Gratte-ciel, à Villeurbanne (©Antoine Merlet)

"Duplicité", "pressions", crise ouverte au PS à Villeurbanne après le retrait de la candidate socialiste

L'Insoumis Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon, sera le candidat de l'union de la gauche aux législatives à Villeurbanne. La candidate PS, Cristina Martineau, a fini par se retirer. L'ex-maire PS, Jean-Paul Bret, dénonce des "pressions". Décryptage.

Il y a le feu au sein du PS villeurbannais. Villeurbanne, 19e commune la plus peuplée de France, 150 000 habitants, terre socialiste depuis un siècle.

L'accord national pour les prochaines législatives (12 et 19 juin) voté la semaine dernière entre les Socialistes et les Insoumis prévoit que la 6e circonscription du Rhône, celle de Villeurbanne, revienne aux Insoumis. Et pas aux socialistes. C'est Gabriel Amard, le gendre de Jean-Luc Mélenchon, qui portera les couleurs de l'union de la gauche à Villeurbanne. Et son parachutage à Villeurbanne crée de sérieux remous au sein du PS local.

La mort dans l'âme, la candidate PS, Cristina Martineau, a fini par se retirer ce mercredi 11 mai en dénonçant des "manoeuvres pour me faire renoncer (qui) ne grandissent pas celles et ceux qui les ont conduites". Je déplore le parachutage sur notre circonscription, par le fait du chef, de Gabriel Amard, conseiller régional de l’Isère, nomade de la politique, gendre de Jean-Luc Mélenchon. Ce candidat ne vit pas dans notre ville. Il justifie sa candidature par une présence familiale il y a quatre générations. Mais, en réalité, c’est d’abord à beau-papa qu’il doit son atterrissage à Villeurbanne", a-t-elle asséné. Elle se retire, oui, mais "je ne ferai pas campagne pour Gabriel Amard, c'est clair et net".

Lire aussi : "C’est d’abord à beau-papa qu’il doit son atterrissage à Villeurbanne", la candidate PS se retire à regret

Ce jeudi 12 mai, c'est l'ex-maire de la commune, entre 2001 et 2020, figure du socialisme villeurbannais, Jean-Paul Bret, qui a pris la parole. Il a dénoncé, selon lui, le "double jeu" de son successeur, le maire depuis 2020 Cédric Van Styvendael, lui aussi PS.


"J’avais évoqué l’ambiguïté, aujourd’hui je parle de duplicité, c’est celui qui feint, qui joue double jeu"

Jean-Paul Bret, ex-maire PS de Villeurbanne, à propos de l'actuel maire Cédric Van Styvendael


"Je n’ai pas de conflit sur le plan de politique municipale", explique d'abord Bret. Avant de tirer à vue. "Cédric Van Styvendael s'est beaucoup révélé pendant cette période. J’avais évoqué l’ambiguïté, aujourd’hui je parle de duplicité, c’est celui qui feint, qui joue double jeu", lâche l'ancien maire de Villeurbanne (2001-2020), le même qui avait poussé et milité pour que Van Styvendael prenne sa succession en 2020.

Jean-Paul Bret, l'ancien maire de Villeurbanne (2001-2020).

Le retrait de la candidate PS, Cristina Martineau, ne passe pas pour l'ancien maire. "Il y a eu des pressions considérables sur elle", assure Bret, visant le cabinet de l'actuel maire de Villeurbanne. "Elle a été convoquée, il y a eu un tas de pressions pour l’amener à renoncer. Avec des choses pas normales. Un peu dégueulasses, je vous le dis comme je le pense", ajoute Jean-Paul Bret. "J’ai bien connu le cabinet de Gérard Collomb. On en est là", poursuit Bret, qui a ferraillé de nombreuses années face à l'ancien maire de Lyon. Les deux hommes étaient pourtant, à l'époque, dans le même parti. Mais les inimitiés entre la place des Terreaux, à Lyon et celle de Lazare Goujon, à Villeurbanne, étaient de notoriété publique.

"Il n'a pas levé le petit doigt pour Cristina, il a surtout baissé le pouce"

Puis l'ancien maire évoque de nouveau son successeur. "Il n’y a eu de sa part aucune défense de Cristina. Il y a eu simplement la critique d'Amard. Il n’a pas levé le petit doigt pour Cristina, il a surtout baissé le pouce. Il y a eu beaucoup de fausseté et d’hypocrisie dans la manière de se comporter. Je suis très déçu de ce comportement que je trouve faux", martèle Jean-Paul Bret. "C’est moi qui l’ait incité à être candidat (à la mairie de Villeurbanne en 2020). Ma responsabilité est encore plus grande", souffle Bret.

