Il agace autant qu'il fascine. Christophe Cédat, patron des Café 203 et figure inclassable de la vie lyonnaise, se définit comme un "résistant en temps de paix" : ni fasciste ni trumpiste, ni destructeur, ni soumis. Juste quelqu'un qui sait dire non
À Lyon, tout le monde a une opinion sur Christophe Cédat. Admiré par les uns comme un agitateur salutaire, agaçant pour les autres à force de coups d’éclat borderline, le patron des Café 203 s’est taillé depuis vingt ans une réputation d’électron libre dans l’encore très bourgeoise capitale de la Gaule lyonnaise.
Sa marque de fabrique : aller jusqu’au bout… café fumeur ouvert en dépit de la loi, cercueil en terrasse pour contester une fermeture administrative, dos d’âne posé en douce pour freiner les vélos qui frôlent ses clients, café servi en gilet pare-balles pour dénoncer l’armement de la police municipale… Les amendes et les fermetures administratives pleuvent, il assume. Derrière les provocations, il y a pourtant une philosophie cohérente.
Cet homme, qui se définit comme un “résistant en temps de paix” pour, dit-il, dénoncer les abus avant qu’ils ne se produisent, revendique une liberté de penser absolue dans une ville qu’il juge trop portée sur le compromis et le silence. Une liberté chevillée au corps depuis l’enfance construite sur des blessures qu’il raconte ici sans détour. Ce qui n’empêche pas cet électron libre d'être aussi le mari de la nouvelle vice-présidente à la culture de la Métropole de Lyon, une proximité avec le pouvoir qu’il assume avec la même désinvolture que le reste. Rencontre.
“Savoir dire non dans notre société, c’est déjà être un marginal”
Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Christophe Cédat : Ça dépend toujours d’où on se situe. Mais au vu du silence assez pesant et permanent qu’on a dans cette ville, oui je crois que j’en suis une.
De quel silence parlez-vous au juste ?
On n’est pas dans une ville de gens très expansifs. Lyon est une ville de compromis et d’ententes. Moi, quand j’ai quelque chose à dire, je le dis. Ça passe par mon 4x4 auquel j’ai installé un espace vert sur le toit. On dit que je suis un extraverti plus plus. Mais il y a du sens, ce n’est pas simplement l’expression d’une psychiatrie non maîtrisée.
Trublion, poil à gratter, emmerdeur de première… vos détracteurs ne manquent pas de qualificatifs. Lequel préférez-vous ?
Certains disent aussi que je suis un histrion. Je me considère plus comme un résistant en temps de paix. Le problème pour le résistant en temps de paix, c’est qu’il n’y a pas de conflit ouvert. Il n’y a que des conflits potentiels futurs. Donc mon objectif est de dénoncer ce qui pourrait arriver pour que cela ne se produise pas. Du coup, certains considèrent que ce que je fais, c’est de l’agitation. En temps de guerre, le résistant était détesté par les ennemis et craint par la population parce qu’elle avait peur que les conséquences de cette résistance lui retombent dessus. D’ailleurs, à l’époque, les résistants étaient qualifiés de terroristes parce qu’ils s’opposaient à un système. Lors de la dernière campagne municipale, j’ai connu le même problème : chaque fois que je faisais quelque chose disons un peu décalé, un peu borderline, pour m’en prendre à mes adversaires, j’inquiétais les gens de mon propre camp. Une fois passé, ça les faisait sourire, sauf qu’entre les deux, je m’en étais pris plein les dents.
En somme, vous vous considérez comme un lanceur d’alerte…
Je suis quelqu’un qui vient de l’abus. J’ai donc une acuité particulière sur ce sujet. Quand je vois un abus qui se met en place, je le ressens bien avant qu’il se produise. Et surtout j’ai plus d’énergie que celui qui le vit pour lui venir en aide.
“Avec le mépris, tu n’es plus rien, tu es réduit à une chose. Tu es invisible”
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