Chauffage urbain : fin de partie pour la Générale des Eaux

Retour sur l'une des affaires économico-judiciaires les plus chaudes du mandat Collomb.

La justice administrative vient d'annuler le marché du chauffage urbain du Grand Lyon. Une décision historique. Le marché public est aux mains de la Compagnie Générale des Eaux, via ses différentes filiales, depuis sa création, au début des années soixante-dix. Devenue Veolia, la Compagnie Générale des Eaux contrôle les principaux services publics lyonnais, au premier rang desquels l'eau et le chauffage, que la Ville et la Communauté urbaine lui délèguent. Lyon est même un bastion historique pour cette multinationale. Grâce à ces marchés publics qu'elle emporte dans le monde entier, Veolia est devenue un empire de 25 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 250 000 employés. Ces marchés représentent des sommes colossales. Le seul chauffage lyonnais, troisième réseau français, génère un chiffre d'affaires de 450 millions d'euros pour 25 ans de concession et 120 000 personnes chauffées actuellement. Mais une PME conteste cette position dominante acquise par Veolia. Enerpart, spécialisée dans le chauffage urbain, représente l'anti-Veolia. C'est une jeune entreprise de 270 personnes qui ne pèse "que" 80 millions d'euros de chiffre d'affaires. A sa tête, Bernard Forterre, un ancien de Veolia qui entend bien tailler des croupières à son ancienne société.

La PME contre la multinationale
Pour Enerpart, la relance de l'appel d'offres en 2001 par Gérard Collomb est une opportunité unique de prendre pied à Lyon. "C'était aussi une façon de montrer qu'il n'y a pas que les grands groupes qui peuvent gérer un réseau de chauffage urbain de cette taille", précise Hervé Benetti, le directeur général d'Enerpart. Elle se lance après avoir obtenu l'assurance que le choix du délégataire se ferait en toute transparence et équité. Mais en juillet 2004, Dalkia, filiale de Veolia, est une nouvelle fois choisie. Du point de vue du vice-président en charge des marchés publics, Patrick Bertrand, c'est inacceptable. "La PME proposait une solution plus écologique : sa nouvelle chaufferie au bois devait s'implanter au port Edouard Herriot et non pas au coeur du 8e arrondissement comme dans le projet de Dalkia. Et surtout, au cours de l'appel d'offres, on s'est aperçu que Dalkia surfacturait ses tarifs de 30 %". Pour ces deux raisons, Patrick Bertrand propose Enerpart pour remplacer Dalkia. Le Grand Lyon décide malgré tout de reconduire Dalkia, ce qui provoque la démission de Patrick Bertrand en octobre 2005. Mais Enerpart n'abandonne pas et saisit le tribunal administratif pour faire annuler le marché. Ces recours sont couronnés de succès puisque le juge estime que Dalkia a été avantagée par la Communauté urbaine qui n'a pas "respecté le principe d'égalité entre les candidats". L'arrêt de la cour d'appel du 8 février va dans le même sens. Cette décision finale va relancer l'appel d'offres. Cependant, Enerpart ne sait pas encore si elle y participera. "Tout dépendra du nouveau cahier des charges et de l'accueil qu'on nous fera au Grand Lyon", conclut Hervé Benetti. Après avoir affronté Dalkia et le Grand Lyon au tribunal, les relations avec la Communauté urbaine risquent d'être un peu tendues. Nous avons voulu connaître les explications de Dalkia sur cette affaire, mais la direction n'a pas donné suite à notre demande d'entretien. En tout état de cause, ce dossier a certainement permis de révéler l'emprise des grands groupes, type Veolia, sur les marchés publics délégués par les collectivités.

Collomb se préparre à abandonner le projet de la chaufferie du 8e
Les habitants du 8e l'attendaient depuis plusieurs années. Lundi 5, Gérard Collomb s'est enfin exprimé sur la contestée chaufferie à bois prévue rue Professeur- Beauvisage, dans le 8e arrondissement de Lyon. Anticipant sur la probable annulation du marché du chauffage urbain, épinglé pour "rupture d'égalité", et dont dépend la construction de la chaufferie, le maire de Lyon s'est engagé à étudier de nouveaux emplacements. Des consultations devraient se dérouler dans le cadre du futur appel d'offres.

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