Etienne Tête, ancien élu de Lyon
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Etienne Tête : "Parfois, les gens sont imperméables à la raison"

Ancienne figure des Verts à Lyon, Étienne Tête exerce désormais la profession d’avocat. Un métier qui s’inscrit dans la continuité de ses combats d’élu qui ont rythmé l’actualité lyonnaise. Il se confie sur le cheminement compliqué de l’écologie politique, sur Grégory Doucet, Bruno Bernard et certaines de ses batailles comme l’OL Land.





Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Étienne Tête : Je n’ai pas ce sentiment. À une certaine époque de ma vie, j’ai été dans les précurseurs de l’écologie politique en tant qu’élu. Les pionniers, comme René Dumont, étaient plus prophétiques. Je faisais partie de ceux qui disaient que si l’on voulait que les choses changent, il fallait que l’écologie soit politique et pas seulement prophétique ou philosophique. J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dire les choses pour qu’elles bougent. Je ne sais pas si ce pari était le bon, mais je ne vois pas quelle autre voie nous aurions pu emprunter. Je suis non violent donc je pense que les choses ne peuvent changer que par la voie démocratique.

Ce chemin de l’écologie politique a-t-il été bien abordé ?
Oui et non. La nature est ainsi faite, et l’écologie politique aussi, que certains sont venus à l’écologie politique pour faire carrière étant donné que ce mouvement n’existait pas avant les années 1980. Comme je le dis souvent, il ne faut pas mesurer la grandeur de Dieu à la grandeur des hommes. Il ne faut donc pas mesurer la grandeur de l’écologie à la bassesse de certains membres de notre mouvement. Certains sont venus chez nous faire un petit tour avant d’aller se vendre ailleurs. Ce sont souvent des professionnels de la politique. Ils ont fait Sciences Po avant d’échouer à l’Ena puis de devenir collaborateurs d’élus. Dans les partis, ils gravissent les échelons souvent face aux non-professionnels de la politique.









“On n’a pas le droit de tuer son voisin, mais on a le droit de polluer suffisamment pour qu’il y ait 150 000 morts par an à cause de la pollution atmosphérique”










L’écologie politique peine toujours à se faire entendre lors de l’élection suprême en

Etienne Tete © Antoine Merlet

France, comme l’a encore montré le faible score de Yannick Jadot à la présidentielle. L’heure n’est-elle pas à une révolution verte par la base, par les citoyens, les consommateurs ?
Ça n’a jamais marché. C’est un élément nécessaire puisque si les gens changent, ils votent différemment. Mais sans changement des institutions et des lois, ça ne suffira pas. Une bonne loi avec des citoyens rebelles qui ne l’appliquent pas ne marche pas non plus. Nous devons marcher sur deux pieds. Le prophète traverse la rivière et dit : “Venez à moi.” Le politique reste de l’autre côté de la rivière et dit : “Donnez-moi la main et traversons ensemble.” Les deux sont nécessaires. Une Greta Turnberg est utile, mais elle n’est qu’un levier pour faire bouger la société. Le monde ne va pas devenir bisounours du jour au lendemain. Je voyais récemment que les Chinois expérimentent des grossesses extra-utérines car leur grande inquiétude est d’être dépassés démographiquement par les Indiens. La croissance de la démographie est une fuite en avant. Ce système n’est pas durable.

Est-on forcément malthusianiste quand on est écolo ?
La question de la démographie a toujours été au centre de l’écologie politique. Nous la mettons peu en avant, car nous avons un problème de solutions à apporter. Certains pensaient que la transition démographique des pays pauvres serait une réponse, mais elle est tardive. Et puis la consommation d’un Français est déjà trop importante pour ce que peut supporter la terre. Nous pouvons nourrir 8 milliards d’habitants, mais à condition de ne plus consommer de viande et de ne plus cultiver de terres agricoles pour faire de l’alcool.

L’avenir de la planète passe donc forcément par des privations ?
Ceux qui disent le contraire ne veulent pas regarder les équations mathématiques. Quand quelqu’un tombe de la tour Eiffel, à chaque étage, il se dit : “Pour l’instant ça va.” Le problème c’est l’atterrissage. On commence à le voir au quotidien. Les températures ont été caniculaires cet été. Il y a eu des incendies partout en France. Il n’est plus possible de monter au Mont-Blanc, car il est devenu trop mollasson. Le problème survient désormais tous les ans. J’ai commencé la politique il y a presque quarante ans et nous redoutions ces scénarios. Mais je ne pensais pas que cela irait si vite. Dans nos projections, nous avions anticipé que plus rien ne tiendrait en 2050, mais des phénomènes vont plus vite que prévu en raison des effets cumulés du réchauffement climatique. Je fais souvent le parallèle avec la cigarette. Tout le monde sait qu’elle est dangereuse, mais presque une personne sur deux a déjà fumé. L’être humain par nature n’est pas raisonnable. Le message que nous faisons passer est celui de la raison mais, parfois, les gens sont imperméables à la raison. Nous sommes aussi dans un climat politique où des gens ont intérêt à ce que rien ne change. Les 500 personnes les plus riches ont augmenté leur fortune à la faveur des dernières crises. Les lois leur sont favorables. Emmanuel Macron l’a prouvé en supprimant l’ISF. Il est l’homme du capital. Depuis qu’il est élu, il n’a rien fait pour le climat.





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