(Photo by JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Covid-19 à Lyon : le plan blanc n’est pas à l’ordre du jour dans le Rhône, le point sur la situation avec le directeur adjoint de l’ARS

Alors que la courbe du taux d’incidence baisse dans le département du Rhône, celle des hospitalisations continue de progresser ces derniers jours. Dans le même temps, la campagne de vaccination avance à un bon rythme au coeur de l’été. Entre circulation du virus, vaccination et hospitalisations, Lyon Capitale fait le point sur cette 4e vague, un peu différente des précédentes, avec Serge Morais, le directeur adjoint de l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes. 

Depuis une dizaine de jours, le nombre de nouveaux cas positifs au Covid-19 semble se stabiliser dans le Rhône, après une nette hausse. Néanmoins, la précaution reste de mise du côté des autorités locales et sanitaires, car avec un taux d’incidence de 298, le département reste le plus touché de la région Auvergne-Rhône-Alpes, d’autant plus que ces derniers jours les hospitalisations augmentent dans les hôpitaux du Rhône. 

Point positif et véritable lueur d’espoir, la vaccination poursuit sa progression, notamment chez les 12-17 ans, qui, à quelques semaines de la rentrée scolaire, sont désormais près de 25 % à posséder un schéma vaccinal complet dans le département. Pour en savoir plus sur la circulation du virus et faire le point sur la vaccination et l’état des hospitalisations dans le Rhône, Lyon Capitale s’est tourné vers Serge Morais, le directeur adjoint de l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes. 

Lyon Capitale. Où en est la circulation du virus à l’instant T dans le département ? 

Serge Morais. Si l’on considère les indicateurs virologiques, c’est-à-dire les résultats des tests, on assiste à une légère baisse de l’ordre de 6 % depuis les sept derniers jours et même depuis fin juillet. Le taux d’incidence dans le Rhône était à 298 à la date d’hier [10 août, NDLR], c’est donc mieux puisque l’on était à 320 à la fin du mois de juillet. Pour autant, cela reste le taux le plus élevé de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Est-ce que cette baisse est à mettre au compte de la période estivale et des nombreux départs en vacances dans le Rhône ? 

C’est difficile à dire. Il est vrai qu’il y a moins de monde dans le département, surtout lors de la première quinzaine du mois d’août, pour autant les résultats des tests sont associés au numéro de sécurité social. Ainsi, lorsqu’un rhodanien est contrôlé positif à Antibes, par exemple, son test est rattaché au département du Rhône. 


"Il faut rester attentif à ce qu’il va se passer sur les trois prochaines semaines, même si l’on vient d’enregistrer une baisse de 6 à 7 % du nombre de tests positifs."


Sur la partie virologique [les tests, NDLR], il va falloir que l’on suive, lors des prochaines semaines, les effets d’un dépistage qui est de plus en plus fort. Pas parce que la situation empire, puisqu’elle a tendance à s’améliorer, mais plutôt en raison de la mise en place du pass sanitaire, qui entraîne une augmentation du nombre de tests, notamment antigéniques. Il faudra également que l’on regarde si les retours de congés des rhodaniens ont un impact négatif ou pas, notamment chez les personnes qui reviennent d’une zone un peu plus infectée que ne l’est actuellement le département du Rhône. 

De combien de temps avez-vous besoin pour affirmer que la décrue est bien amorcée ?

Nous avons toujours besoin d’au moins trois semaines, d’autant plus lors de cette période estivale, qui est finalement plus compliquée à lire qu’une période normale d’activité scolaire et professionnelle, en raison du brassage de population important. La prudence est donc de mise, il faut rester attentif à ce qu’il va se passer lors des trois prochaines semaines, même si l’on vient d’enregistrer une baisse de 6 à 7 % du nombre de tests positifs ces derniers jours. 

Est-ce que nous faisons face à une vague de l’épidémie différente des précédentes, notamment avec des hospitalisations qui n’augmentent pas de manière aussi importante que le taux d’incidence ? 

Ce qui est certain c’est que l’on est bien confronté à une 4e vague, puisque l’on a eu une multiplication exponentielle du nombre de cas entre fin juin et fin juillet [entre le 29 juin et fin juillet, le taux d'incidence est passé 23,6 à 320, NDLR]. Là où la situation est plus particulière, c’est que la courbe se tasse, voire baisse. Le décalage en termes d’augmentation au niveau hospitalier est quant à lui bien réel, même si le nombre de patients hospitalisés dans les hôpitaux du département a progressé ces derniers jours. 


