En mars 2026, LFI a arraché, de justesse, les mairies de Vaulx-en-Velin et Vénissieux. Abdelkader Lahmar et Idir Boumertit, deux fils de ces quartiers, héritent de villes à bout de souffle. Portrait croisé dans un Est lyonnais qui vient de basculer.
Sur le marché du Mas du Taureau, un samedi matin, les gens l’appellent par son surnom, “Kader”. “C’est un des nôtres”, dit une femme. “Il connaît les gens d’ici”, assure une autre.“C’est la famille”, se réjouit un vendeur de fruits. Abdelkader Lahmar a grandi dans ce quartier, y a enseigné trente ans, y a ses souvenirs. Sa victoire, certains la lisent comme un vote communautaire des quartiers qui plébiscitent quelqu’un qui leur ressemble. Lui s’en défend avec une phrase tranchante prononcée au Nouvel Obs : “Que des Arabes votent pour des Arabes, des Noirs pour des Noirs, ce n’est pas ma conception de la République.” La formule claque. Elle est aussi préventive. Interrogé là-dessus par Lyon Capitale, le maire de Vaulx-en-Velin développe : “C’est une réponse à tous ceux qui veulent nous voler cette victoire. Comme si les électeurs des villes populaires n’étaient pas lucides, capables de se saisir d’un programme.” Et il sort son argument géographique : député de la 7e circonscription du Rhône qui englobe notamment Sathonay-Village commune résidentielle sans grands ensembles, il fait de bons scores : “Le schéma communautaire s’effondre de lui-même.”
Car la question existe, et pas seulement dans les cercles qu’il appelle la “fachosphère”. Des élus de gauche, des chercheurs, certains habitants la posent autrement : ces victoires ne doivent-elles pas quelque chose à une mobilisation très spécifique géographiquement et sociologiquement circonscrite, plutôt qu’à une adhésion large à un projet politique ? Les données publiées après le scrutin par la fondation Jean-Jaurès ne contredisent pas l’intuition : dans les communes où LFI fait ses meilleurs scores (Saint-Denis, La Courneuve, Vaulx-en-Velin, Vénissieux), le taux de logements sociaux dépasse systématiquement 40 % (46 % à Vaulx-en-Velin, 49 % à Vénissieux) et la proportion de population immigrée est deux à trois fois supérieure à la moyenne nationale (23,4 % à Vaulx-en-Velin, 21,7 % à Vénissieux). Ce n’est pas un procès d’intention. C’est une mécanique électorale que les responsables du mouvement théorisent eux-mêmes.
Deux mois plus tôt, Abdelkader Lahmar a été élu maire de Vaulx-en-Velin. Cent quatre voix d’avance sur Hélène Geoffroy, socialiste au pouvoir depuis 2014. Le même soir, à quelques kilomètres au sud, Idir Boumertit (LFI) prenait la mairie de Vénissieux, avec vingt-cinq voix sur la communiste Michèle Picard. Deux victoires à l’arraché, deux séismes politiques et une même question qui court dans les rédactions et les dîners politiques lyonnais : que vient-il de se passer exactement ?
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La bascule LFI de Vaulx-en-Velin et Vénissieux