Farid, menacé d'expulsion : "ce n'est pas un retour au pays, c'est un départ"

Son retour en charter est prévu ce dimanche. Les dés sont-ils jetés ? Retour sur un parcours qui franchit ces jours-ci une étape cruciale.

Orphelin de père, Farid a rejoint sa famille maternelle en France à l'âge de 26 ans. En avril 2000, il se présente à la douane avec un visa de touriste en poche et un métier de maçon-carreleur dans les mains. Il se met tout de suite au travail, 'par le bouche à oreille'. Farid développe un réseau de connaissances dans le bâtiment et 'c'est pas le boulot qui manque' plaisante-t-il. Petit à petit, il creuse son trou. 'Ici, j'ai ma femme, un appartement en location et des promesses d'embauche. Je ne suis pas riche mais j'ai des repères. Ma vie a commencé en France'.

Catégorique, Farid n'a pas de mots assez durs pour qualifier son pays natal. L'Algérie est 'corrompu par les islamistes'. Véhément, il se veut réfugié politique plus qu'économique, 'le peuple ne sait pas ce qu'il veut. La démocratie n'est pas évoluée' juge-t-il. Farid a tenté par deux fois d'obtenir des papiers français, en vain. Avant d'être arrêté, il attendait avec impatience que les dix années requises pour sa naturalisation soient révolues.

Un simple contrôle routier un jeudi matin place Farid Saidani dans une impasse. Le 19 mars dernier, il se rend au travail, installé sur le siège passager de la voiture d'un collègue quand il doit admettre aux policiers qu'il n'a pas de papiers d'identité à présenter. Les étapes administratives se suivent, commissariat, rétention, confirmation de la légalité de la procédure par un juge, sans qu'il ait 'le temps de se défendre'.

'Je suis pendu à leur signature'

Farid est retenu depuis vingt-neuf jours au centre de rétention administrative de Lyon St-Exupéry. Le bâtiment est composé de trois blocs et deux cours où il côtoie 'des gens du Maghreb, de l'Afrique Noire, d'Albanie et du Kosovo'. D'après lui, 'il y a des clans mais c'est tranquille. Les locaux sont propres et la nourriture correcte'. Farid compte les jours, 'pendu à la signature' de l'administration. La loi prévoit une durée de rétention maximum de trente deux jours. Lundi, il sera libérable. Seulement, le retour par avion est prévu ce dimanche. 'Ce n'est pas un retour pour moi c'est un départ' précise-t-il.

'Son seul espoir' d'après l'avocat spécialisé en droit des étrangers que nous avons contacté 'est de crier, de se débattre, lors de l'embarquement. S'il importune les passagers qui ont payé leur billet et méritent le calme, le pilote pourra le refuser à bord'. Dans ce cas, Farid sera rapatrié en centre de rétention jusqu'à lundi, date de sa libération. Mais agir ainsi 'n'est pas dans ma nature' temporise Farid qui précise 'quoi qu'il se passe, je ferai tout pour devenir Français. Je pense revenir grâce au mariage et au regroupement familial'. La concubine de Farid est en effet Française naturalisée.

Mise à jour le 22 avril : Farid Saidani a été libéré dimanche ; le consulat d'Algérie n'a pas donné de laissez-passer. M. Saidani souhaite remercier toutes les personnes qu'il a rencontré, dont la préfecture et les lecteurs de Lyon Capitale.

Propos recueillis par Stéphanie Ména

Photo générique. Pour des raisons techniques, nous ne pouvons présenter un portrait de Farid Saidani.

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