au "nanomonde", explique : "Les nanotechnologies, c'est le mariage du vivant et de l'inerte c'est l'arrivée d'un monde de cyborgs. Et ça nous est imposé. Il aurait été moral d'avoir ce débat avant de lancer une batterie d'investissements et de créer Minatec, le premier pôle mondial de recherche dans ce domaine à Grenoble. Pour nous, le débat, il est pipé." Forcé à hurler dans le micro, Jean Bergougnoux, président de la commission pour ce débat public, annonce les chiffres (plus de 84 000 visites sur le site Internet, plus de 300 questions posées, etc.). Avant de se retirer sous les confettis et boulettes de papier, il regrette : "être dans le débat ou ne pas y être, c'est la vraie question. Parce que là, vous n'y êtes pas." Dans la salle, les plus âgés, venus s'informer, s'insurgent : "Ce sont des voyous, des petits cons, des fascistes, ils n'ont aucun respect".

A débat impossible, quelle solution ?
Alors comment faire pour mettre ce choix de société sur la table ? Le débat semble effectivement impossible, un dialogue de sourds, où les uns refusent tout débat et les autres, ribambelle d'experts, l'annihilent, en présentant les choses sous influence des décisions déjà prises par l'Etat français et le reste du monde. "Sans nanotechnologies, il n'y aura plus de technologie”, affirme un des invités. Comment réglementer ces nanotechs qui sont déjà partout ? FNE, la FRAPNA et Europe Ecologie proposent un moratoire sur les nano-produits et l'arrêt des investissements massifs de l'Etat dans ce qui est considéré comme une nouvelle révolution industrielle. Hier, ils n'ont pu que distribuer des tracts, faute de pouvoir s'exprimer.

Un visio-débat aux relents de frustrations
Au final, l'impossibilité de débattre en a déçu plus d'un : "Je suis venu avec des questions et je repars un peu frustré. Je suis contre le nano-monde mais j'aurai voulu pouvoir les piéger avec une question bien affûtée, bien préparée et pouvoir contrer leurs arguments." explique un homme de la quarantaine. La solution de repli, c'est le visio-débat. La conférence reprend donc après la tempête avec une salle quasi-vide et déjà conquise, et un groupe d'intervenants bunkerisé dans un autre secteur de Lyon, interagissant par écran interposé. Peu convaincant pour un débat qui n'en est plus vraiment un.

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