Hôtel de ville de Lyon
Hôtel de ville de Lyon © Romane Thevenot

Dérives sectaires : la Ville de Lyon a-t-elle repris un argument erroné de la Nef ?

Suite aux récentes révélations de liens entre la Nef et une dérive sectaire, la Ville de Lyon s'est défendue en reprenant un argument déployé par la Nef pourtant erroné.

Depuis quelques jours, la Nef est sous le feu des projecteurs à Lyon. Banque "éthique" derrière la Gonette mais aussi créancière de la Ville de Lyon à hauteur de 3 millions d'euros, elle est également très proche d'une mouvement à dérives sectaires, l'anthroposophie.

A lire sur le sujet : Enquête : les liens troubles de la banque préférée des écologistes avec une "multinationale des dérives sectaires"

Des liens qui, dans un premier temps, ont été mis sur la table par le groupe d'opposition Pour Lyon le 7 novembre dernier puis documentés dans l'enquête de Lyon Capitale quelques jours plus tard. Dans l'intervalle, nous avions sollicité une réponse de la mairie ainsi que de la Nef quand aux liens de la banque avec l'anthroposophie.

Un procès en diffamation remporté, puis perdu

Par mail, la Ville évoque "un signalement au début des années 2000 pour lien avec l’anthroposophie : la Nef avait attaqué pour diffamation et obtenu gain de cause". Un poursuite en diffamation sur laquelle Ivan Chaleil, membre du directoire de la banque avait également insisté lors d'un échange téléphonique.

Comme le rappelle l'association du Cercle laïque pour la prévention du sectarisme, la procédure en question a en fait été initiée par les écoles Steiner, le Mercure fédéral et la Nef à l'encontre de Jacques Guyard, qui présidait alors la commission d'enquête parlementaire : "les sectes et l'argent". Alors député, Guyard avait déclaré sur un plateau télé : "là, il y a un endoctrinement tout à fait clair" ; "il s'avère que leur objectif principal, c'est quand même de détourner l'argent". Ces propos étaient en partie tenus après un reportage sur la commune de Bourbon l’Archambault, l'un des fiefs français de l'anthroposophie.


"Jacques Guyard s'est borné à reprendre des accusations figurant dans un rapport officiel [...] le prévenu sera mis hors de cause."
Jugement de la cour d'appel de Paris le 6 septembre 2001


En première instance, Jacques Guyard a effectivement été condamné pour diffamation, la cour rejetant le bénéfice de bonne foi. Cependant, le député a ensuite été relaxé en appel.
Le jugement de la cour d'appel a estimé : "Considérant, enfin, que Jacques Guyard a été convié à l'émission en sa qualité de président de la commission sur les sectes ; qu'il s'est exprimé en tant que porte-parole d'un travail collectif ; qu'il ne pouvait y avoir sur ce point aucune ambiguïté dans l'esprit des téléspectateurs ; que Jacques Guyard s'est borné à reprendre des accusations figurant dans un rapport officiel ; que ces propos ne dénaturent pas leur contenu du rapport ; que ni les termes utilisés, ni le ton employé ne manifestent une quelconque animosité personnelle. Considérant en conséquence que la bonne foi peut être reconnue au prévenu ; que le jugement sera infirmé ; que le prévenu sera mis hors de cause…"

Une diffamation légale

Relaxe que la Nef évoque sur son site internet mais pour qui "la diffamation a été reconnue par la cour". Phrase ambigüe s'il en est puisqu'une diffamation peut être légale. En effet, la diffamation "est une allégation ou l'imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur et à la considération d'une personne", or Jacques Guyard a effectivement porté atteinte à l'honneur de la Nef mais étant reconnu de bonne foi et sans animosité personnelle, il a été relaxé.

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