Bruno Lina, virologue © AFP

Coronavirus à Lyon : avant les annonces de Macron, que préconise Bruno Lina, le Lyonnais membre du conseil scientifique ?

Emmanuel Macron va présenter vendredi "les perspectives" de "sortie progressive" des restrictions anti-Covid dans un entretien à paraître dans la presse quotidienne régionale. Quand vont rouvrir les terrasses ? Les musées ? Les restaurants ? Les commerces "non essentiels" ? Les salles de sport ? Les questions restent tellement nombreuses... Avec un virus qui circule encore beaucoup sur le territoire. Qu'en pense Bruno Lina, le "Monsieur covid" à Lyon.

La situation reste tendue sur le front sanitaire. Avec un nombre de cas positifs qui baisse. Mais qui baisse légèrement. Dans les hôpitaux, la pression reste très forte. Avec, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes par exemple, un nombre de lits réanimation armés qui est plus du double que la normale. Aucune baisse, dans les hôpitaux, n'est visible. Le point sur la situation à Lyon et dans le Rhône ICI. 

Ainsi, comment déconfiner rapidement dans de telles conditions ? Le gouvernement marche sur des oeufs. Pris entre deux eaux, entre des Français qui n'en peuvent plus, qui en ont marre, qui veulent "vivre" et une situation sanitaire encore très tendue, beaucoup plus tendue que lors des "déconfinements" 1 et 2. Que va annoncer Emmanuel Macron vendredi ? Va-t-il donner un calendrier précis ? Quand vont rouvrir les terrasses ? Les musées ? Les restaurants ? Les commerces "non essentiels" ? Les salles de sport ? Les théâtres ? Les cinémas ? Les bars ? Les questions restent tellement nombreuses... Et la visibilité à moyen terme, avec un niveau de circulation du virus, qui baisse certes - mais qui est encore largement supérieur au seuil d'alerte - paraît impossible à donner...

Le virologue Bruno Lina est membre du conseil scientifique. C'est un peu le "Monsieur covid-19" à Lyon. Bruno Lina est directeur du centre national de référence des virus infectieux respiratoires à l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon. Rencontré ce jeudi, il fait le point sur la situation sanitaire à Lyon et dans le pays.

Monsieur Lina, quelle est la situation actuelle à Lyon et en France ?

BRUNO LINA. A Lyon, dans le Rhône et en France, on est un peu dans la même dynamique. Dans un début de phase de décroissance. On a une diminution de nombre de patients diagnostiqués, on est passés en gros de 35 000 nouveaux cas par jour à 25 000 en France. Toutefois, le nombre de patients hospitalisés en réanimation reste très important (autour de 6 000), ce qui est parmi les taux les plus hauts qu'on a eus. Cette décroissance, sur les hospitalisations en réanimation, ça va prendre un peu de temps...

On est dans une dynamique de décroissance qui n'est pas très rapide. C'est là où il va falloir être vigilants. Car on annonce cette décroissance, on annonce qu'il va y avoir un certain nombre de mesures qui vont aller vers l'allègement, qu'on peut rouvrir un certains nombre de lieux, ce qui est oui une évolution logique et légitime, attendue par la population. Mais il faut rester vigilant. Ne pas tomber dans le laisser-aller.

Car pour l'instant, cette décroissance est moins rapide (qu'en novembre lors de la 2e vague). On est au début de l'amorçage de la décroissance. On va voir comment sera la pente. Ce qu'on espère, c'est arriver à combiner plusieurs effets : la vaccination qui va monter en charge, le maintien de certaines mesures de freinage. Il faut que cette décroissance soit assez significative pour qu'on arrive à des niveaux de circulation du virus qui soit suffisamment bas pour passer un été dans de bonnes conditions...


"On peut imaginer une sorte d'échéancier, un échéancier décliné localement" (Bruno Lina)


Emmanuel Macron va s'exprimer. Vous qui êtes membre du conseil scientifique, va-t-on avoir un calendrier ? Quel sera-t-il ?

Ce n'est pas moi qui décide (sourire). Mais on peut imaginer qu'il va y avoir une sorte d'échéancier, et que cet échéancier puisse être décliné en fonction de la situation locale. Cela fait partie des hypothèses de travail. Car on voit qu'il y a une hétérogénéité de la circulation du virus sur le territoire. L'Ile de France est encore un endroit où il y a énormément de virus qui circule. Les métropoles comme Lyon ou Marseille sont aussi des villes où le virus circule de manière abondante et puis il y a des régions où le taux d'incidence est beaucoup plus bas, où le virus circule beaucoup moins. On peut bien comprendre que dans ces conditions, le niveau de risque n'étant pas le même, il peut y avoir un traitement un peu différent...

Mais par exemple, si on rouvre les terrasses plus rapidement en Bretagne ou en Nouvelle-Aquitaine, les Parisiens ou les Lyonnais pourraient s'y rendre en masse et diffuser le virus non ?

Ce que l'on a compris dans la dynamique de l'épidémie, c'est qu'on s'installe dans une dynamique locale. Il n'y a jamais eu de transfert massif d'un foyer épidémique dans une autre région avec par exemple le moment des départs en vacances ou autres. Cela relève plus du fantasme finalement. Les personnes se mettent dans la situation épidémiologique locale. Pour qu'il y ait un impact, il faudrait que la moitié de la population d'une région soit subitement augmentée.

Après, attention, ce n'est pas parce qu'on dit que les terrasses ouvrent qu'il n'y a pas de transmission à l'extérieur. Le risque de transmission à l'extérieur est beaucoup moins important que le risque de transmission à l'intérieur mais ça ne veut pas dire que ce risque est nul. Aujourd'hui, il faut encore être très prudent sur les regroupements en extérieur pour pas que des micro-cluster ne s'installent, que des chaînes de transmission se multiplient lors de réunions festives à l'extérieur, avec des personnes statiques, avec des personnes qui ne portent pas le masque. Le risque est réel, c'est démontré. Il faut vraiment rester vigilant.

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