"Je pense qu’il y a un véritable effet vaccination sur les hospitalisations, ça, c’est certain. Très majoritairement, les personnes qui arrivent en hospitalisations ne sont pas vaccinées."


Actuellement, dans le Rhône, 277 personnes sont hospitalisées, contre 199 le 3 août, et il y a 68 patients Covid positifs en soins critiques [en réanimation, NDLR], alors qu’il n’y en avait que 44 le 3 août. On note donc une évolution, mais c’est une augmentation qui est pour l’instant plus contenue, en particulier si l’on se rapporte à l’automne dernier où notre région avait énormément souffert, notamment dans le Rhône et la Loire. Pour rappel, dans le Rhône, le taux d’incidence était de l’ordre de 1150 au plus fort de cette vague. On en est donc loin, mais nous restons attentifs aux entrées hospitalières, notamment dans les établissements de la Métropole de Lyon où le nombre de lits d’hospitalisation est le plus important. 

Pour l’instant, on tient, il n’y a aucune difficulté, je pense qu’il y a un véritable effet vaccination sur les hospitalisations, ça, c’est certain. Très majoritairement, les personnes qui arrivent en hospitalisations ne sont pas vaccinées, on retrouve les chiffres qui avaient été diffusés par la Drees [Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, NDLR] au niveau national. C’est-à-dire entre 8 et 9 patients admis en hospitalisation, pour motif Covid, qui ne sont pas vaccinés. 

Aujourd’hui, quel est le profil des personnes hospitalisées ? 

Au niveau régional, les moins de 60 ans représentent 32 % des patients admis en soins critiques. Donc on a encore une majorité de personnes qui ont plus de 60 ans, pour autant, le pourcentage de patients de moins de 60 ans hospitalisés en soins critiques est en augmentation. L’une des raisons à cela, c’est que la couverture vaccinale chez les moins de 50 ans est plus faible que chez les plus de 50 ans.


"Nous sommes encore en capacité d’absorber de nouveaux patients. [...] Sur les prochains jours nous n’avons donc aucune velléité de demander aux établissements de santé de notre région d’activer le plan blanc."


Le taux d’incidence baisse, mais les hospitalisations augmentent. Le plan blanc a été mis en place dans plusieurs régions, est-ce que l’Auvergne-Rhône-Alpes peut suivre ? 

Il faudrait qu’il y ait une augmentation assez conséquente des hospitalisations. Pour le moment, en termes de gestion des lits (hospitalisation ou réanimation) nous sommes encore en capacité d’absorber de nouveaux patients. Que ce soit en raison du Covid, ou non, environ 75 % des lits de réanimation étaient occupés mardi 10 août. Nous avons donc une marge de manoeuvre assez importante avec 1/4 de lits disponibles. On est aidé en cela par un ralentissement de l’activité chirurgicale, pour les patients non Covid, cela signifie qu’il y a moins d’admissions en réanimation pour ces personnes-là.

Je reste très prudent, mais sur les prochains jours nous n’avons donc aucune velléité de demander aux établissements de santé de notre région d’activer le plan blanc [qui permet notamment de déprogrammer des opérations, NDLR]. Bien entendu si la situation venait à se dégrader avec des difficultés d’accueil des patients, on l’activerait comme l’ont fait la Corse, l’Occitanie, Pacca et la Nouvelle Aquitaine. Mais encore une fois sur les prochains jours ce n’est pas dans nos perspectives.

Quels sont les objectifs en termes de vaccination d’ici la fin de l’été ? 

J’enfonce une porte ouverte en disant cela, mais on reste sur une volonté de vacciner le plus grand nombre. Le Premier ministre et le président de la République ont donné un objectif de 50 millions de personnes avec une primo injection pour la fin de l’été. La région Auvergne-Rhône-Alpes représente environ 10 à 11 % de la population nationale donc nous avons un chiffre de cet ordre à atteindre, à notre échelle. 

Dans l’état actuel, la dynamique dans le Rhône reste intéressante. Elle est plus élevée que la moyenne régionale et très légèrement supérieure à celle enregistrée au niveau national. À la date du 10 août, 1 283 754 personnes avaient reçu au moins une dose de vaccin, soit 69,83 % de la population du département. 