Bret devait initialement s'exprimer au local du PS de Villeurbanne, à 100 mètres à tout cassé de la mairie de Villeurbanne. A deux pas de son ancien bureau et de celui du nouveau maire. Mais en début d'après-midi, la section du PS villeurbannais a fait comprendre à Bret qu'il n'était pas vraiment le bienvenu. L'ancien maire a donc chargé son successeur dans un bistrot à 50 mètres de là, à quelque pas des marches du TNP, institution villeurbannaise, où ce vendredi Gabriel Amard va être présenté à la presse... en présence de Cédric Van Styvendael.

Cédric Van Styvendael, le maire de Villeurbanne. @Alex MARTIN / AFP)

Invité à réagir ce jeudi soir, le 12 mai, après les propos de son prédécesseur, Cédric Van Styvendael n'a pas souhaité s'exprimer. Il confiait à Lyon Cap', vendredi dernier, le 6 mai : "je n'ai pas caché mon opposition à l'arrivée de Gabriel Amard. J'ai envoyé des messages d'alerte à tout le monde, j'ai indiqué que ça ne me semblait pas une bonne idée. Après, il faut voir au-delà de ça, ne pas s'arrêter à son seul intérêt local. Derrière, c'est le peuple de gauche qu'on déçoit. Bien sûr, des militants villeurbannais sont tristes et en colère. Je les comprends".

Nous lui demandions alors "Cristina Martineau hésite à maintenir sa candidature. Que ferez-vous si elle la maintient ?" Sa réponse (le vendredi 6 mai)  : "Ce n'est pas la bonne question. J'applique la décision du conseil national et je l'appliquerai en tant que militant. Le maire de Villeurbanne, ce n'est pas lui qui décide qui est la ou le candidat. Ce sont les militants. Les militants l'avait désignée. Après, il y a un accord. L'accord dit que la circonscription va à quelqu'un de la France Insoumise. Il lui appartiendra de savoir si elle, à titre personnel, elle se plie ou elle ne se plie pas à cette décision. Ce n'est pas moi qui décide de cela. Cristina est une femme engagée, responsable. Je n'ai rien à indiquer en terme d'orientation dans le choix qu'elle doit prendre".

Bisbilles au sein du PS villeurbannais

Cristina Martineau s'était alors laissée quelques jours pour prendre sa décision, pour continuer ou renoncer, après l'accord PS - Insoumis signé jeudi 5 mai. Mardi 10 mai, via communiqué, trois membres de la section PS de Villeurbanne indiquent que "la section PS de Villeurbanne respectera l'accord national entre les différentes formations de gauche et écologistes [...] en soutenant le candidat Gabriel Amard". Dans la foulée, ce même mardi 10 mai, Cédric Van Styvendael explique à Lyon Capitale : "Mon soutien ira à la candidature de la NUPES. Je suis très clair. Je soutiendrai Gabriel Amard aux élections législatives".

Quelques heures, donc, avant le retrait de la candidate PS, le mercredi 11 mai. "Je me suis entretenu avec le maire de Villeurbanne ce mardi 10 mai (Cédric Van Styvendael, PS) J'ai essayé de le convaincre que nous pouvions défendre nos valeurs à Villeurbanne. Je me suis battu jusqu'au bout. Le maire m'a dit clairement qu'il préférait soutenir l'accord que cette aventure-là...", regrette Cristina Martineau, qui est aussi...adjointe au maire de Villeurbanne, en charge de la petite enfance et des séniors. "Le maire (Cédric Van Styvendael) m'a évoqué le fait d'être la suppléante de Gabriel Amard. J'ai crû à une blague. Et j'ai dit non", fulmine-t-elle.

Et la section PS de Villeurbanne qui soutient Amard ? "3 personnes ont signé le communiqué, c'est tout", raille Martineau. "La section n’a jamais voté sur ça. C'est très partagé chez les militants. On était quand même 80 à la dernière assemblée de section", poursuit Bret. Parmi les 3 signataires du communiqué de la section PS, qui annonce "qu'elle respecte l'accord national", l'ancienne députée PS de Villeurbanne Pascale Crozon (2007-2017). "Je suis ahuri de voir que Pascale Crozon soit engagée sur ce terrain-là avec une telle frénésie", poursuit Bret. Avant de conclure : "Je ne voterai pas pour Amard. Et je n'entends pas quitter le PS".

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