L'hôpital neurologique de Bron 2017
© tim Douet

Des chercheurs améliorent la situation d'un patient en état végétatif

A Lyon, un patient en état végétatif depuis 15 ans récupère les signes d’une conscience minimale grâce à la stimulation de son nerf vague.

C’est grâce à la stimulation du nerf vague du patient que l’équipe médicale a pu observer des signes de conscience. Il s’agit d’ "un travail issu d’une collaboration très forte avec l’équipe de l’Institut de Sciences Cognitives qui est à l’origine de l’idée", nous explique le professeur de médecine physique et de réadaptation neurologique Jacques Luauté. En effet, c’est une idée vieille de 10 ans qui a été soumise par Angela Sirigu, directrice de recherche du CNRS à l’Institut. Inclus en janvier 2016, c’est en mars de la même année qu’a commencé la stimulation chez le patient.

"Sur le plan purement technique", nous explique Marc Guénot, professeur à l’Université de Lyon 1 et neurochirurgien, "une électrode est appliquée autour du nerf vague et est reliée à un petit boîtier semblable à un pacemaker qui est alors placé sous la clavicule". Il s’agit d’une "technique qui n’est pas novatrice" et qui "a l’avantage de ne pas concerner directement le cerveau". De ce fait, elle présente "moins de risques qu’une neurochirurgie intracrânienne".

Trois semaines "suivant la mise en place du stimulateur", poursuit le professeur Luauté, l’équipe médicale procède à l’augmentation de la stimulation. "C’est à ce moment-là que sont apparus un éveil plus important ainsi que des manifestations cliniques traduisant un état de conscience". Ce sont des manifestations telles "qu’un meilleur suivi du regard, des mouvements de la tête" ou encore "des réponses émotionnelles à la suite de consignes" que les professionnels ont pu observer. Grâce à cette stimulation vagale, les chercheurs sont parvenus à établir des signes de conscience auparavant inexistants chez le patient.

Des résultats encourageants à prendre avec prudence

Si les chercheurs se réjouissent des résultats obtenus, ils rappellent toutefois que des progrès sont encore à faire. "Il s’agit d’un petit pas pour la science, un premier résultat qui peut donner de l’espoir, mais qu’il faut prendre avec prudence", insiste le professeur Luauté. "Il ne s’agit que d’un premier patient. Il faut poursuivre ce travail afin de confirmer ces résultats", poursuit-il. Ce sont trois nouveaux patients qui devraient prochainement faire l’objet de cette "étude pilote". Tout comme le professeur Luauté, Angela Sirigu rappelle qu’il s’agit d’une "amélioration clinique comportementale limitée". Par la suite, l’équipe médicale "espère observer des effets plus importants sur des patients moins sévèrement déficitaires". En attendant, "il faut garder en tête que les modifications observées restent modestes à l’échelle comportementale" met en garde le professeur Luauté.

Une avancée scientifique qui soulève des questions éthiques

Comme chaque avancée scientifique, celle-ci apporte son lot de questions éthiques. Le passage d’un état végétatif à un état de conscience minimale est-il réellement un progrès pour le patient ? Existe-t-il un risque pour ce dernier de prendre conscience de la gravité de son état ? À ce sujet, le professeur Luauté met en lumière la distinction entre "le niveau de conscience" et "la conscience de sa maladie", qui sont deux choses différentes. Il rappelle que "les patients ayant des lésions cérébrales importantes ont parfois une connaissance très modifiée de leur propre situation. S'ils sont plus conscients, ils ne le sont pas forcément de leur propre maladie". Un risque qui existe certes, mais qui est "à mettre en balance avec une meilleure communication avec le monde extérieur, objectif majeur chez ces patients qui sont limités à une vie relationnelle très pauvre".

Enfin, c’est "la remise en cause, par certains, de la notion d’obstination déraisonnable" que craint Jean-François Guérin, président du Comité d’Éthique du CHU de Lyon.

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