"Dans le Rhône, près de 46 % des adolescents ont reçu au moins une dose de vaccin et environ 25 % possèdent un schéma vaccinal complet. [...] Notre objectif c'est que le plus grand nombre puisse se faire vacciner avant la rentrée scolaire."


Si l’on s’intéresse aux plus de 50 ans, notre coeur de cible, compte tenu du facteur d’âge et de comorbidité chez ces personnes-là, à la suite d’une infection au Covid, nous sommes presque à 90 % de la population qui  a reçu au moins une injection. Et 80 % possèdent un schéma vaccinal complet. Mais il faut continuer à aller chercher ceux qui ne sont pas encore vaccinés. À cet égard, nous faisons le lien avec les centres de vaccination et l’Assurance maladie, qui continue d’envoyer des courriers de sollicitation auprès des plus de 50 ans qui ne sont pas vaccinés, pour les inviter à le faire.

Où en est la vaccination chez les adolescents avant la rentrée scolaire ? 

Depuis mi-juin [date de l’ouverture de la vaccination aux 12-17 ans, NDLR], on note une augmentation très rapide du nombre de jeunes qui se sont fait vacciner. Aujourd’hui, dans le Rhône, près de 46 % des adolescents ont reçu au moins une dose de vaccin et environ 25 % possèdent un schéma vaccinal complet. Notre objectif c’est que le plus grand nombre puisse se faire vacciner avant la rentrée scolaire, au retour des vacances. On attend prochainement une décision, pour pouvoir utiliser le vaccin Moderna chez les adolescents, comme c’est le cas dans d’autres pays.

Actuellement, il y a des créneaux disponibles dans tous les centres de vaccination du Rhône, bien entendu pour les adolescents, mais aussi pour les plus de 50 ans, qui ont des comorbidités ou pas. J’insiste sur ce point, car il s’agit vraiment du meilleur moyen pour se protéger.

La campagne de vaccination avance lentement dans les quartiers les plus populaires, est-ce que de nouvelles opérations "aller vers" sont prévues dans les prochaines semaines pour répondre à cela ? 

Dernièrement, nous sommes intervenus à La Duchère, Vénissieux ou encore Vaulx-en-Velin et effectivement nous avons des opérations programmées tout au long de l’été pour aller au contact de la population. Ces opérations aller vers ont débuté au mois de juillet et elles se poursuivront jusqu’à début septembre. On essaye de tourner entre les différentes communes de la Métropole de Lyon pour approcher au plus près des habitants. Nous avons également mené des opérations au centre commercial de La Part-Dieu [entre le 6 juillet et le 7 août, au travers de différentes opérations éphémères, 4698 personnes y ont reçu une dose de vaccin, NDLR].

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"Près de 95 % des médecins libéraux sont vaccinés, quand du côté des infirmiers c’est un peu moins, on approche des 89 %."


L’obligation de vaccination pour les soignants a été actée, seront-ils tous vaccinés à temps ? 

À savoir si l’on peut vacciner tout le monde, la réponse est oui. Nous avons les doses nécessaires et des créneaux de vaccination disponibles. L’appel lancé à la population générale est aussi valable pour les soignants. C’est d’autant plus valable qu’une obligation vaccinale a été posée et qu’il convient d’y répondre. Dans ce cadre-là, les personnels de santé des établissements médicaux se voient même proposer de se faire vacciner sur leur lieu de travail. 

Concernant les professions libérales (infirmiers, pharmaciens, etc.) je note que nous avons une population déjà bien vaccinée, mais il faut aller jusqu’au bout. Près de 95 % des médecins libéraux sont vaccinés, quand du côté des infirmiers c’est un peu moins, on approche des 89 %. 

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Le gouvernement réfléchit à l’administration d’une troisième dose de vaccin pour les personnes les plus fragiles. Cela pourra se faire sans problème dans le département ?

La Haute autorité de santé préconise effectivement l’administration d’une troisième dose, cet automne ou cet hiver, pour les immunodéprimés et les plus âgés. La tranche d’âge n’est pas encore fixée, mais cela concernera probablement les plus de 80 ans et peut-être les plus de 70 ans. 

Pour ce qui nous concerne, nous avons été en capacité, dès le mois de janvier, de faire le lien avec les Ehpad puis les personnes âgées qui sont chez elles. Nous serons donc tout à fait capables de le faire une nouvelle fois cet automne, si nécessaire. Ce sera même plus facile s’il faut administrer une troisième dose, puisque désormais la procédure est totalement rodée pour aller au contact des personnes les plus fragiles. 

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