Ces instits lyonnais qui veulent travailler plus

La semaine de quatre jours n'est pas satisfaisante pour un enfant sur le plan sanitaire. C'est la conclusion d'un rapport de l'Académie de médecine daté de janvier 2010. Alors que la réforme Darcos, en 2007, imposait le modèle des quatre jours comme la norme, dans une semaine de 24h à raison de 6h par jour, Luc Châtel, nouveau ministre de l'Éducation nationale, a décidé de lancer un débat public sur les rythmes scolaires, délocalisé dans les villes de province du 15 septembre au 15 décembre 2010. L'objectif serait une ultime réforme du système scolaire en 2013.

Alors, sera-ce la fin de la semaine de quatre jours ? C'est ce que laisse présager un rapport de l'Inspection générale de l'Éducation nationale de 2009 qui préconise " la scolarisation du mercredi matin en vue d'alléger la journée de travail scolaire dans une semaine rééquilibrée." Il semblerait que cette piste soit sérieusement explorée. Pourtant, les arguments contre ne manquent pas et souvent en dépit du rythme de l'enfant. Même s'ils ne sont pas majoritaires à Lyon, certains professeurs des écoles veulent voir la semaine allongée à cinq jours. Témoignages.

Frédéric Cantegreil, 30 ans, instituteur à l'école Antonin Perrin de Villeurbanne

"Je pense qu'on devrait travailler le mercredi et le samedi matin"

"À Lyon, la semaine de quatre jours, c'est une obligation depuis 1991. Moi, je n'ai rien connu d'autre. Mais, si on regarde ce que disent les scientifiques, il y a un consensus pour dire que c'est contraire à l'intérêt des enfants. Et l'expérience prouve que, avec des journées plus chargées, la motivation est en baisse. Passé 15 heures, mes élèves ne peuvent plus être attentifs plus de 20 minutes, même le sport leur demande un effort de concentration parce qu'il faut comprendre les règles, s'y conformer. On peut s'organiser différemment. Je sais que mes idées sont loin de faire l'unanimité auprès des collègues, mais je pense qu'on devrait travailler le mercredi et le samedi matin et terminer toutes les autres journées à 15 heures, quitte à réduire un peu les vacances. Le retour au mercredi travaillé serait le minimum à attendre. Mais je crois que cette conférence nationale nous donne l'opportunité de faire mieux que ça. Pour que la relation avec les enfants soit meilleure, que l'environnement de travail soit plus agréable et que les parents puissent entrer dans l'école, participer."

Anne Courbière, 53 ans, remplaçante à l'école Château Gaillard à Villeurbanne

"Je ne suis pas contre le mercredi matin travaillé"

"Je conçois que le week-end non travaillé soit un acquis social sur lequel les parents ne veulent pas revenir. Et je ne suis pas contre le mercredi matin travaillé. Mais choisir le mercredi, ça signifie choisir de ne pas avoir de coupure. En tout cas, ce qu'il faut absolument, c'est travailler moins longtemps dans la journée et étaler sur plus de jours les heures à faire. Mais, pour moi, le débat du mercredi ou du samedi n'est pas essentiel. Le vrai problème, c'est les moyens qu'on a. On supprime les RASED*, on supprime des postes d'enseignants. Cela donne des classes surchargées et des enfants perdus dans la masse, dont l'enseignant ne peut pas s'occuper. Il faut aussi penser à ça dans l'aménagement du temps scolaire."

André Abeillon, professeur des écoles à Chazay D'Azergues

"Je milite pour que l'on travaille le samedi"

"Il est clair que le système actuel n'est pas adapté au rythme de l'enfant. Il crée de la fatigue chez les élèves. La réforme Darcos avait l'avantage de tenter de se rapprocher du volume horaire européen, sauf qu'on fait peser une charge horaire plus lourde sur les enfants qui sont les plus en difficulté à cause des aides individualisées (deux heures par semaine). Et, six heures par jour, c'est beaucoup trop. À mon avis, une journée ne devrait contenir que cinq heures, et il faudrait compenser avec neuf demi-journées travaillées comme dans la majorité des pays européens. Cela demanderait également d'enlever huit à dix jours de vacances en été. Après, je milite pour que l'on travaille le samedi, mais je fais partie d'une minorité. J'ai tout expérimenté et je reste persuadé que le samedi est vraiment plus performant. Bien sûr, les enseignants veulent leurs week-ends et les parents séparés veulent voir leurs enfants plus d'une journée mais, au final, qu'est-ce qui compte le plus ? C'est l'enfant, non ? Les enfants ont besoin d'un rythme régulier avec des pauses plus courtes mais plus fréquentes."

* RASED : réseau d'aide spécialisée aux élèves en difficulté. Ce sont des éducateurs dont les postes ont été supprimés par la réforme Darcos, qui s'occupaient de la remise à niveau et du suivi personnel d'élèves en difficulté ou en échec scolaire, pendant ou hors des heures de classe.

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1 commentaire
  1. jerome manin - 1 septembre 2010

    D'après l'article, deux enseignants sur trois mettent les élèves au centre des problématiques de l'école. Merci à eux.

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